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Chapitre 3

last update publish date: 2026-08-20 19:13:32

Chapitre 3

Maëlys

Je me tiens debout face à Ethan Wexford, dans son bureau immense. Les murs de verre laissent entrer une lumière froide qui écrase tout. Je me sens minuscule, écrasée par la hauteur des plafonds, par le silence, par son regard. Il est assis, les manches relevées, les avant-bras posés sur la table. Ses yeux bleus me transpercent sans effort.

— Asseyez-vous, Maëlys.

Il a dit mon prénom. Pas « Mademoiselle Corven ». Mon prénom, dans sa bouche, sonne comme une prise de possession. Je m’exécute, les jambes flageolantes. Le cuir du fauteuil est froid sous mes doigts. Je croise les mains pour ne pas trembler.

— Douze mois, dit-il en poussant un dossier vers moi. Douze mois de votre vie, en échange de la maison, des dettes, d’une rente confortable.

— Et si je refuse ?

— Vous refusez quoi ? La possibilité de sauver la seule chose qui compte pour vous, ou la chance de m’échapper ?

Je baisse les yeux. Mon nom figure déjà sur les documents, comme si ma décision était une formalité. Ethan a tout prévu. La nausée monte.

— Pourquoi moi ? je murmure.

— Parce que vous êtes prête à jouer un rôle, Maëlys. Et j’ai besoin d’une femme qui sache mentir avec élégance.

Son regard est impassible, mais une lueur y brille. Il ne cherche pas une épouse, pas une compagne. Il cherche une actrice, une façade. Et moi, je suis prête à accepter, parce que je n’ai rien d’autre.

— Je ne suis pas une menteuse.

— Vous apprendrez.

Le silence s’installe. Je fixe les lignes noires qui scellent mon avenir. Je pense à la maison, à la lavande séchée, au rire de ma mère. Je pense au mépris de mon père, au sourire cruel de ma belle-mère. Je pense à Ethan, à sa froideur, à cette sensation étrange qui mêle peur et attirance. Je me sens minuscule, écrasée par sa certitude.

— Prenez le stylo, dit-il en me tendant un stylo en or.

Mes doigts effleurent le métal froid. Une décharge remonte le long de mon bras. Je saisis le stylo, le cœur battant à tout rompre.

— Lisez, si vous voulez. Mais rien de ce qui est écrit ne changera le fond : vous m’appartiendrez pendant douze mois. Corps, âme et silence.

Le mot « corps » me fait frissonner.

— Le contrat ne mentionne pas de relations intimes.

— Le contrat mentionne ce que je veux qu’il mentionne. Pour l’instant, il n’y a rien de tel. Mais vous jouerez l’épouse aimante en public. En privé, vous serez libre, tant que vous restez discrète.

Je baisse les yeux sur la première page. Douze mois. Confidentialité totale. Aucune question personnelle. Aucun sentiment. Rémunération mensuelle. Dettes effacées. Maison préservée.

Je signe.

Le stylo glisse sur le papier. Mon nom se forme, net, définitif. Chaque lettre est un morceau de moi que je cède. Je signe parce que je n’ai pas le choix, parce que la peur de tout perdre est plus forte que la peur de me perdre moi-même.

Quand je relève la tête, Ethan me regarde avec une intensité nouvelle, presque satisfaite. Il se lève, contourne le bureau, s’arrête à ma hauteur. Son ombre m’enveloppe, son parfum de bois de santal et de cuir m’écrase. Je lève les yeux, le souffle court.

— Bienvenue dans ma cage, Maëlys, dit-il d’une voix basse.

Je frémis. Le mot résonne comme une sentence.

— Le mariage aura lieu dans trois jours. Vous emménagerez chez moi demain matin.

— Demain ?

— Le temps presse. Ne me faites pas regretter mon choix.

Il se penche, une main sur l’accoudoir de mon fauteuil. Son visage est si proche que je perçois la chaleur de son souffle. Je retiens le mien, le cœur tambourine contre mes côtes.

— Une dernière chose. Ne tombez pas amoureuse de moi. Ce serait la plus grosse erreur de votre vie.

Puis il se redresse, retourne derrière son bureau. Je reste figée, le stylo entre mes doigts, mon nom sur le papier, ma vie scellée.

Je me lève, les jambes flageolantes. Je redresse la tête, serre mon sac contre moi, me dirige vers la porte.

— Maëlys.

Sa voix m’arrête. Je me retourne à moitié.

— Vous êtes plus courageuse que je ne le pensais.

Je sors. La porte se referme. Dans le couloir, le silence me submerge. Je m’appuie contre le mur, le souffle court.

Je viens de signer avec un homme qui me glace. Un homme qui ne m’aimera jamais. Pourtant, au fond de moi, une certitude s’impose : je suis prête à me perdre dans ce jeu. Et peut-être à en redemander.

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