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Jâai reconnu son nom avant mĂȘme de lever les yeux.
Kylian De Vauren. Pendant des annĂ©es, ce nom avait Ă©tĂ© synonyme dâune seule chose : la mort de mon pĂšre. Je lâavais lu dans des dossiers confidentiels. Je lâavais entendu murmurĂ© dans des couloirs sombres. Je lâavais retrouvĂ©, encore et encore, au croisement de toutes les pistes qui menaient au drame. Et maintenant, il Ă©tait lĂ . Devant moi. â Monte, Aya. Sa voix Ă©tait calme. Trop calme pour un homme que je considĂ©rais comme un meurtrier. â Je prĂ©fĂšre mourir, rĂ©pondis-je. Un sourire imperceptible effleura son visage. Pas moqueur. FatiguĂ©. â Câest prĂ©cisĂ©ment ce qui va tâarriver si tu restes ici. Je serrai les poings. â Tu nâas aucun droit de me parler. â Jâen ai plus que tu ne le crois. Je le dĂ©testais. Je le dĂ©testais pour ce regard assurĂ©. Pour cette Ă©lĂ©gance froide. Pour le fait quâil respirait encore alors que mon pĂšre Ă©tait sous terre. Journaliste dâinvestigation, jâavais passĂ© cinq ans Ă reconstituer la vĂ©ritĂ©. Mon pĂšre nâĂ©tait pas un homme ordinaire. Il enquĂȘtait. Il avait dĂ©couvert quelque chose quâil nâaurait jamais dĂ» voir. Et Ă chaque fois, le mĂȘme nom revenait. Kylian De Vauren. â Tu lâas fait tuer, crachai-je. â Non. â Tu Ă©tais lĂ . â Oui. â Alors tu es coupable. Il soutint mon regard sans ciller. â Le monde nâest pas aussi simple, Aya. Je ris, un rire amer. â Tu dis ça Ă la fille dâun mort. Il ouvrit la portiĂšre arriĂšre de la voiture. â Monte. â Je ne monterai jamais avec toi. â Les hommes qui tâobservent depuis lâangle de la rue ne te laisseront pas ce luxe. Mon sang se glaça. Je nâavais rien vu. Mais lui, oui. â Pourquoi tu me protĂšges, murmurai-je. â Parce que ce nâest pas toi quâils cherchent Ă faire taire. â Câest le passĂ©, dis-je. â Exactement. Je montai. Ă contrecĆur. Par instinct de survie. La voiture dĂ©marra. Le silence Ă©tait lourd. â Si tu crois que ça efface ce que tu as fait, dit-il, tu te trompes. â Je ne cherche pas ton pardon. â Je veux la vĂ©ritĂ©. â Tu ne la supporteras pas. Je me tournai vers lui. â Alors pourquoi mâaider â Parce que lâhomme qui a ordonnĂ© la mort de ton pĂšre nâest pas celui que tu poursuis depuis des annĂ©es. Mon cĆur rata un battement. â Tu mens. â Non. Il sortit un dossier. Des photos. Des noms. Des dates. â Ton pĂšre travaillait contre eux. â Et toi â Moi, je suis celui qui a empĂȘchĂ© que tu sois la prochaine. Je refermai brutalement le dossier. â Tu crois vraiment que je vais te croire â Non, dit-il. Je sais que tu continueras Ă me haĂŻr. La voiture ralentit. Une ombre passa prĂšs de la vitre. â Mais tant que tu me dĂ©testes, ajouta-t-il, tu restes en vie. Il se pencha vers moi. â Tu mâas cherchĂ© pendant des annĂ©es, Aya. â Oui. â Maintenant, tu mâas trouvĂ©. Et je compris que lâennemi que jâavais jurĂ© de dĂ©truire Ă©tait devenu mon seul refuge. Ce qui Ă©tait, sans aucun doute, la chose la plus dangereuse qui pouvait mâarriver.La nuit Ă©tait Ă©paisse, presque