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La cage est de fer. Elle est petite — assez grande pour que je puisse m'y asseoir, assez basse pour que je ne puisse pas m'y tenir debout complètement. Elle est posée au centre du camp, sur une petite estrade de bois, à trente pas de la tente principale. Autour, des feux. Autour des feux, des hommes.
Je suis là depuis quatre jours.
Ils ne m'ont pas maltraitée — pas encore. C'est ce qui est le plus é
AliceL'enfant choisit le cœur de l'hiver, une nuit de janvier, par la pire tempête de neige de la décennie.Les sages-femmes diront plus tard que c'est fréquent, que les bébés aiment les tempêtes, que la pression de l'air les décide. Moi je sais la vérité: cet enfant est le fils de deux personnes qui ont traversé des tempêtes toute leur vie, et il a voulu naître dans son élément.Cela commence à minuit, par une douleur sourde, que je prends pour une fausse alerte. À une heure, il n'y a plus de doute. À deux heures, Aldebrand est là, et la vieille sage-femme du bourg, maîtresse Garda, une femme large comme une porte de grange qui a mis au monde la moitié du duché, y compris, me dit-elle en retroussant ses manches, ton mari lui-même, alors tu penses bien que je ne vais pas rater le fils.Jam
JamesNous repeignons la chambre nous-mêmes.C'est l'idée d'Alice, évidemment, comme toutes les idées qui, dans cette maison, commencent par sembler excentriques et finissent par sembler évidentes. Le majordome a failli s'évanouir. L'Alpha et la Luna, en bras de chemise, avec des pinceaux. J'ai répondu au majordome que mon père, lui, n'aurait jamais touché un pinceau, et que c'était précisément la raison pour laquelle j'en touchais un.Nous choisissons les couleurs ensemble, un samedi matin, chez le marchand du bourg, avec les enfants du marchand qui nous regardent comme si deux personnages de légende étaient entrés acheter du bleu. Alice veut du clair, toujours du clair, c'est sa loi, sa religion, sa revanche sur les caves. Nous repartons avec un jaune pâle pour les murs, la couleur de la lumière du matin, dit le nuancier, et elle d
AliceJe le trouve, un soir de juin, dans la pièce de l'aile est que nous avons choisie pour l'enfant.Elle est vide encore. Il y a juste les cartons de peinture, la commode achetée à un ébéniste du bourg, et le berceau, le vieux berceau de la famille, descendu du grenier, que j'ai fait décaper et dont je rêve, chaque nuit, qu'il est rempli. James est assis par terre, au milieu de la pièce nue, le dos contre le mur, et il regarde le berceau, et il n'entend pas que j'entre.Je m'assieds à côté de lui, par terre, moi aussi, ce qui devient une gymnastique à mesure que mon ventre s'arrondit, et nous regardons le berceau ensemble.— Il était à mon père, dit-il enfin. Ensuite à moi. Elsie me demandait si on ne devrait pas en acheter un neuf.— Et?— Et je ne sais pas. C'est un objet de ma famille, Alice. Ma
JamesLa peur arrive la troisième nuit.La première nuit, il y a eu la joie. La deuxième nuit, il y a eu les projets, les prénoms murmurés dans le noir, s'il est, si elle est, les rires. Et la troisième nuit, à trois heures du matin, je me réveille en sueur, le cœur battant, avec une certitude clouée au milieu de la poitrine:Je vais devenir mon père.C'est stupide. C'est logique. C'est stupide et logique, comme toutes les peurs profondes. J'ai passé ma vie entière à mesurer chacun de mes gestes à l'aune inverse de cet homme, à devenir le négatif de son portrait, et voilà qu'au moment où le test final arrive, le seul qui compte, celui de la paternité, mon sang se souvient.Mon sang se souvient que je porte le sien.Je descends dans le parc en chemise, sous la pluie fine, et je m'assieds sur
AliceLe printemps revient, comme il revient toujours, avec l'arrogance tranquille des choses qui sont sûres d'elles.C'est un printemps plein. La bergerie est rebâtie, enfin, plus petite, plus modeste, comme je l'avais rêvé dans la librairie de Valombre, un toit, une porte, un poêle, et Suzette, ma vieille chèvre miraculée, qui y coule des jours de retraitée avec la morgue d'une duchesse. J'y monte un jeudi sur deux. C'est mon jardin à moi, mon ermitage, l'endroit où je vais pour me souvenir de qui j'ai été quand je n'étais personne.Et ce printemps-là, mon corps commence à me parler dans une langue que je ne comprends pas tout de suite.D'abord, ce sont les matins. Je me lève, et le monde bascule d'un quart de pouce, juste assez pour que je pose une main au mur. Ensuite, ce sont les odeurs. Le rôti de la cuisine, que j'aimais,
AliceMon premier conseil d'hiver, je le prépare pendant trois semaines.Je ne dis rien à James. Ce n'est pas un secret, c'est une surprise, et il y a une différence: les secrets rongent, les surprises attendent leur heure. Je travaille dans la petite salle bleue, le soir, avec Bertha qui m'apporte des tisanes et qui regarde mes papiers sans rien comprendre et qui hoche la tête comme si elle comprenait tout. Je fais venir des registres. Je fais parler Elsie, les intendants, la femme du notaire, les Sœurs Grises par lettre. Je chiffre, je compare, je raye, je recommence.Et le jour du premier conseil d'hiver, quand tout l'ordre du jour est épuisé, je demande la parole.— Messeigneurs, dis-je. Il reste un point. Il est à moi.Je déplie mes papiers. Et je pose devant les capitaines, les prévôts et les prêtres d'Argentel trois réformes, les trois







