تسجيل الدخولAu milieu de la nuit, j'entends un bruit. Un sanglot étouffé, de l'autre côté de la cloison. Je me lève, je m'approche de la porte de sa chambre, j'écoute. Les sanglots sont réels, discrets, comme si elle pleurait la tête enfouie dans l'oreiller pour ne pas être entendue.Mon cœur se serre. Je lève la main pour frapper, puis j'hésite. Aurais-je dû ? Mais je ne peux pas rester là, impuissant, pendant qu'elle pleure seule. Je frappe doucement.— Lya ?Les sanglots s'arrêtent. Un silence. Puis sa voix, enrouée :— Oui ?— Tu peux ouvrir ? J'aimerais être là. Juste être là.Un autre silence. Puis le bruit de pas feutrés, la porte s'ouvre. Lya est debout dans l'embrasure, enveloppée dans une robe de chambre grise. Ses cheveux sont défaits, son visage est mouillé de larmes. Elle me regarde avec une expression d'enfant perdue.— Je ne voulais pas te réveiller, murmure-t-elle.— Tu ne m'as pas réveillé. Je ne
Adrien reste bouche bée. Il secoue la tête, incrédule.— Je me souvenais d'un manteau beige, murmure-t-il. Et de Baudelaire. Pourquoi ? Pourquoi ai-je mélangé ?— Parce que les souvenirs se mélangent. Parce que tu as recollé les morceaux avec les mauvaises pièces. Mais ce n'est pas grave. Ce qui compte, c'est que tu te souviennes de l'essentiel. Ce qui compte, c'est que tu sois revenu.— C'est important, Lya. C'est important parce que chaque détail a compté. Parce que je veux me souvenir de tout. De chaque instant. De chaque mot. De chaque regard.— Et moi, je veux t'aider à te souvenir. Je veux te raconter ma version, pour que tu puisses reconstruire la tienne. Je veux que nous partagions ce passé, même s'il nous a fait souffrir.— D'accord, dit-il. Raconte-moi. Raconte-moi tout.Je souris. Je pose ma tisane. Et je commence.Je raconte la fac, les bancs, les arbres. Je raconte la première fois où je l'ai vu, e
Lya Le soir tombe sur la ville, un soir d'hiver mouillé et doux. La librairie est fermée, mais nous n'avons pas allumé le poêle. Nous sommes assis dans la cuisine, face à face, une tisane entre les mains, et nous parlons. Nous parlons du passé, de ces années que nous avons vécues séparément, de ces instants que nous aurions pu partager si la vie avait été moins cruelle. Adrien raconte. Il raconte l'accident, l'hôpital, la rééducation. Il raconte ses parents, morts quelques années plus tard, sa solitude, ses études reprises, son travail. Il raconte Séléna, la rencontre, le mariage, cette impression de se marier avec une ombre, une femme qui ressemblait à une autre mais qui n'était pas elle. — Elle m'a dit qu'elle t'avait connue à la fac, dit-il. Elle m'a dit que vous étiez amies, que vous aviez perdu contact. Elle m'a parlé de toi avec une telle légèreté, une telle indifférence, que je n'ai pas cherché plus loin. Je ne sava
Je m'arrête. Je respire. Les mots sont durs à dire, mais je les dis. Parce qu'elle a le droit de savoir. Parce que c'est la seule façon de réparer.— Ce n'est qu'après mon mariage avec Séléna que les souvenirs ont commencé à remonter. Par bribes. Par éclats. Un visage, une robe bleue, un banc sous un tilleul. Je me souvenais d'une jeune fille qui lisait du Baudelaire. Je me souvenais d'une voix, d'un rire, d'un regard. Mais je n'arrivais pas à mettre un nom sur ce visage. Je croyais que c'était un rêve, un fantasme, une hallucination. J'ai consulté des médecins, des psychiatres. On m'a parlé de fausses réminiscences, de souvenirs écran. Personne n'a pu m'aider.Je baisse les yeux vers la table, vers les miettes de pain, vers le carnet de cuir que Lya tient toujours entre ses mains.— Puis un jour, Séléna est tombée dans le coma. Et je suis revenu ici. Pour la première fois depuis des années. J'ai traversé la ville, j'ai marché sur la digue, et je
Elle baisse les yeux vers le carnet. Elle le rouvre, le feuillette à nouveau, s'attarde sur une page où j'ai collé une photo. Une photo qu'elle m'avait donnée, un jour, à la fac. Une photo d'elle, prise sur la plage, les cheveux dans le vent, le sourire large. Elle regarde la photo longuement, puis elle me regarde.— Je ne savais pas, dit-elle.— Je ne voulais pas que tu saches. Je voulais que tu sois libre. Je voulais que tu m'oublies. Et en même temps, je voulais que tu m'attendes. C'était égoïste. C'était lâche. Mais c'était ce que je ressentais.— Ce que tu ressens encore ?— Oui. Ce que je ressens encore.Elle referme le carnet. Elle le pose sur le comptoir, entre nous. Elle ne me le rend pas. Elle le garde, comme si elle en avait besoin pour réfléchir.— Tu m'as dit, hier, que tu m'attendrais. Que tu attendrais trente jours, soixante, cent. C'est vrai ?— Oui.— Et si je te disais que je t'ai attendu
AdrienJe n'ai pas dormi de la nuit. Je suis rentré dans ma chambre d'hôtel, je me suis allongé sur le lit, et j'ai regardé le plafond pendant des heures. La pluie tambourinait sur le toit, le vent sifflait dans les gouttières, et moi, je pensais à Lya. À son visage quand elle m'a dit : "Attends demain." À la douceur de sa voix, à la lueur dans ses yeux, à ce mélange de peur et d'espoir que j'ai cru y déceler.Demain. C'est aujourd'hui. Le jour s'est levé, gris et mouillé, sur une mer d'étain. Je me suis levé tôt, j'ai pris une douche, je me suis habillé avec soin. J'ai mis une chemise propre, un pull, une veste qui ne sentait pas l'humidité. Je me suis regardé dans le miroir. J'ai vu un homme de trente-cinq ans, fatigué, mais debout. Un homme qui a passé sa vie à fuir et qui a décidé de s'arrêter.Avant de quitter la chambre, j'ai ouvert mon sac. Au fond, sous les vêtements et les papiers, il y a un objet que je n'ai montré à personne. Un carnet