tangible, comme si le centre culturel retenait son souffle. Aya se tenait immobile, le carnet en main, ses yeux scrutant chaque recoin de la salle. Le moindre bruit devenait un avertissement, le moindre reflet un danger potentiel. Kylian, Ă quelques mĂštres dâelle, ne dĂ©tachait pas ses yeux des sorties. Samuel, silencieux comme une ombre, parcourait les angles avec une prĂ©cision chirurgicale.Puis, un lĂ©ger cliquetis mĂ©tallique fit Ă©cho sur le sol de bĂ©ton. Aya sursauta. Kylian se raidit. Samuel, lui, fronça les sourcils.â Ce nâest pas nous, murmura Samuel.Une silhouette apparut Ă lâextrĂ©mitĂ© de la salle. LâĂ©clairage vacillant ne permettait pas de distinguer son visage, mais la prestance Ă©tait indĂ©niable : droite, assurĂ©e, imposante.â Qui va lĂ ? demanda Kylian dâune voix ferme, mais basse.Lâhomme ne rĂ©pondit pas immĂ©diatement. Il fit un pas en avant, puis un autre, et la lumiĂšre rĂ©vĂ©la enfin un visage⊠étrange, familier et impossible. Les traits Ă©tai
Le silence sâĂ©tait installĂ© aprĂšs lâĂ©cran noir. Un silence lourd, pesant, chargĂ© de questions. Chaque respiration semblait rĂ©sonner comme un avertissement dans le centre culturel dĂ©saffectĂ©. Aya serrait ses mains, ses doigts tremblants, mais son esprit travaillait plus vite que jamais. Trois ans de vĂ©ritĂ© cachĂ©e⊠et tout pouvait basculer maintenant.â Si mon pĂšre est vivant, murmura-t-elle, alors tout ce que nous pensions savoir⊠est faux.Kylian, les yeux fixĂ©s sur le plafond fissurĂ©, ne rĂ©pondit pas immĂ©diatement. Ses poings se crispĂšrent Ă ses cĂŽtĂ©s. Une rage froide. Une inquiĂ©tude sourde. Le danger Ă©tait rĂ©el, mais le choc de cette rĂ©vĂ©lation Ă©tait pire.â On doit vĂ©rifier, dit-il finalement, la voix basse mais autoritaire. Il a Ă©tĂ© laissĂ© visible pour une raison. Le Cercle Noir veut quâon le dĂ©couvre.Samuel sâapprocha dâAya, lâair calme mais calculateur.â Et si câĂ©tait un piĂšge ? demanda-t-il, presque doucement. Les archives peuvent ĂȘtre falsifiĂ©es. Des projections, des hologra
LâobscuritĂ© fut totale.Pas progressive.Brutale.Un noir Ă©pais, presque matĂ©riel.Aya entendit la respiration de Kylian prĂšs dâelle. ContrĂŽlĂ©e. Trop contrĂŽlĂ©e.Samuel, quelque part sur la gauche, bougea Ă peine.â GĂ©nĂ©rateur ? murmura Aya.â CoupĂ©, rĂ©pondit Kylian. Pas une panne.Un cliquetis mĂ©tallique rĂ©sonna dans la salle.La porte principale venait de se refermer.De lâintĂ©rieur.Samuel activa une lumiĂšre discrĂšte sur son tĂ©lĂ©phone. Faisceau Ă©troit. Suffisant pour dĂ©couper les ombres.Lâhomme avait disparu.â Impossible, souffla Samuel. Il Ă©tait devant nous.â Il voulait quâon regarde la porte, dit Aya doucement.Kylian comprit avant les autres.â Les sorties dâurgence.Ils se retournĂšrent.Trop tard.Un mouvement rapide derriĂšre les rangĂ©es de siĂšges.Un souffle.Un pas.Puis une voix, amplifiĂ©e par lâĂ©cho de la salle :â Vous pensez toujours que vous contrĂŽlez le jeu.Aya sentit quelque chose changer dans lâair. Pas une menace directe. Une dĂ©monstration.Les lumiĂšres se rallumĂš
