LOGINPuis un autre encore.Mes mains sont en lambeaux maintenant. Les bandages sont déchirés, arrachés. La peau est ouverte, les chairs à vif. Des éclats de verre sont incrustés dans mes paumes, dans mes doigts, dans mes poignets. Le sang coule librement, chaud et rouge, éclaboussant les miroirs autour de moi.Mais je continue de frapper.Encore et encore.Chaque miroir brisé libère un peu de l'emprise de la Cabale. Chaque surface réfléchissante détruite affaiblit l'illusion. Chaque éclat de verre qui tombe est une petite victoire.— Althéa !La voix de Duncan perce le brouillard de ma rage.Il a brisé son propre miroir, s'est libéré de son illusion. Je ne sais pas ce qu'il a vu , ses parents mourant dans l'incendie, probablement, encore et encore , mais il a réussi à s'en extraire. Son vi
La question me frappe comme un coup de poing dans l'estomac. Le sourire de Sarah n'a pas changé , il est toujours doux, aimant. Mais ses yeux... ses yeux sont devenus accusateurs.— Pourquoi tu ne m'as pas sauvée, Althéa ? Pourquoi tu as choisi de me laisser mourir ?— Ce n'est pas vrai. Je n'ai pas choisi. J'ai essayé de te sauver. J'ai fait tout ce que je pouvais.— Ce n'était pas assez. Tu n'as jamais été assez.Je recule d'un pas. Mes mains tremblent. Mes yeux s'embuent de larmes.— Ce n'est pas réel, dis-je à voix haute, autant pour moi que pour les autres. Ce n'est qu'une illusion. Un piège de la Cabale.— Une illusion ? répète le reflet de Sarah. Elle lève ses mains, les tourne vers moi. Elles sont couvertes de sang. Du sang frais, rouge, qui dégouline entre ses doigts. Est-ce que ma mort était une illusion ? Est-ce que le sang sur tes mains est une illusion ?Je baisse les yeux vers mes propres mains. Elles sont propres. Bandées par Duncan, les blessures de l'étage précédent d
Les étages défilent, chacun avec son piège, son épreuve, son cauchemar. Des illusions qui nous montrent nos proches en train de mourir. Des créatures qui prennent l'apparence de nos êtres chers pour mieux nous frapper. Des pièges mécaniques , lames, pics, chutes de pierres. Des pièges magiques , sorts de confusion, de terreur, de désespoir.Nous survivons à tous.Mais chacun nous coûte quelque chose. De l'énergie. Du sang. De la santé mentale.Marcus a une entaille profonde au bras, infligée par une créature qui ressemblait à son frère mort. Elena boite légèrement, sa cheville tordue lors d'une chute évitée de justesse. Thorne est plus pâle que jamais, sa régénération de vampire mise à rude épreuve par les sorts qui ont ciblé spécifiquement sa n
Du moins en apparence.Mais je sens quelque chose. Une présence diffuse, omniprésente, qui imprègne chaque atome de ce lieu. Le bâtiment lui-même est conscient. Il nous observe. Il nous évalue. Il attend.— Il n'y a pas d'autre chemin, dis-je enfin. Les escaliers sont bloqués. Pas physiquement — magiquement. Ils n'existent plus dans notre dimension. La Cabale a remodelé ce bâtiment pour qu'il n'y ait qu'une seule voie. Leur voie.— L'ascenseur, dit Serena. Sa voix est calme, mais je perçois la tension sous-jacente.— L'ascenseur.Kael grogne, un son profond qui vient de sa poitrine de loup.— Je déteste les espaces confinés. Je déteste ne pas pouvoir me battre, ne pas pouvoir courir, ne pas pouvoir fuir.— Moi aussi, dis-je en posant une main sur son bras. Mais on n'a pas le choix. C'est leur territ
AlthéaLe bâtiment de la Cabale s'élève devant nous comme un poing dressé vers le ciel.Je n'en ai jamais vu de semblable. Une tour de verre noir et d'acier qui semble absorber la lumière plutôt que la refléter. Des centaines d'étages qui s'empilent vers les nuages, toujours plus hauts, toujours plus étroits, jusqu'à se perdre dans la brume qui couronne le sommet. Une brume qui n'a rien de naturel — elle palpite, elle respire, elle observe.Les fenêtres brillent d'une lueur malsaine, verdâtre, palpitante — la même que celle du portail. Et dans cette lueur, je distingue des formes qui bougent. Des silhouettes qui nous regardent. Des yeux qui nous suivent.Le bâtiment est vivant.Je le sens maintenant, avec mes sens amplifiés par la source. Ce n'est pas une construction inerte de verre et d'acier. C'est une entité
Je pose mes mains sur elle.— Tu n'es pas moi. Tu es ce que j'aurais pu devenir si j'avais choisi la facilité. Si j'avais laissé la peur me consumer. Si j'avais renoncé à l'amour.La source coule à travers moi. Pas pour détruire. Pas pour tuer. Pour guérir.— Mais j'ai choisi autre chose. J'ai choisi l'espoir. J'ai choisi l'amour. J'ai choisi de me battre, même quand tout semblait perdu.La lumière de la source se déverse dans la Cabale, dans toutes les âmes qui la composent, dans tous les fragments de conscience qui ont choisi les ténèbres. Elle ne les détruit pas elle les purifie. Elle ne les juge pas , elle leur offre une seconde chance.— Et c'est ce choix qui fait de moi ce que je suis. Pas mes peurs. Pas mes ombres. Mes choix.Les hurlements de la Cabale se changent en sanglots.Sa rage se change
AlthéaJe coule.Mon épaule explose de douleur. L'eau s'engouffre dans la déchirure, dans l'os fêlé, dans le muscle arraché. Elle ne guérit pas. Elle fouille. Elle agrandit. Elle expose chaque fibre, chaque nerf, chaque parcelle de souffrance.Je veux crier. L'eau emplit ma bouche. Elle n'a pas de
AlthéaPour la première fois depuis des semaines, un sentiment autre que la peur, la colère ou la confusion m’envahit : de l’émerveillement. Pur, simple, enfantin.Je me lève, titubante. Je marche vers le bord de l’eau laiteuse. La chaleur s’intensifie, enveloppante. Je m’agenouille, évitant soigne
AlthéaL’eau est un linceul de soie noire qui m’enveloppe, me tire, m’absorbe.Le choc du froid a expulsé l’air de mes poumons dans un nuage de bulles argentées. Le rugissement du combat, les cris, tout est étouffé, remplacé par le grondement sourd du courant et le battement furieux de mon propre s
AlthéaKael n’a pas bougé. Il me fixe toujours, comme si le carnage autour de nous n’était qu’un décor. Rhaeg, lui, s’est engagé dans la mêlée, déchirant un homme en deux d’un mouvement de ses bras déformés.Lorenzo a reculé, un pistolet à la main, tirant avec une précision mortelle. Une balle atte







