登入Chapitre 3
Maëlys
Je me tiens debout face à Ethan Wexford, dans son bureau immense. Les murs de verre laissent entrer une lumière froide qui écrase tout. Je me sens minuscule, écrasée par la hauteur des plafonds, par le silence, par son regard. Il est assis, les manches relevées, les avant-bras posés sur la table. Ses yeux bleus me transpercent sans effort.
— Asseyez-vous, Maëlys.
Il a dit mon prénom. Pas « Mademoiselle Corven ». Mon prénom, dans sa bouche, sonne comme une prise de possession. Je m’exécute, les jambes flageolantes. Le cuir du fauteuil est froid sous mes doigts. Je croise les mains pour ne pas trembler.
— Douze mois, dit-il en poussant un dossier vers moi. Douze mois de votre vie, en échange de la maison, des dettes, d’une rente confortable.
— Et si je refuse ?
— Vous refusez quoi ? La possibilité de sauver la seule chose qui compte pour vous, ou la chance de m’échapper ?
Je baisse les yeux. Mon nom figure déjà sur les documents, comme si ma décision était une formalité. Ethan a tout prévu. La nausée monte.
— Pourquoi moi ? je murmure.
— Parce que vous êtes prête à jouer un rôle, Maëlys. Et j’ai besoin d’une femme qui sache mentir avec élégance.
Son regard est impassible, mais une lueur y brille. Il ne cherche pas une épouse, pas une compagne. Il cherche une actrice, une façade. Et moi, je suis prête à accepter, parce que je n’ai rien d’autre.
— Je ne suis pas une menteuse.
— Vous apprendrez.
Le silence s’installe. Je fixe les lignes noires qui scellent mon avenir. Je pense à la maison, à la lavande séchée, au rire de ma mère. Je pense au mépris de mon père, au sourire cruel de ma belle-mère. Je pense à Ethan, à sa froideur, à cette sensation étrange qui mêle peur et attirance. Je me sens minuscule, écrasée par sa certitude.
— Prenez le stylo, dit-il en me tendant un stylo en or.
Mes doigts effleurent le métal froid. Une décharge remonte le long de mon bras. Je saisis le stylo, le cœur battant à tout rompre.
— Lisez, si vous voulez. Mais rien de ce qui est écrit ne changera le fond : vous m’appartiendrez pendant douze mois. Corps, âme et silence.
Le mot « corps » me fait frissonner.
— Le contrat ne mentionne pas de relations intimes.
— Le contrat mentionne ce que je veux qu’il mentionne. Pour l’instant, il n’y a rien de tel. Mais vous jouerez l’épouse aimante en public. En privé, vous serez libre, tant que vous restez discrète.
Je baisse les yeux sur la première page. Douze mois. Confidentialité totale. Aucune question personnelle. Aucun sentiment. Rémunération mensuelle. Dettes effacées. Maison préservée.
Je signe.
Le stylo glisse sur le papier. Mon nom se forme, net, définitif. Chaque lettre est un morceau de moi que je cède. Je signe parce que je n’ai pas le choix, parce que la peur de tout perdre est plus forte que la peur de me perdre moi-même.
Quand je relève la tête, Ethan me regarde avec une intensité nouvelle, presque satisfaite. Il se lève, contourne le bureau, s’arrête à ma hauteur. Son ombre m’enveloppe, son parfum de bois de santal et de cuir m’écrase. Je lève les yeux, le souffle court.
— Bienvenue dans ma cage, Maëlys, dit-il d’une voix basse.
Je frémis. Le mot résonne comme une sentence.
— Le mariage aura lieu dans trois jours. Vous emménagerez chez moi demain matin.
— Demain ?
— Le temps presse. Ne me faites pas regretter mon choix.
Il se penche, une main sur l’accoudoir de mon fauteuil. Son visage est si proche que je perçois la chaleur de son souffle. Je retiens le mien, le cœur tambourine contre mes côtes.
— Une dernière chose. Ne tombez pas amoureuse de moi. Ce serait la plus grosse erreur de votre vie.
Puis il se redresse, retourne derrière son bureau. Je reste figée, le stylo entre mes doigts, mon nom sur le papier, ma vie scellée.
Je me lève, les jambes flageolantes. Je redresse la tête, serre mon sac contre moi, me dirige vers la porte.
— Maëlys.
Sa voix m’arrête. Je me retourne à moitié.
— Vous êtes plus courageuse que je ne le pensais.
Je sors. La porte se referme. Dans le couloir, le silence me submerge. Je m’appuie contre le mur, le souffle court.
Je viens de signer avec un homme qui me glace. Un homme qui ne m’aimera jamais. Pourtant, au fond de moi, une certitude s’impose : je suis prête à me perdre dans ce jeu. Et peut-être à en redemander.
