MasukPlus de téléphone personnel. Celui que j'avais avant, mon vrai téléphone, avec mes contacts, mes photos, mes souvenirs, il est dans un tiroir, quelque part, ou peut-être qu'il a été jeté. Je ne me souviens plus. Je ne me souviens de rien. Les jours se ressemblent, les nuits se ressemblent, les heures s'effacent les unes après les autres.Plus de liberté de mouvement. Les gardes me regardent quand je sors. Ils demandent où je vais, combien de temps, quand je reviens. Ils ne m'empêchent pas de sortir, mais ils surveillent, ils notent, ils rapportent. Chaque pas est une permission. Chaque sortie une faveur. Chaque instant une dette.Je suis une prisonnière dorée.Les murs sont beaux, les draps sont soyeux, la nourriture est bonne. Il y a des fleurs fraîches chaque matin, des serviettes chaudes chaque soir, des attentions qui devraient me faire sentir
ValentinaLa maison est vide.Ce n'est pas vrai, bien sûr. Il y a des gardes dans la cour, leurs silhouettes sombres sous la lumière blafarde des projecteurs. Il y a des hommes dans les couloirs, leurs pas étouffés par les tapis épais. Il y a des domestiques dans les cuisines, qui préparent des repas que personne ne mange. Diego est quelque part, dans son bureau, à boire et à cogner sur les murs, à se détruire à petit feu comme il m'a détruite.La maison est pleine de monde, pleine de bruits, pleine de vie.Mais elle est vide. Vide de ce qui compte. Vide de liberté. Vide de moi.Je suis assise dans la chambre, le dossier posé devant moi, les preuves étalées sur le lit comme des cadavres, comme des souvenirs, comme des condamnations. Des photos, des notes, des relevés d'heures. Tout ce que j'ai trouvé. Tout ce qu
Il reste immobile, les yeux fixés sur moi, les mains tremblantes. Je vois la lutte dans son visage, la peur, le désespoir, l'amour peut-être. Mais je ne veux plus le voir. Je ne veux plus rien voir. Je veux juste qu'il parte. Qu'il disparaisse. Qu'il me laisse mourir en paix.— Sors, Diego.— Je ne peux pas.— Tu peux. Tu dois.— Et toi ? Qu'est-ce que tu vas faire ?— Je ne sais pas. Respirer. Exister. Essayer de ne pas devenir toi.— Tu ne deviendras jamais moi.— J'espère.Il sort. La porte se referme doucement, presque timidement. Le silence revient, plus lourd qu'avant, plus définitif. Je reste tournée vers le mur, les yeux fixés sur le plâtre blanc, les mains serrées sur les draps.Il n'a pas joui. Je l'ai vu. Son visage, sa bouche, ses yeux. Il cherchait quelque chose, un signe, une r&
ValentinaIl est parti.Je ne sais pas quand. Je ne sais pas comment. Je me suis réveillée, et il n'était plus là. Le lit était vide, les draps froids, la chambre silencieuse. Seule l'odeur de lui, cette odeur que je connais trop bien, mêlée à celle de la sueur et du sexe, flotte encore dans l'air, comme un fantôme, comme un souvenir, comme une menace.Je reste allongée, les yeux fixés sur le plafond, le corps inerte, l'esprit vide. Je ne sens rien. Pas de douleur, pas de colère, pas de tristesse. Juste ce vide. Ce trou noir qui s'est ouvert en moi et qui menace de tout engloutir. Mes jambes sont lourdes, mes bras sont lourds, mon cœur est lourd. Tout est lourd. Tout est vide.Mes doigts touchent mon ventre, là où il m'a prise, là où il s'est vidé. La peau est sensible, marquée par ses doigts, par ses ongles, par cette violence qu'il n'a pas su retenir. Des bleus apparaissent, violets et jaunes, comme des fleurs sur ma peau. Des fleurs de do
Elle ne bouge pas. Ses yeux sont fixés sur le plafond, ses lèvres sont fermées, ses mains sont toujours ouvertes sur les draps. Elle est ailleurs. Elle a quitté son corps. Elle est partie sans partir.— Regarde-moi, dis-je.— Je te regarde.— Qu'est-ce que tu vois ?— Un homme qui se noie.— Et quoi d'autre ?— Un homme que j'ai aimé.— Aimé ? Tu ne m'aimes plus ?— Je ne sais pas. Je ne sais plus.Ses mots sont des lames. Elles coupent, tranchent, blessent. Je bouge en elle, plus vite, plus fort, plus profond. Je cherche son regard, un signe, une réaction. Il n'y a rien. Rien que ce vide, cette absence, cette mort.— Dis-moi que tu m'aimes, dis-je.— Je ne peux pas.— Dis-le.— Non.— JE T'AI DIT DE LE DIRE.— Non.Ma main serr
DiegoJe ne sais pas combien de temps je suis resté dans le couloir, adossé contre le mur, les mains tremblantes, la tête vide. Les minutes ont passé, les heures peut-être. Je ne sais plus. Je ne sais plus rien. Il n'y a que cette image, cette main qui frappe, ce visage qui bascule, ces yeux qui me regardent sans me voir.La gifle résonne encore dans ma main. Le bruit de la peau contre la peau, la sensation de sa joue sous mes doigts, le mouvement de sa tête qui bascule sur le côté. Je l'ai frappée. J'ai frappé Valentina. J'ai fait ce que j'avais juré de ne jamais faire. J'ai été lui. J'ai été mon père. J'ai été le monstre.Je rentre dans la chambre. Mes pas sont lourds, traînants, comme si mes jambes ne voulaient pas m'emmener là où je dois aller. La porte s'ouvre sans bruit, se referme sans bruit. Le
ValentinaL’attente, cette fois, est différente. Elle est orientée, concentrée sur un point précis de l’après-midi. Un point qui approche avec la lenteur d’une lame.Je suis assise sur la même chaise, face à la fenêtre. Je me suis lavée à l’eau froide dans la salle de bains en marbre, j’ai lissé me
ValentinaLe ton est léger, presque amusé. Il joue. Bien. Je joue aussi.— Non. C’est le mien. Et si vous voulez que je… que je sois ici, que je comprenne la situation, je dois pouvoir la rassurer.Je choisis les mots avec soin. Comprendre la situation. Pas accepter. Pas obéir. Être ici. Pas rester
ValentinaLe lendemain matin, l'appartement est un bloc de silence tendu. Maman a préparé du café, mais la tasse reste pleine devant moi, refroidissant. Je regarde l'heure sur le téléphone prépayé. 10h47.Dans un peu plus d'une heure, je dois être au dépôt. Je n'ai aucune idée de ce que je vais dir
DiegoSans la regarder, je passe à Fernanda. Le cuir mord la raie de ses omoplates, et cette fois, je ne retiens pas ma force. Le crack est plus fort, plus sec, et elle se cambre comme si on lui avait enfoncé une lame dans le dos.— Putain de merde !Ses doigts glissent sur le bois, cherchant déses







