Mag-log inJe pose le passeport sur le lit, à côté de l'argent. Je regarde la boîte. Il reste des choses dedans. Des photos, des lettres, des souvenirs. Des morceaux de ma vie d'avant. Des morceaux de moi.Je prends la photo de ma mère. Elle sourit, ses yeux sont clairs, ses cheveux sont blonds. Elle est belle, elle est jeune, elle est vivante. Elle est morte maintenant, depuis dix ans. Cancer. Elle est partie sans moi, sans adieu, sans rien.— Tu me manques, maman. Tu me manques tous les jours.Je pose la photo sur le lit, à côté du passeport. Je la prendrai. Je l'emmènerai. Elle viendra avec moi.La lettre que je n'ai jamais envoyée. À mon père. Pour lui dire que je lui pardonne, pour lui dire que je l'aime, pour lui dire que je suis désolée. Je ne l'ai jamais envoyée. Je ne l'enverrai jamais. Il est mort, lui aussi. Cœur. Trop de stress,
Plus de téléphone personnel. Celui que j'avais avant, mon vrai téléphone, avec mes contacts, mes photos, mes souvenirs, il est dans un tiroir, quelque part, ou peut-être qu'il a été jeté. Je ne me souviens plus. Je ne me souviens de rien. Les jours se ressemblent, les nuits se ressemblent, les heures s'effacent les unes après les autres.Plus de liberté de mouvement. Les gardes me regardent quand je sors. Ils demandent où je vais, combien de temps, quand je reviens. Ils ne m'empêchent pas de sortir, mais ils surveillent, ils notent, ils rapportent. Chaque pas est une permission. Chaque sortie une faveur. Chaque instant une dette.Je suis une prisonnière dorée.Les murs sont beaux, les draps sont soyeux, la nourriture est bonne. Il y a des fleurs fraîches chaque matin, des serviettes chaudes chaque soir, des attentions qui devraient me faire sentir
ValentinaLa maison est vide.Ce n'est pas vrai, bien sûr. Il y a des gardes dans la cour, leurs silhouettes sombres sous la lumière blafarde des projecteurs. Il y a des hommes dans les couloirs, leurs pas étouffés par les tapis épais. Il y a des domestiques dans les cuisines, qui préparent des repas que personne ne mange. Diego est quelque part, dans son bureau, à boire et à cogner sur les murs, à se détruire à petit feu comme il m'a détruite.La maison est pleine de monde, pleine de bruits, pleine de vie.Mais elle est vide. Vide de ce qui compte. Vide de liberté. Vide de moi.Je suis assise dans la chambre, le dossier posé devant moi, les preuves étalées sur le lit comme des cadavres, comme des souvenirs, comme des condamnations. Des photos, des notes, des relevés d'heures. Tout ce que j'ai trouvé. Tout ce qu
Il reste immobile, les yeux fixés sur moi, les mains tremblantes. Je vois la lutte dans son visage, la peur, le désespoir, l'amour peut-être. Mais je ne veux plus le voir. Je ne veux plus rien voir. Je veux juste qu'il parte. Qu'il disparaisse. Qu'il me laisse mourir en paix.— Sors, Diego.— Je ne peux pas.— Tu peux. Tu dois.— Et toi ? Qu'est-ce que tu vas faire ?— Je ne sais pas. Respirer. Exister. Essayer de ne pas devenir toi.— Tu ne deviendras jamais moi.— J'espère.Il sort. La porte se referme doucement, presque timidement. Le silence revient, plus lourd qu'avant, plus définitif. Je reste tournée vers le mur, les yeux fixés sur le plâtre blanc, les mains serrées sur les draps.Il n'a pas joui. Je l'ai vu. Son visage, sa bouche, ses yeux. Il cherchait quelque chose, un signe, une r&
ValentinaIl est parti.Je ne sais pas quand. Je ne sais pas comment. Je me suis réveillée, et il n'était plus là. Le lit était vide, les draps froids, la chambre silencieuse. Seule l'odeur de lui, cette odeur que je connais trop bien, mêlée à celle de la sueur et du sexe, flotte encore dans l'air, comme un fantôme, comme un souvenir, comme une menace.Je reste allongée, les yeux fixés sur le plafond, le corps inerte, l'esprit vide. Je ne sens rien. Pas de douleur, pas de colère, pas de tristesse. Juste ce vide. Ce trou noir qui s'est ouvert en moi et qui menace de tout engloutir. Mes jambes sont lourdes, mes bras sont lourds, mon cœur est lourd. Tout est lourd. Tout est vide.Mes doigts touchent mon ventre, là où il m'a prise, là où il s'est vidé. La peau est sensible, marquée par ses doigts, par ses ongles, par cette violence qu'il n'a pas su retenir. Des bleus apparaissent, violets et jaunes, comme des fleurs sur ma peau. Des fleurs de do
Elle ne bouge pas. Ses yeux sont fixés sur le plafond, ses lèvres sont fermées, ses mains sont toujours ouvertes sur les draps. Elle est ailleurs. Elle a quitté son corps. Elle est partie sans partir.— Regarde-moi, dis-je.— Je te regarde.— Qu'est-ce que tu vois ?— Un homme qui se noie.— Et quoi d'autre ?— Un homme que j'ai aimé.— Aimé ? Tu ne m'aimes plus ?— Je ne sais pas. Je ne sais plus.Ses mots sont des lames. Elles coupent, tranchent, blessent. Je bouge en elle, plus vite, plus fort, plus profond. Je cherche son regard, un signe, une réaction. Il n'y a rien. Rien que ce vide, cette absence, cette mort.— Dis-moi que tu m'aimes, dis-je.— Je ne peux pas.— Dis-le.— Non.— JE T'AI DIT DE LE DIRE.— Non.Ma main serr
ValentinaLa lumière grise de l'aube filtre à travers les rideaux épais, dessinant des barreaux de poussière sur le drap froissé. Mon corps est un champ de bataille que je reconnais à peine chaque muscle hurle, chaque centimètre de peau porte la mémoire de ses doigts, de sa bouche, de sa fureur. L
ChiaraDans l'intimité feutrée de mon appartement en ville, bureau aux murs tapissés de velours bordeaux, je surveille l'échiquier via flux caméras piratés sur mon laptop sécurisé , Rosa est une mine d'or à 500 euros le rapport. Valentina est à la galerie Lucien : parfait, l'appât avale l'hameçon s
ValentinaLe taxi me dépose à deux rues de la galerie, comme convenu avec Rosa , discrétion absolue. Mes jambes flageolent sur le pavé irrégulier de la ruelle ombragée, où les façades ocre du quartier des antiquaires se dressent comme des sentinelles fatiguées. L'adresse de Chiara, griffonnée à la
ChiaraJe la pilonne sans merci, sans répit, la sueur dégoulinant de mon front sur son dos, nos corps claquant l'un contre l'autre en un rythme obscène qui emplit la chambre. L'élixir prolonge tout, décuple tout , je bande indéfiniment, dur comme du granit, sensible à l'extrême, chaque frottement,