Chapitre 5MaëlysLa porte se referme derrière moi avec un claquement sourd, et le silence du couloir m’avale. Je reste immobile, le dos contre le mur froid, les jambes tremblantes. Mes doigts s’agrippent au tissu de ma robe, comme si ce geste pouvait m’empêcher de me briser en mille morceaux. Les mots d’Ethan tournent dans ma tête, des lames qui lacèrent tout sur leur passage.« Vous n’êtes plus rien. »« La haine, je la connais mieux que vous. »« Vous pourriez vous brûler plus que vous ne le pensez. »Je ferme les yeux, inspire par à-coups. Mes poumons brûlent, ma gorge se serre. Je refuse de pleurer. Pas ici. Pas dans cette maison qui respire le pouvoir et la froideur. Je ravale la boule qui monte, l’enfonce au creux de ma poitrine, là où la douleur pourra se transformer en colère. La colère, je la maîtrise mieux que les larmes.Je me redresse, lisse ma robe d’un geste mal assuré. Le couloir s’étire devant moi, immense, tapissé de boiseries sombres et ponctué de portes closes. Une
Chapitre 4EthanLe salon est plongé dans une pénombre froide, à peine troublée par la lueur des lampes posées sur les consoles. Je me tiens debout près de la cheminée, les bras croisés, le regard fixé sur la porte. Elle ne va pas tarder. Elle est ponctuelle, je le sais. Je connais ses habitudes, sa manière de se hâter sans courir, ses épaules légèrement voûtées comme si elle s’excusait d’exister. Ce soir, je vais lui rappeler où est sa place.La porte s’ouvre. Maëlys entre, silhouette frêle dans une robe grise qui la rend plus pâle encore. Ses cheveux sont relevés en un chignon lâche, quelques mèches s’échappent déjà. Ses yeux verts balayent la pièce avant de se poser sur moi. Elle s’immobilise, les doigts crispés sur le tissu de sa robe.— Vous vouliez me voir, dit-elle d’une voix qu’elle tente d’assurer.— Approchez.Elle obéit, les pas lents, mesurés. Je ne bouge pas. J’attends qu’elle s’arrête à quelques mètres de moi. Son parfum, léger, fleuri, se mêle à l’odeur du bois ancien.
Chapitre 3MaëlysJe me tiens debout face à Ethan Wexford, dans son bureau immense. Les murs de verre laissent entrer une lumière froide qui écrase tout. Je me sens minuscule, écrasée par la hauteur des plafonds, par le silence, par son regard. Il est assis, les manches relevées, les avant-bras posés sur la table. Ses yeux bleus me transpercent sans effort.— Asseyez-vous, Maëlys.Il a dit mon prénom. Pas « Mademoiselle Corven ». Mon prénom, dans sa bouche, sonne comme une prise de possession. Je m’exécute, les jambes flageolantes. Le cuir du fauteuil est froid sous mes doigts. Je croise les mains pour ne pas trembler.— Douze mois, dit-il en poussant un dossier vers moi. Douze mois de votre vie, en échange de la maison, des dettes, d’une rente confortable.— Et si je refuse ?— Vous refusez quoi ? La possibilité de sauver la seule chose qui compte pour vous, ou la chance de m’échapper ?Je baisse les yeux. Mon nom figure déjà sur les documents, comme si ma décision était une formalit
Chapitre 2EthanLe silence de mon bureau est épais, troublé seulement par le tic-tac régulier de l’horloge ancienne posée sur la cheminée. Je me tiens debout près de mon fauteuil, les mains dans les poches, le regard fixé sur le dossier ouvert devant moi. Des photographies de Maëlys Corven sont étalées sur le sous-main en cuir, comme des pièces à conviction. Elle sortant de chez elle, les épaules voûtées, un vieux manteau sur les bras. Elle à la boulangerie, les yeux baissés, un sourire triste aux lèvres. Elle assise sur un banc, un livre à la main, le visage pâle sous la lumière crue d’un lampadaire.Je connais chaque détail de ces clichés. Je les ai étudiés des heures durant, mémorisant la courbe de sa nuque, la fragilité de ses poignets, la manière dont elle mord sa lèvre inférieure quand elle réfléchit. Ce n’est pas de l’obsession, me dis-je. C’est de la préparation. Une vengeance, ça se construit avec précision. On ne laisse rien au hasard.Je m’assois dans le fauteuil, le cuir
Chapitre 1MaëlysLa voix de mon père est froide, posée, comme s’il récitait une sentence. Je me tiens debout, les bras croisés, mes ongles enfoncés dans mes paumes pour ne pas trahir le tremblement qui monte.— Tu as trois mois, dit-il sans me regarder. Ensuite, la maison sera saisie.Chaque mot tombe avec une précision cruelle. Ma belle-mère, assise, lisse sa jupe d’un geste lent, savourant l’instant. Mon demi-frère se tient près de la fenêtre, un sourire mince aux lèvres. Personne ne prend ma défense. Personne ne rappelle que cette maison appartenait à ma mère, qu’elle est tout ce qui me reste d’elle.— Cette maison était à ma mère, j’articule, la gorge serrée.Mon père lève enfin les yeux. Son regard est vide, comme s’il ne voyait pas ma douleur. Peut-être ne la voit-il pas, tout simplement.— Ta mère est morte. Elle a laissé des dettes. Toi, tu n’as rien. Alors ne fais pas l’offensée.L’humiliation brûle ma nuque, descend dans ma poitrine, s’insinue dans mes veines. Je serre les







