LOGINLes portes de l'ascenseur se refermèrent derrière elle dans un glissement feutré. Le parfum subtil qu'il portait, mélange d'ambre et de bois précieux, resta suspendu dans l'air, comme s'il cherchait à l'encercler.
Elina inspira profondément. Ses doigts crispés sur la lanière de son sac trahissaient une nervosité qu'elle s'efforçait de dissimuler. Emme leva le yeux vers l'homme qui la fixait avec une intensité glaciale. Alexander Verhoeven. Le nom s'imposa à son esprit comme une évidence. Elle l'avait vu dans les magazines économiques, entouré de figures puissantes et de femmes dont les sourires semblaient figés par la peur autant que par l'admiration. Héritier d'un empire immobilier colossal, il était réputé pour son intelligence stratégique et son absence totale de scrupules. Mais jamais ne s'attendait pas à ce qu'il croise sa route ce soir-là. Alexander la detailla du regard, lentement, comme s'il avait tout le temps du monde. Ses yeux gris acier, froids et perçant, semblaient sonder son âme. Sa silhouette imposante et son costume parfaitement ajusté lui donnaient une allure presque irréelle, comme s'il n"appartenait pas à ce monde. " Vous semblez troublée, Madame Laurens. " Sa vous grave et posée le fit sursauter. Chaque mot était articulé avec une précision chirurgicale, comme s'il pesait chacune de ses syllabes . Elina se redressa instinctivement, raffermissant sa prise sur son sac pour empêcher ses mains de trembler. Elle s'obligea à le fixer, même si son cœur battait à tout rompre. " Qui êtes-vous? Et Que me voulez vous ? " demanda-t-elle d'une voix qu'elle voulait ferme, mais qui trembla légèrement. Un sourire discret effleura ses lèvres, un sourire qui n'atteignit pas ses yeux. "Pas encore...Mais vous allez comprendre très vite." Il fit un pas de côté et, d'un geste fluide, désigna un lounge privé derrière lui. " Prenez un verre avec moi. Nous avons des choses à discuter. " Elina secoua la tête, sa gorge sèche. " Je be bois pas avec des inconnus. " " Inconnus?" répéta-t-il, amusé. " Je suis le propriétaire de l'hôtel où vous avez eu...votre petite scène ce soir. Croyez-moi, vous n'êtes pas une inconnue pour moi." Le cœur d'Elina manqua un battement. Elle sent une vague glaciale parcourir son échine. " Vous... vous m'avez observée?" souffla-t-elle. " Observée? Non. Mais rien ne m'échappe .Je garde toujours un œil sur mes établissements. Et vous..." Il laissant plané un silence, son regard accroché au sien. " Vous avez attiré mon attention. " Elle recula d'un pas, son instinct lui criant de fuir. Mais quelque chose dans la voix d'Alexander la retenait. "Je n'ai rien à vous dire.' " Peut-être pas. Mais mou, j'ai beaucoup à vous offrir." Il sortit une enveloppe noire de la poche intérieure de sa veste et la fit glisser entre ses doigts. " Une proposition qui pourrait transformer votre vie." Elina secoua la tête, une boule d'angoisse se formant dans son estomac. " Je ne veux rien de vous " " Ce n'est pas ce que vous voulez, Madame Laurens . Cest ce dont vous avez besoin." Elle inspira profondément, ses yeux cherchant une issus dans ce hall désert et silencieux. "Et qu'est-ce qui vous fait croire que j'ai besoin de vous ? " " Parce que si vous voulez briser Louis Laurens... je suis votre seule option." Ses mots frappèrent Elina en plein cœur. Elle sentit la colère et la peur se mêler en elle. Louis. Son mari. L'homme qui, il y a quelques minutes encore, lui promettait qu'elle ne s'échapperait jamais. Elle serra les dents et fixa Alexander avec défi. " Pourquoi m'aideriez-vous?" demanda-t-elle enfin, la voix basse mais ferme. Il s'avança d'un pas, réduisant la distance entre eux. Le parfum raffiné qu'il portait l'enveloppa, la faisant vaciller entre méfiance et trouble. "Parce que, mais chère... nous avons un ennemi commun." .Le retour dans la salle principale fut comme plonger dans un aquarium où chaque geste, chaque souffle, était observé à travers une paroi invisible. Les conversations semblaient étouffées, comme si tout le monde parlait à demi-voix. Pourtant, rien n’avait officiellement changé : les invités riaient, portaient leurs coupes, échangeaient des regards complices… Mais Élina savait. Elle savait que sous ce vernis mondain, quelque chose avait basculé.Alexander marchait à ses côtés, légèrement en retrait, de sorte qu’elle soit toujours dans son champ de vision. Ses yeux, d’ordinaire d’un bleu glacé, semblaient aujourd’hui encore plus sombres, comme si la lumière ne parvenait plus à s’y accrocher. Il ne parlait pas. Il n’avait pas besoin. Elle sentait sa vigilance, son corps tendu comme un fil prêt à rompre ou à frapper.Un murmure attira son attention. Elle se tourna légèrement, croyant reconnaître une voix… mais ce n’était qu’un souffle. Un mot, peut-être deux, portés par l’air. Elle fronça
