Share

Chapitre 2

last update Last Updated: 2025-12-21 22:02:40

Chapitre 2 : Le prédateur

LE POINT DE VUE DE Élise

Il traverse la salle.

Vers moi.

Mon cœur s'emballe dans ma poitrine. Chaque pas qu'il fait résonne dans mes oreilles comme un battement de tambour annonçant une exécution. La foule s'écarte naturellement devant lui, comme si les gens sentaient instinctivement qu'il valait mieux ne pas se trouver sur son chemin.

"Oh mon Dieu," souffle Chloé à côté de moi. "Il vient par ici. Élise, il te regarde."

Je veux fuir. Chaque cellule de mon corps me hurle de partir, de me fondre dans la masse, de disparaître comme je sais si bien le faire. Mais mes pieds sont cloués au sol. Mes jambes ont oublié comment fonctionner.

Nathan Rivière s'approche avec une grâce féline, prédatrice. Il ne me quitte pas des yeux une seule seconde, et ce regard gris acier me transperce comme s'il pouvait voir directement dans mon âme. Voir toutes les choses que j'y cache.

Il s'arrête devant moi. Trop près. Bien trop près pour être poli. Je peux sentir son parfum, boisé et épicé, mêlé à quelque chose de plus sombre. De plus dangereux.

De près, il est encore plus intimidant. Sa mâchoire carrée, ses traits ciselés comme taillés dans le marbre, et ces yeux... Mon Dieu, ces yeux qui semblent contenir toutes les tempêtes du monde.

"Bonsoir."

Sa voix est grave, veloutée. Le genre de voix qui glisse sur la peau comme du velours et de la lame de rasoir à la fois. Une voix qui promet des choses qu'on ne devrait pas désirer.

Je déglutis avec difficulté. "Bonsoir."

Ma propre voix sonne étrangement fragile à mes oreilles. Cassante.

Un sourire étire lentement ses lèvres. Pas un sourire chaleureux ou rassurant. Non. C'est le sourire d'un loup qui vient de trouver sa proie et qui sait déjà qu'elle ne pourra pas s'échapper.

"Nathan Rivière," dit-il en me tendant la main.

Je fixe cette main comme si c'était un piège. Ce qui est probablement le cas. Mais refuser de la serrer serait impoli, et malgré toute ma peur irrationnelle, je n'ai jamais été impolie.

Je glisse ma main dans la sienne.

Sa paume est chaude, ferme. Ses doigts se referment sur les miens avec une assurance possessive qui me fait frissonner. Il ne serre pas ma main, il la capture. Et il ne la lâche pas immédiatement, laissant le contact durer quelques secondes de trop.

"Élise," je murmure. "Élise Moreau."

"Élise." Il répète mon prénom lentement, comme s'il en testait le goût sur sa langue. "Élise Moreau."

La façon dont il prononce mon nom devrait être interdite. Chaque syllabe sonne comme une caresse et une menace.

Il finit par libérer ma main, mais son regard ne me lâche pas.

"Vous n'êtes pas à votre place ici," dit-il soudain.

Je cligne des yeux, déstabilisée. "Pardon?"

"Dans cette galerie. Avec ces gens." Il fait un geste vague de la main, englobant l'assemblée mondaine qui nous entoure. "Vous n'êtes pas comme eux."

Je ne sais pas si c'est un compliment ou une insulte. Sa voix ne trahit aucune émotion particulière, mais ses yeux, eux, continuent de me scanner comme s'il cherchait à résoudre une énigme.

"Je... Je suis venue accompagner une amie," je bégaie, détestant la manière dont ma voix tremble.

Son sourire s'élargit, révélant des dents parfaitement blanches. "Vous êtes nerveuse."

Ce n'est pas une question. C'est une constatation. Et elle sonne comme une victoire pour lui.

"Non," je mens maladroitement.

"Si." Il penche légèrement la tête, m'observant avec une intensité qui me donne envie de reculer. "Votre pouls s'accélère. Vos mains tremblent. Et vous ne cessez de mordre votre lèvre inférieure."

Mon sang se glace. Il m'observe avec une attention si minutieuse que j'ai l'impression d'être nue devant lui. Exposée. Vulnérable.

"Je vous intimide," continue-t-il, et il y a quelque chose dans sa voix maintenant. Quelque chose de sombre et de satisfait. "Bien."

"Bien?" je répète, incrédule.

"Oui. Cela signifie que votre instinct fonctionne correctement." Il se penche légèrement vers moi, et sa voix baisse d'un ton, devenant presque un murmure. "Vous devriez avoir peur de moi, Élise Moreau."

Mon cœur rate un battement. "Pourquoi?"

"Parce que je suis exactement l'homme dont votre mère vous a mise en garde quand vous étiez petite."

Il y a quelque chose d'étrangement honnête dans cette déclaration. Comme un avertissement. Comme s'il me donnait une dernière chance de fuir avant qu'il ne soit trop tard.

Je devrais partir. Maintenant. Tourner les talons et ne jamais regarder en arrière.

Mais je reste plantée là, captivée par ce regard gris qui me promet des choses que je ne devrais pas vouloir connaître.

