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Chapitre 4

last update publish date: 2026-08-20 19:18:06

Chapitre 4

Ethan

Le salon est plongé dans une pénombre froide, à peine troublée par la lueur des lampes posées sur les consoles. Je me tiens debout près de la cheminée, les bras croisés, le regard fixé sur la porte. Elle ne va pas tarder. Elle est ponctuelle, je le sais. Je connais ses habitudes, sa manière de se hâter sans courir, ses épaules légèrement voûtées comme si elle s’excusait d’exister. Ce soir, je vais lui rappeler où est sa place.

La porte s’ouvre. Maëlys entre, silhouette frêle dans une robe grise qui la rend plus pâle encore. Ses cheveux sont relevés en un chignon lâche, quelques mèches s’échappent déjà. Ses yeux verts balayent la pièce avant de se poser sur moi. Elle s’immobilise, les doigts crispés sur le tissu de sa robe.

— Vous vouliez me voir, dit-elle d’une voix qu’elle tente d’assurer.

— Approchez.

Elle obéit, les pas lents, mesurés. Je ne bouge pas. J’attends qu’elle s’arrête à quelques mètres de moi. Son parfum, léger, fleuri, se mêle à l’odeur du bois ancien. Il m’atteint malgré la distance, et quelque chose se serre dans ma poitrine. Je l’ignore.

— Les règles sont simples, Maëlys. Asseyez-vous, je préfère vous les énoncer debout, face à moi.

Elle reste debout, redresse légèrement le menton. Ce geste de défi m’irrite autant qu’il m’attire. Je serre les mâchoires.

— Premièrement, aucune question personnelle. Vous ne me demanderez rien sur mes affaires, mes déplacements, mes fréquentations. Ma vie ne vous regarde pas.

Elle encaisse sans ciller. Ses lèvres sont serrées, ses yeux brillent d’un éclat humide qu’elle ravale. Elle ne pleurera pas. Pas devant moi.

— Deuxièmement, aucune intrusion dans ma vie privée. Vous n’entrerez jamais dans mon bureau, vous ne toucherez pas à mes affaires, vous ne fouillerez pas dans mes pensées. Vous êtes ici pour jouer un rôle, pas pour devenir ma confidente.

Je fais un pas vers elle. Elle ne recule pas, mais son souffle s’accélère. Je le vois à la manière dont sa poitrine se soulève sous le tissu. J’y prends un plaisir sombre, malsain, que je réprime aussitôt.

— Troisièmement, aucun sentiment. Ni de votre part, ni de la mienne. Vous ne devez jamais espérer devenir importante pour moi, Maëlys. Jamais.

Elle ferme brièvement les yeux, comme si mes paroles la frappaient physiquement. Quand elle les rouvre, ils sont plus verts que jamais, incandescents.

— C’est clair, répond-elle, la voix étonnamment ferme.

— Ce n’est pas tout.

Je m’avance encore, réduisant la distance entre nous. Elle doit sentir mon parfum, la chaleur de mon corps. Je veux qu’elle comprenne que ce jeu lui échappera toujours.

— Vous sourirez en public. Vous poserez votre main sur mon bras. Vous m’appellerez par mon prénom avec une tendresse feinte. Vous jouerez l’épouse parfaite, celle que les journaux nous envieront. Mais une fois les portes fermées, vous n’êtes plus rien.

Elle relève le menton, soutient mon regard. Ses yeux ne cillent pas, mais je perçois un tremblement infime au coin de ses lèvres. Elle est plus forte que je ne le croyais. Cette découverte m’ébranle un instant, et je déteste cela.

— Et vous ? demande-t-elle soudain. Quelles seront vos obligations ?

Je fronce les sourcils. La question me surprend, et je n’aime pas être surpris.

— Je n’en ai aucune, dis-je d’un ton sec. Je vous paie. Je vous offre la maison de votre mère, vos dettes effacées. C’est bien plus que ce que vous méritez.

Elle accuse le coup, mais ne baisse pas les yeux. Ses joues se colorent, une rougeur qui trahit la colère plus que la honte. Je la regarde lutter contre l’envie de me répondre, de me défier. Mais elle se tait, et son silence est un aveu.

— Vous avez signé, Maëlys. Ce contrat fait de vous ma femme, pas mon égale.

— Je n’ai jamais espéré être votre égale, murmure-t-elle.

— Bien. Alors tout sera plus simple.

Je recule d’un pas, pour reprendre le contrôle, pour casser cette tension qui monte entre nous comme un orage. Mais mes yeux s’attardent malgré moi sur la courbe de sa nuque, sur la fragilité de ses poignets. Une impulsion sauvage me traverse : la désir de la saisir, de la repousser, de la briser ou de la posséder, je ne sais plus.

— Vous pouvez disposer, dis-je en me tournant vers la fenêtre, le dos offert.

Le silence s’étire. Je l’entends respirer, je sens sa présence dans mon dos comme une brûlure. Elle ne bouge pas.

— Ethan, dit-elle.

Mon prénom, dans sa bouche, me fige. Je ne me retourne pas. Je ne veux pas qu’elle voie ce que ce simple mot éveille en moi.

— Qu’y a-t-il ? je demande, la voix plus rauque que je ne le voudrais.

— Vous avez dit que vous ne m’aimerez jamais. Mais vous ne m’avez pas interdit de vous haïr.

Elle a osé. Je me retourne lentement, le visage dur. Ses yeux sont pleins de défi, d’une audace qui me désarme. Elle ne ressemble plus à la femme fragile qui tremblait dans mon bureau. Elle est une combattante, une survivante, et cette lueur dans son regard allume en moi un incendie que je ne peux éteindre.

— Haïssez-moi, dis-je d’une voix basse. La haine, je la connais mieux que vous. Elle ne vous détruira pas. Elle vous consumera, comme elle me consume depuis des années.

Elle soutient mon regard sans ciller. L’air entre nous devient brûlant, irrespirable. Je fais un pas vers elle, mes doigts se referment sur son poignet. Sa peau est douce, glacée. Elle tressaille, mais ne recule pas.

— Mais sachez une chose, Maëlys. La haine et le désir ne sont jamais loin. Et si vous jouez à ce jeu, vous pourriez vous brûler plus que vous ne le pensez.

Je relâche son poignet, recule. Elle ne dit rien, mais sa respiration est saccadée. Je vois la confusion dans ses yeux, la peur, l’attirance. Je m’en veux de la provoquer, mais je ne peux pas m’en empêcher.

— Maintenant, sortez, dis-je d’une voix dure.

Elle obéit, sans un mot. La porte se referme. Je reste seul, le cœur martelant, les doigts encore imprégnés de la chaleur de sa peau. Je me passe une main sur le visage, furieux.

Ce n’est pas ce que j’avais prévu. Elle n’est pas qu’une pièce. Elle est un danger, une faille qui s’élargit à chaque rencontre.

Je me tourne vers la fenêtre, fixe la nuit. Ma vengeance n’a jamais semblé si fragile. Et pour la première fois, je me demande si je ne suis pas en train de me perdre dans un jeu que j’ai moi-même créé.

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