La soirée battait son plein, mais Élina avait l’impression d’évoluer dans un décor qui se distordait à mesure que les minutes s’écoulaient. La lumière des lustres baignait la galerie dans une atmosphère chaude, presque trop, et la musique douce jouée par un quatuor de cordes n’arrivait pas à masquer le murmure inquiet de son esprit.Alexander marchait à ses côtés, silhouette haute, impeccablement taillée dans son costume sombre. Sa présence imposait une bulle autour d’eux. Les gens se détournaient instinctivement, comme si une frontière invisible les maintenait à distance. Pourtant, cette protection avait un prix : elle sentait, seconde après seconde, le contrôle qu’il exerçait sur ses pas, son souffle, ses moindres gestes.Un parfum particulier flottait dans l’air. Pas celui des fleurs disposées sur les tables, ni celui du champagne. Non… quelque chose de plus entêtant, légèrement sucré, mais avec une note métallique qui accrochait la gorge.Elle s’arrêta une fraction de seconde. —
La galerie était baignée d’une lumière chaude qui se répercutait sur les toiles, accentuant chaque éclat de couleur, chaque coup de pinceau. Les œuvres semblaient palpiter sous le regard des visiteurs, comme si elles absorbaient et reflétaient les émotions de ceux qui s’y attardaient.Élina avançait lentement, ses talons effleurant à peine le sol poli. Alexander marchait à ses côtés, mains dans les poches, l’air faussement détendu. Mais elle connaissait cette posture : un équilibre fragile entre contrôle et alerte, comme un prédateur qui flâne tout en surveillant chaque ombre.Ils s’étaient mêlés à la foule, une manœuvre qui, pour Alexander, relevait presque de l’absurde. Mais il avait insisté pour venir, prétextant qu’il voulait lui montrer “quelque chose”. Elle ne savait pas encore si c’était un piège, un test… ou un rare moment de sincérité.Le murmure des conversations se mêlait au cliquetis des verres de champagne. Des serveurs glissaient entre les invités, plateaux en équilibre,
La nuit était tombée sur la côte espagnole, enveloppant la villa d’un manteau d’ombres et de murmures. Dans le salon, les grandes baies vitrées laissaient entrer la lueur argentée de la lune qui se reflétait sur le sol marbré. Élina, assise sur un fauteuil bas, sentait encore l’écho des paroles échangées plus tôt. Les mots s’étaient accrochés à elle comme une seconde peau, impossibles à arracher.Alexander se tenait debout, un verre à la main, tourné vers l’océan. Son dos, raide, trahissait une tension qui n’avait cessé de croître depuis l’après-midi. Elle savait qu’il luttait. Pas seulement contre Damian, pas seulement contre les pièges de Camille… mais contre lui-même. Depuis leur arrivée ici, elle percevait les fissures dans son armure. Elles ne le rendaient pas moins dangereux. Elles le rendaient imprévisible.— Tu n’aurais pas dû rester seule avec lui, dit-il enfin, sans la regarder.Sa voix, basse et grave, glissa dans l’air comme une lame effilée. Élina sentit une chaleur acide
Le café s’était dissous dans la chaleur du jour. La une du journal continuait de flotter en arrière-plan de sa vision, comme si le papier s’était collé à sa rétine. Élina suivit Alexander dans la ruelle étroite qui longeait l’église, où l’ombre sentait la pierre humide et la cire froide. Les voix de la place retombaient en écho lointain. Il marchait un demi-pas devant elle, trop près pour qu’elle oublie sa présence, trop loin pour que sa chaleur la touche. Un garde, plus loin, se retourna au moindre changement de pavé.— On rentre, dit-il simplement.Elle n’objecta pas. La fatigue la cisaillait sous la peau, mais c’était une fatigue neuve, comme une mue. Dans la voiture, les vitres avalèrent la ville, et Barcelone redevint une succession de reflets. Alexander ne parlait pas. Son profil était une falaise fermée. Il pianotait, par moments, un rythme bref sur l’accoudoir, tic discret qu’elle avait appris à lire : il domptait sa colère, pas pour elle — pour la suite.De retour à l’hôtel,
L’air espagnol avait cette densité chaude qui collait à la peau, comme si chaque souffle portait en lui des éclats de soleil. La ville vibrait d’un rythme rapide et nerveux, entre les klaxons, les voix qui se mêlaient en espagnol rapide et les senteurs d’huile d’olive et de mer qui flottaient dans l’air. Élina n’avait pas remis les pieds à l’extérieur depuis l’incident du balcon. Aujourd’hui, pourtant, Alexander l’avait entraînée hors de l’hôtel, sans explication claire.Ils avaient traversé les rues jusqu’à une place centrale, animée, où un petit café en terrasse les attendait. Alexander gardait ce silence dense, presque électrique, qui laissait deviner que quelque chose se préparait. Ses yeux restaient fixés droit devant, sa main autour de la sienne comme une menotte invisible.Lorsqu’ils s’installèrent à la table, Élina remarqua immédiatement les regards qui glissaient vers eux. Pas seulement la curiosité banale des passants. Non… quelque chose de plus lourd, plus appuyé. Et puis,







