تسجيل الدخولSimon sortit une dernière photo de sa sacoche. Une photo floue, prise de loin, probablement avec un téléobjectif. On y voyait Lambert debout devant la porte de son immeuble, en grande conversation avec un homme plus âgé, vêtu d’un costume sombre.— Charles Delcourt ? demanda Éléonore.— Non. Regardez mieux.Amir prit la photo et l’approcha de la lampe. L’homme sur le cliché était grand, mince, les cheveux grisonnants, le visage marqué par des années de pouvoir et de calculs. Il portait une cravate sombre sur une chemise blanche, et sa main gauche tenait une mallette en cuir.— Jacques Servin, murmura-t-il.— Lui-même, confirma Simon. Il est venu en personne, il y a trois jours. Il est resté une heure dans l’appartement de Lambert. Quand il est ressorti, il n’avait plus la mallette.— Il lui a donné de l’argent, dit Rebecca. Ou des documents. Ou les deux.— Ou un ordre, ajouta Éléonore d’une voix sombre. L’ordre de nous retrouver et de nous éliminer.Amir reposa la photo sur la table,
— Tu veux qu’on l’aborde dans un bar ? demanda Amir.— Pas nous. Toi.— Moi ?— Tu l’as déjà rencontré, il y a trois ans. Il te connaît. Il sait que tu n’es pas un adversaire violent, mais un journaliste qui cherche la vérité. Si tu l’approches calmement, sans agressivité, il t’écoutera peut-être.— Et s’il refuse de m’écouter ?— Alors on passera au plan B.— Quel est le plan B ?Rebecca sourit – un sourire mince, presque féroce.— On transmet tout ce qu’on a au procureur, et on laisse la justice faire son travail. Mais ce serait mieux d’avoir son témoignage. Pour Clara. Pour toutes les victimes.Amir resta silencieux un moment, les yeux fixés sur la carte de Paris. Puis il hocha la tête.— D’accord. J’irai lui parler. Mais pas seul. Tu seras là, en retrait, au cas où les choses tourneraient mal.Quelque part dans cette ville, Lambert menait sa vie tranquille, ignorant que trois femmes et un journaliste déchu étaient en train de tisser leur toile autour de lui. Bientôt, il le saurait
Le lendemain matin, le soleil se leva sur un Paris étrangement calme. Les oiseaux chantaient dans les marronniers des Buttes-Chaumont, et l’air doux de cette fin d’été entrait par la fenêtre entrouverte, chargé d’une odeur de terre humide et de feuilles mouillées. Éléonore fut la première debout. Elle avait mal dormi – des rêves confus où son père la poursuivait dans les couloirs du manoir, où Jacques riait en la regardant tomber, où Lambert apparaissait au détour d’un chemin, son sourire de reptile aux lèvres.Elle trouva Amir dans la cuisine, penché sur une carte de Paris étalée sur la table. Il avait les traits tirés par une nuit de travail, mais son regard était vif, concentré.— Tu n’as pas dormi ? demanda-t-elle.— Quelques heures. Pas plus. J’ai réfléchi à ce qu’on a dit hier soir.— À propos de Lambert ?— Oui. Si on veut le retourner, il faut qu’on comprenne comment il fonctionne. Ce qui le motive. Ce qui lui fait peur.Il désigna la carte sur la table. Plusieurs points y éta
— Lambert ne témoignera jamais, dit Amir. Il est trop compromis. S’il avoue le meurtre de Clara, il signe son propre arrêt de mort.— Pas s’il négocie. Pas si on lui propose un marché : son témoignage contre une peine réduite, une protection policière, une nouvelle identité.— Il ne voudra jamais. C’est un homme brisé, entièrement dévoué à Charles Delcourt. Il ne le trahira pas.— Il n’est pas dévoué. Il a peur. La peur, ça se retourne.Amir secoua la tête, sceptique. Mais Éléonore, elle, réfléchissait. Elle repensait à Lambert, à son visage aperçu dans la lumière des phares sur la route de Normandie. Cet homme n’était pas un tueur-né. C’était un ancien flic corrompu, un homme de main qui obéissait aux ordres sans poser de questions. Que savait-il vraiment ? Jusqu’où allait sa loyauté ? Et si on pouvait le briser, comme eux avaient essayé de briser Isaora ?— Et si on lui mettait la pression ? dit-elle. Pas des menaces – il a l’habitude. Mais des preuves. Des preuves qu’il risque la p
La nuit était tombée sur le 20e arrondissement. Par la fenêtre du salon, on apercevait les frondaisons sombres des Buttes-Chaumont, et au loin, la silhouette grêle du temple de la Sibylle qui se découpait sur le ciel parisien. L’appartement était silencieux. Isaora s’était endormie sur le canapé, enveloppée dans un plaid, ses mains posées sur son ventre arrondi. Rebecca préparait du café dans la cuisine, ses gestes précis et économes trahissant une fatigue qu’elle refusait d’admettre. Amir, lui, était penché sur son ordinateur portable, les yeux rivés à l’écran, explorant les recoins les plus obscurs de la clé USB.Éléonore s’était assise à la table de la salle à manger, devant les documents éparpillés. Elle les connaissait par cœur maintenant – chaque relevé bancaire, chaque contrat, chaque note interne. Elle aurait pu réciter de mémoire les dates des virements suspects, les noms des sociétés écrans, les montants des pots-de-vin. Mais malgré cette connaissance intime du dossier, elle
Amir posa son sac sur la table et en sortit les documents qu’il avait apportés. Des photocopies de relevés bancaires, des transcriptions d’enregistrements, des copies de contrats, des photos. Il les étala méthodiquement, les classant par catégorie, comme un enquêteur préparant une synthèse pour ses supérieurs.— Voilà ce qu’on a, dit-il. Les preuves de corruption, les relevés du projet Aurore, les enregistrements de Clara, la déposition d’Isaora, la lettre du docteur Morel, et maintenant l’enregistrement de Charles Delcourt reconnaissant son implication dans la mort de Clara. C’est un dossier accablant. N’importe quel procureur ouvrirait une enquête sur la base de ces éléments.— Mais ? demanda Éléonore, sentant qu’il y avait une réserve.— Mais il nous manque la preuve ultime. Celle qui rendra le dossier inattaquable, même face aux meilleurs avocats de Paris.— Quelle preuve ?Amir posa les mains sur la table et regarda tour à tour les trois femmes qui l’entouraient.— Le lien direct