Le centre culturel dĂ©saffectĂ© se dressait au bout dâune avenue oubliĂ©e, façade grise, vitres poussiĂ©reuses, silence trop Ă©pais.Parfait.â Les accĂšs secondaires sont condamnĂ©s, dit Samuel en consultant le plan numĂ©rique. Une seule entrĂ©e praticable.â Et deux sorties dâurgence intĂ©rieures, ajouta Kylian. On les garde pour nous.Aya observait le bĂątiment depuis la voiture.â Ăa ressemble Ă un piĂšge.â Câen est un, rĂ©pondit Kylian.Ils entrĂšrent.LâintĂ©rieur sentait le bois ancien et lâhumiditĂ©. Une grande salle principale, scĂšne vide, rangĂ©es de siĂšges recouvertes de draps. La lumiĂšre traversait les vitres hautes en bandes pĂąles.Samuel activa les capteurs discrets quâil avait installĂ©s une heure plus tĂŽt.â Mouvement thermique dĂ©tectable sur trente mĂštres.Kylian vĂ©rifia son oreillette.â Communication interne sĂ©curisĂ©e. Si quelquâun brouille, on le saura.Aya monta lentement sur la scĂšne.â Donc officiellement, câest ici que âlâhĂ©ritierâ doit parler.â Oui, rĂ©pondit Samuel.â Et offi
Personne ne parla pendant plusieurs secondes.La piste de lâhĂ©ritier prĂȘt Ă parler.Celle quâAya avait construite avec le plus de soin. La plus risquĂ©e. La plus provocatrice.â Ils ont mordu, murmura Samuel.Kylian gardait les yeux sur son Ă©cran.â Pas seulement. La consultation nâa durĂ© que vingt-sept secondes.â Câest court, dit Aya.â Suffisant pour copier. Insuffisant pour analyser en profondeur.Aya rĂ©flĂ©chissait dĂ©jĂ .â Donc ce nâĂ©tait pas un curieux. CâĂ©tait quelquâun qui savait quoi chercher.Samuel sâapprocha.â Ou quelquâun qui attendait quâon le publie.Kylian fit dĂ©filer les donnĂ©es.â La connexion ne vient pas du mĂȘme canal que la derniĂšre fois.Aya se tourna vers lui.â Ce nâest pas mon tĂ©lĂ©phone ?â Non.Un souffle collectif, presque imperceptible, traversa la piĂšce.â Alors dâoĂč ? demanda-t-elle.Kylian hĂ©sita une seconde.â Dâun point relais temporaire. Un serveur fantĂŽme. TrĂšs propre.Samuel esquissa un sourire sans joie.â Professionnel.Aya croisa les bras.â Ils n
Le silence avait changĂ© de nature.Ce nâĂ©tait plus le silence dâaprĂšs la peur.CâĂ©tait celui dâavant la guerre.Aya Ă©tait assise au sol, son tĂ©lĂ©phone dĂ©montĂ© devant elle. De minuscules composants alignĂ©s sur la table basse. Elle nâavait pas lâhabitude de dĂ©monter ses propres outils, mais cette fois, elle voulait voir. Comprendre. Toucher la faille.â Tu ne trouveras rien Ă lâĆil nu, dit doucement Kylian.â Ce nâest pas pour trouver, rĂ©pondit-elle. Câest pour accepter.Samuel, appuyĂ© contre la fenĂȘtre, observait la rue en contrebas.â Ils ont utilisĂ© ton moment de faiblesse, dit-il. Câest stratĂ©gique. Froid. CalculĂ©.Aya releva la tĂȘte.â Non. Câest personnel.Un silence.Kylian sâaccroupit face Ă elle.â Pourquoi tu dis ça ?â Parce que sâils voulaient juste surveiller lâenquĂȘte, ils auraient piratĂ© mes serveurs externes. Pas mon tĂ©lĂ©phone secondaire. Pas celui que je garde toujours prĂšs de moi.Elle inspira lentement.â Quelquâun savait que je lâutilisais pour les choses que je ne p