"Vous êtes très directe," je murmure.

"Je ne mens jamais sur ce que je suis." Son sourire devient plus sombre. "À la différence de tous ces gens qui prétendent être civilisés, raffinés, alors qu'ils ne sont que des prédateurs mieux habillés."

"Et vous? Qu'êtes-vous?"

La question m'échappe avant que je puisse la retenir. C'est stupide. Dangereux. Mais je veux savoir. Une part de moi, cette part masochiste que je pensais avoir enterrée, veut désespérément savoir.

Nathan se penche encore plus près. Si près que je peux sentir son souffle effleurer ma joue.

"Je suis le prédateur qui vous fait savoir que vous êtes sa proie," murmure-t-il dans mon oreille. "Et qui vous laisse le choix de courir ou de vous abandonner."

Un frisson traverse mon échine. Ce n'est pas de la peur. Enfin, pas seulement. C'est quelque chose de bien plus troublant. Une chaleur liquide qui se répand dans mes veines, un vertige qui me fait chanceler.

Il se redresse, me laissant tremblante et désemparée.

"Passez une bonne soirée, Élise Moreau," dit-il d'un ton presque léger, comme si nous venions d'avoir une conversation parfaitement banale.

Il tourne les talons et s'éloigne aussi soudainement qu'il était apparu, me laissant là, sonnée, le cœur battant à tout rompre.

Chloé surgit à mes côtés, les yeux écarquillés. "Qu'est-ce qui vient de se passer? Qu'est-ce qu'il t'a dit?"

Je ne peux pas répondre. Ma gorge est nouée. Mon esprit tourne à vide.

Nathan Rivière vient de me déclarer la chasse.

Et le pire, c'est que je ne suis pas certaine de vouloir fuir.

Je rentre chez moi ce soir-là dans un état second. Chloé n'arrête pas de parler, me bombardant de questions, spéculant sur ce qui s'est passé, sur ce que Nathan a bien pu me dire. Mais je l'entends à peine.

Mon esprit est resté coincé dans cette galerie, dans ces quelques minutes où ma vie a basculé sans que j'aie pu l'arrêter.

"Vous devriez avoir peur de moi."

Je devrais. Je le sais. Chaque parcelle de raison que je possède me hurle de rester loin de cet homme. De l'oublier. De retourner à ma vie tranquille et invisible.

Mais alors que je me glisse sous mes draps cette nuit-là, fixant le plafond dans l'obscurité, ce n'est pas de la peur que je ressens.

C'est de l'excitation.

Et ça, c'est infiniment plus terrifiant que Nathan Rivière lui-même.

Parce que ça signifie qu'une part de moi, une part sombre et suicidaire que je pensais avoir enterrée avec Julien, est en train de se réveiller.

Et elle a faim.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • SÉDUIS-MOI SI TU L'OSES    Chapitre 26

    Chapitre 26Le dimanche matin, Nathan dort encore quand je me glisse hors du lit.Il est 7h. Trop tôt pour les journalistes. J'espère.Je m'habille en silence. Prends mon sac. Laisse un mot sur la table de la cuisine : "Partie faire des courses. De retour bientôt. Je t'aime."Dehors, l'air est glacial. Paris est encore endormi. J'aime cette ville à cette heure. Avant qu'elle ne se réveille et ne devienne ce chaos permanent.Je marche jusqu'à la pharmacie de garde la plus proche. Trois rues plus loin. Assez loin de l'appartement de Nathan pour ne pas être reconnue.Enfin, j'espère.J'entre. Une femme d'une cinquantaine d'années est au comptoir. Elle lève à peine les yeux de son magazine."Bonjour. Je peux vous aider?""Je voudrais... un test de grossesse."Elle me regarde alors. Vraiment me regarde. Ses yeux s'attardent sur mon visage. Je vois le moment où elle me reconnaît."Vous êtes...""S'il vous plaît." Ma voix tremble. "Juste le test. Rien d'autre."Elle hésite. Puis hoche la têt

  • SÉDUIS-MOI SI TU L'OSES    Chapitre 25

    Chapitre 25. LE POINT DE VUE D'EliseNos vêtements ce qu’il en restait—ont glissé au sol sans effort, comme s’ils n’avaient jamais dû exister entre nous. Le body en dentelle que j’avais enfilé plus tôt gisait maintenant en un tas soyeux près du lit, inutile. Ses mains ont trouvé les miennes, nos doigts s’entrelaçant avant qu’il ne me tire doucement vers lui. Cette fois, il n’y avait pas de hâte brutale, pas de besoin de dominer ou de se perdre dans la frénésie. Juste une lenteur délibérée, comme s’il voulait graver chaque seconde dans sa mémoire. « Nathan… » J’ai prononcé son nom comme une question, une supplication, et il a répondu en posant ses lèvres sur les miennes, un baiser si doux que j’en ai eu mal. « Chut. » Sa bouche a quitté la mienne pour tracer un chemin le long de ma mâchoire, puis plus bas, vers la base de ma gorge, où mon pouls battait à tout rompre. « Je veux juste… te sentir. »Et c’est ce qu’il a fait.Chaque caresse était une révélation. Ses paumes ont glissé sur

  • SÉDUIS-MOI SI TU L'OSES    Chapitre 24

    Chapitre 24 LE POINT DE VUE D'ELISE Le samedi matin, 7h30, je suis devant le commissariat.Il fait froid. Gris. Le ciel menace de pleuvoir.Marcus est à côté de moi, deux cafés à la main."Tu es sûre que tu veux être là? Avec tous les journalistes?"Je regarde la meute de vautours qui attend, caméras prêtes. Ils sont une vingtaine. Peut-être plus."Je m'en fous.""Ton visage va être partout.""Je m'en fous," je répète.À 8h précises, les portes s'ouvrent.Nathan sort.Mon cœur s'arrête.Il a l'air épuisé. Barbe de quatre jours. Cernes violacés. Vêtements froissés. Mais quand ses yeux trouvent les miens, quelque chose s'illumine.Les journalistes se précipitent."Monsieur Rivière! Un commentaire?""Regrettez-vous votre geste?""Allez-vous vous excuser auprès de Damien Arnault?"Nathan les ignore complètement. Il marche droit vers moi.Et devant toutes les caméras, tous les objectifs, il me prend dans ses bras et m'embrasse.Un baiser désespéré. Affamé. Comme s'il avait retenu son sou

  • SÉDUIS-MOI SI TU L'OSES    Chapitre 23

    Chapitre 23 : La proposition indécenteTrois jours.Trois jours que Nathan est en garde à vue. Le procureur a demandé une prolongation. Les charges s'aggravent. Agression aggravée. Violence en réunion. Avec les vidéos, les témoins, la plainte de Damien... son avocat parle déjà de prison ferme.Six mois. Peut-être un an.Je ne dors plus. Ne mange plus. Mon bureau est devenu mon refuge et ma prison à la fois.Les journalistes campent devant l'immeuble. Mon patron m'a mise en "congé forcé" pour "laisser retomber la pression médiatique". Traduction : je suis radioactive. Toxique pour l'entreprise.Chloé me supplie de quitter Paris. "Viens chez mes parents en Bretagne. Le temps que ça se calme."Mais je ne peux pas partir. Pas tant que Nathan est enfermé.Ce vendredi après-midi, je suis dans mon bureau - techniquement je ne devrais pas être là - essayant de finir un dossier, quand la porte s'ouvre sans qu'on ait frappé.Damien.Il a encore un pansement sur le nez. Un bleu violacé sous l'œi

  • SÉDUIS-MOI SI TU L'OSES    Chapitre 22

    Chapitre 22LE POINT DE VUE DE ÉliseMon téléphone explose.Messages. Appels. Notifications. Encore et encore.Je suis chez moi, en train de corriger un manuscrit, quand ça commence.Chloé. Sarah. Mon patron. Des numéros inconnus.J'ouvre Twitter par réflexe.Et mon sang se glace.#NathanRiviere est en tendance.Je clique.Des vidéos. Des dizaines de vidéos. Toutes montrant la même scène.Nathan. Frappant Damien. Le sang. La violence. Les cris."Oh mon Dieu," je murmure. "Oh mon Dieu, non."Mon téléphone sonne. Marcus."Allô?""Élise, tu as vu?""Je viens de voir. Où est Nathan?""Au commissariat du 8ème. Il a été arrêté. Agression aggravée.""J'arrive.""Non. N'y va pas. Les journalistes vont débarquer. C'est déjà la merde. Ton nom va sortir. Vous étiez le motif de la bagarre.""Je m'en fous. J'arrive."Je raccroche. Attrape mon sac. Mon manteau.Mon téléphone vibre encore. Un message de Damien."Je suis désolé que vous ayez à voir ça. Mais vous devez comprendre maintenant qui il est

  • SÉDUIS-MOI SI TU L'OSES    Chapitre 21

    Chapitre 21 : L'explosion de violenceLE POINT DE VUE DE NathanJe sais où il habite. Où il travaille. Où il fait ses courses.Ça fait trois jours que je le suis. Discrètement. À distance. Juste pour... observer.C'est ce que je me répète. J'observe. C'est tout.Mais la vérité, c'est que je cherche l'occasion parfaite.Et ce mercredi soir, à 19h30, devant le Monoprix du 8ème arrondissement, je la trouve.Damien Arnault sort du supermarché, deux sacs de courses à la main, ce sourire satisfait aux lèvres. Comme si le monde lui appartenait. Comme s'il n'avait pas essayé de me voler ce qui m'appartient.Ma rage, contenue depuis trois jours, explose.Je traverse la rue. Les voitures klaxonnent. Je m'en fous."Arnault!"Il se retourne. Me voit. Et quelque chose passe dans ses yeux. De la peur? Non. De la résignation. Comme s'il m'attendait."Rivière. Quelle surprise.""Vraiment?" Je m'approche. Trop près. "Tu ne m'attendais pas?"Les gens autour de nous commencent à ralentir. Sentant la con

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status