LOGINDiego
Le soleil se lève sur Mexico. Les premières lueurs du jour percent les rideaux de la chambre, dessinent des ombres sur le mur, réveillent doucement la ville. Valentina dort encore, ses cheveux éparpillés sur l'oreiller, ses lèvres entrouvertes, sa respiration lente et paisible. Elle est belle. Elle est vivante. Elle est à moi.
Je devrais être heureux. Je devrais profiter de ce calme, de cette paix, de ce bonheur qu'on a gagné. Mais je ne peux pas. Quelque cho
ValentinaLes rues sont vides à cette heure. Les réverbères éclairent le bitume d'une lumière jaune et sale, les rares voitures qui passent sont des taxis ou des livreurs, les trottoirs sont déserts. Mexico dort encore, ou peut-être qu'elle ne dort jamais, qu'elle attend, qu'elle observe, qu'elle guette.Je marche vite. Mon sac est léger sur mon épaule, mes chaussures sont silencieuses sur le trottoir, mon cœur bat trop vite dans ma poitrine. J'ai peur. J'ai peur qu'on me rattrape, qu'on me ramène, qu'on m'enferme à nouveau. J'ai peur de lui, de ses hommes, de sa colère.Mais j'avance. Je ne m'arrête pas. Je ne peux pas m'arrêter.Les rues défilent, les immeubles défilent, les souvenirs défilent. La boulangerie où j'achetais du pain le matin. Le petit parc où je venais lire l'après-midi. Le café
Je ne peux plus rester. Pas une nuit de plus. Pas une heure de plus. Pas une minute de plus. Je dois partir, pour me sauver, pour ne pas devenir ce que tu es, pour ne pas devenir ce que tu as fait d'elle.Les larmes viennent. Elles coulent sur mes joues, tombent sur le papier, bavent les lettres, effacent les mots. Je les essuie, je continue.Je t'aime, Diego. Je t'aime comme je n'ai jamais aimé personne. Je t'aime d'un amour qui me détruit, qui me consume, qui me tue. Et c'est pour ça que je pars. Parce que je ne veux pas mourir. Parce que je veux vivre. Parce que je veux être moi, pas ton ombre, pas ta prisonnière, pas ta chose.Je pose le stylo. Mes mains tremblent, mes larmes coulent, mon cœur se serre. Je regarde la lettre. Elle est courte, trop courte. Elle ne dit pas tout. Elle ne dit pas la peur, la douleur, l'amour. Elle ne dit pas les nuits sans sommeil, les jours sans couleurs, les heures sans fin.
Je pose le passeport sur le lit, à côté de l'argent. Je regarde la boîte. Il reste des choses dedans. Des photos, des lettres, des souvenirs. Des morceaux de ma vie d'avant. Des morceaux de moi.Je prends la photo de ma mère. Elle sourit, ses yeux sont clairs, ses cheveux sont blonds. Elle est belle, elle est jeune, elle est vivante. Elle est morte maintenant, depuis dix ans. Cancer. Elle est partie sans moi, sans adieu, sans rien.— Tu me manques, maman. Tu me manques tous les jours.Je pose la photo sur le lit, à côté du passeport. Je la prendrai. Je l'emmènerai. Elle viendra avec moi.La lettre que je n'ai jamais envoyée. À mon père. Pour lui dire que je lui pardonne, pour lui dire que je l'aime, pour lui dire que je suis désolée. Je ne l'ai jamais envoyée. Je ne l'enverrai jamais. Il est mort, lui aussi. Cœur. Trop de stress,
Plus de téléphone personnel. Celui que j'avais avant, mon vrai téléphone, avec mes contacts, mes photos, mes souvenirs, il est dans un tiroir, quelque part, ou peut-être qu'il a été jeté. Je ne me souviens plus. Je ne me souviens de rien. Les jours se ressemblent, les nuits se ressemblent, les heures s'effacent les unes après les autres.Plus de liberté de mouvement. Les gardes me regardent quand je sors. Ils demandent où je vais, combien de temps, quand je reviens. Ils ne m'empêchent pas de sortir, mais ils surveillent, ils notent, ils rapportent. Chaque pas est une permission. Chaque sortie une faveur. Chaque instant une dette.Je suis une prisonnière dorée.Les murs sont beaux, les draps sont soyeux, la nourriture est bonne. Il y a des fleurs fraîches chaque matin, des serviettes chaudes chaque soir, des attentions qui devraient me faire sentir
ValentinaLa maison est vide.Ce n'est pas vrai, bien sûr. Il y a des gardes dans la cour, leurs silhouettes sombres sous la lumière blafarde des projecteurs. Il y a des hommes dans les couloirs, leurs pas étouffés par les tapis épais. Il y a des domestiques dans les cuisines, qui préparent des repas que personne ne mange. Diego est quelque part, dans son bureau, à boire et à cogner sur les murs, à se détruire à petit feu comme il m'a détruite.La maison est pleine de monde, pleine de bruits, pleine de vie.Mais elle est vide. Vide de ce qui compte. Vide de liberté. Vide de moi.Je suis assise dans la chambre, le dossier posé devant moi, les preuves étalées sur le lit comme des cadavres, comme des souvenirs, comme des condamnations. Des photos, des notes, des relevés d'heures. Tout ce que j'ai trouvé. Tout ce qu
Il reste immobile, les yeux fixés sur moi, les mains tremblantes. Je vois la lutte dans son visage, la peur, le désespoir, l'amour peut-être. Mais je ne veux plus le voir. Je ne veux plus rien voir. Je veux juste qu'il parte. Qu'il disparaisse. Qu'il me laisse mourir en paix.— Sors, Diego.— Je ne peux pas.— Tu peux. Tu dois.— Et toi ? Qu'est-ce que tu vas faire ?— Je ne sais pas. Respirer. Exister. Essayer de ne pas devenir toi.— Tu ne deviendras jamais moi.— J'espère.Il sort. La porte se referme doucement, presque timidement. Le silence revient, plus lourd qu'avant, plus définitif. Je reste tournée vers le mur, les yeux fixés sur le plâtre blanc, les mains serrées sur les draps.Il n'a pas joui. Je l'ai vu. Son visage, sa bouche, ses yeux. Il cherchait quelque chose, un signe, une r&
Je traverse le hall, prends l'ascenseur, monte. Chaque étage est une étape, chaque seconde une épreuve, chaque battement de mon cœur un compte à rebours.L'ascenseur s'arrête. La porte s'ouvre. Le couloir est silencieux, éclairé par des
Je m'allonge à côté de lui, ma main sur sa poitrine, mes lèvres sur son cou, mon corps contre le sien.— Diego. Réveille-toi. Regarde-moi. S'il te plaît.Ses yeux s'ouvrent. Ils me regardent sans me voir, traversent mon visage, cherchent
DiegoL'air de l'hôpital est toujours le même. Froid, aseptisé, chargé d'odeurs de désinfectant et de mort qui rôde. Mes pieds touchent le sol pour la première fois en trois semaines. Trois semaines de lit, de douleur, de cauchema
ValentinaL'hôpital sent le désinfectant et la mort. Lucien est dans une chambre au troisième étage, le visage tuméfié, des bandages autour des côtes. Il sourit en me voyant.— Valentina. T'es venue.— Bien sûr







