تسجيل الدخولMarchetti hocha lentement la tête.— Servin ne l’acceptera jamais. Il est obsédé par elle. Pas par amour – il ne sait pas ce que c’est. Par possessivité. Pour lui, elle est un objet. Un trophée. Il ne supporte pas qu’on lui prenne ce qu’il considère comme sien.— Il n’a plus rien. Il a tout perdu.— Pas encore. Tant qu’il pourra donner des ordres depuis sa cellule, il n’aura pas perdu. Il faudrait l’isoler complètement. Lui couper tout contact avec l’extérieur. L’enfermer dans une cage où personne ne peut l’entendre.— C’est ce qui va arriver. Grâce à toi.Marchetti ne répondit pas. Il fixait toujours le plancher, les épaules voûtées, le visage las.Et puis, sans prévenir, il bondit.Le mouvement fut si rapide qu’Amir n’eut pas le temps de réagir. Marchetti se jeta sur lui, renversant la chaise, et lui saisit le poignet – celui qui tenait l’arme. La lutte fut brève, violente, désespérée. Les deux hommes roulèrent sur le plancher, renversant la table de chevet dans un fracas de verre b
Amir poussa la porte de toutes ses forces, projetant Marchetti en arrière. L’homme trébucha, heurta le lit, et chercha à saisir quelque chose sur la table de chevet – une arme, probablement. Mais Amir fut plus rapide. Il dégaina son pistolet et le braqua sur l’ancien garde du corps.— Ne bouge pas.Marchetti se figea. Il était plus âgé que sur les photos, ses cheveux grisonnaient, et une cicatrice récente barrait sa joue gauche. Mais ses yeux – ses yeux étaient toujours les mêmes. Froids, calculateurs, sans la moindre trace de peur.— Tu vas me tuer ? demanda-t-il d’une voix rauque.— Non. Je vais te livrer à la police. Mais avant, tu vas répondre à mes questions.— Sinon quoi ?— Sinon je te tire dans le genou. Et crois-moi, ça fait très mal.Marchetti le regarda longuement, évaluant ses chances. Puis il haussa les épaules et s’assit sur le bord du lit.— Qu’est-ce que tu veux savoir ?— Qui t’a envoyé en Provence ?— Servin. Qui d’autre ?— Comment il communique avec toi ?— Par des
Le dernier signalement datait de la veille. Un homme correspondant à la description de Marchetti avait été aperçu dans un village de Seine-et-Marne, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Il était descendu dans une auberge isolée, sous un faux nom, et avait payé pour trois nuits d’avance.— C’est là qu’on va le cueillir, dit Amir.— On prévient Mercier ? demanda Rebecca.— Pas tout de suite. Si on envoie les gendarmes, il va les repérer à un kilomètre et prendre la fuite. Il faut d’abord qu’on le coince. Ensuite, on appelle la cavalerie.— Et comment tu comptes le coincer ? demanda Steiner. C’est un ancien des forces spéciales. Il est armé, il est entraîné, il est dangereux.— Je sais. Mais j’ai un avantage : il ne sait pas que je suis sur sa piste.Amir se prépara minutieusement. Il passa la soirée à étudier les plans de l’auberge, à repérer les issues, à calculer les temps de trajet. Il vérifia son arme – un pistolet semi-automatique que Steiner lui avait procuré – et la glissa
— Il faut prévenir Mercier, dit Éléonore. Qu’il lance un mandat d’arrêt contre lui.— C’est déjà fait. Mais Marchetti est un professionnel. Il ne se laissera pas prendre facilement. Il a quitté Manosque avant qu’on puisse l’intercepter, et il a disparu dans la nature.— Alors qu’est-ce qu’on fait ? On attend qu’il réapparaisse ?— Non, répondit Amir. On le cherche. Et pendant qu’on le cherche, on coupe les vivres à Jacques. On identifie tous ses contacts, tous ses complices, tous ses hommes de main. Et on les neutralise, un par un.Les jours suivants furent une véritable traque. Amir, aidé de Rebecca et de Steiner, déploya un réseau de surveillance autour de la prison de la Santé. Chaque visiteur était photographié, chaque appel était intercepté – dans les limites de la légalité, ou presque. Peu à peu, le réseau de Jacques se dévoilait. Il était plus étendu qu’ils ne l’avaient imaginé. Des hommes d’affaires véreux, des politiciens déchus, des anciens collaborateurs qui espéraient enco
Amir hocha la tête.— Rebecca a raison. On ne peut plus continuer à fuir. Il faut qu’on l’arrête définitivement.— Mais comment ? demanda Éléonore. Il est déjà en prison.— Pas pour cette tentative d’intimidation. Pas pour la tentative d’assassinat. Si on peut prouver qu’il est derrière tout ça, il sera condamné à perpétuité. Sans possibilité de remise de peine. Sans espoir de sortir un jour.— Et on fait comment pour le prouver ?— On retourne à Paris, répondit Rebecca. On donne ce message à Mercier. On fait analyser l’écriture, le papier, l’encre. On retrouve le messager. Et on remonte jusqu’à Jacques.Éléonore regarda le message froissé dans sa main. Les mots de Jacques dansaient devant ses yeux comme des serpents venimeux. Vous ne serez jamais en sécurité. Il avait raison, d’une certaine manière. Elle ne serait peut-être jamais complètement en sécurité. Mais elle pouvait se battre. Elle pouvait refuser de se laisser intimider. Elle pouvait gagner.— D’accord, dit-elle. On rentre à
Le quatrième jour, Éléonore découvrit la lavande. Pas les champs endormis qu’elle avait vus en arrivant, mais un petit carré, protégé du vent par un muret de pierre, que le propriétaire avait planté près de la maison. Les plants étaient taillés, prêts pour le printemps, mais quelques tiges séchées dépassaient encore, et elle en cueillit un brin qu’elle glissa dans la poche de sa veste.— Ma mère adorait la lavande, dit-elle à Amir qui l’avait rejointe. Elle en mettait partout. Dans les armoires, dans les sachets de tisane, dans l’eau du bain. Quand j’étais petite, je croyais que c’était son odeur naturelle. Comme si elle était née avec ce parfum.— Tu penses souvent à elle ?— Tous les jours. Surtout depuis que tout ça a commencé. Je me demande ce qu’elle aurait fait, à ma place. Si elle serait fière de moi.— Elle serait fière. Aucun doute.Elle hocha la tête, les yeux brillants, et glissa sa main dans la sienne. Ils restèrent ainsi un long moment, à regarder la vallée qui s’assombri







