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Chapitre 2

last update تاريخ النشر: 2026-06-27 05:59:21

Chapitre 2

Auréna

Trois heures du matin. Le silence de la maison est si dense qu'il en devient palpable. Je suis assise au bord du lit depuis je ne sais combien de temps, les pieds nus sur le parquet en chêne massif. Je connais chaque détail de cette demeure, chaque tableau, chaque tapis, chaque moulure au plafond, et pourtant je n'y ai jamais habité. J'y ai séjourné, comme on séjourne dans un hôtel de luxe en attendant un départ qu'on ne cesse de repousser.

À côté de moi, il dort. Nolan Vercier, mon mari depuis cinq ans, l'homme que j'aime d'un amour que je n'ai jamais su exprimer autrement qu'en me taisant, dort d'un sommeil lourd. Son souffle est régulier, profond. Je le regarde, et je sens mon cœur se serrer comme un poing à l'intérieur de ma poitrine.

Il n'a pas remarqué le dîner. Il n'a pas remarqué les roses, ni les bougies, ni la robe que j'ai choisie avec l'attention qu'une femme réserve aux soirs de bataille. Il est rentré, il a traversé le salon sans un regard pour la table dressée, il est monté dans la chambre, et il s'est effondré sur le lit en murmurant des mots que je n'ai pas compris. Je n'ai pas voulu savoir.

Je me lève avec la lenteur d'un fantôme dans son propre tombeau. Mes pieds nus glissent sur le parquet froid, et je descends l'escalier sans allumer les lumières. Ma main effleure la rampe en fer forgé.

Le salon est plongé dans une obscurité que seules troublent les lueurs agonisantes des bougies que je n'ai pas eu le courage de souffler avant de monter. Elles se sont éteintes d'elles-mêmes, noyées dans leur propre cire. Les roses blanches penchent la tête, leurs pétales se détachent et tombent sur la nappe en lin comme des larmes silencieuses.

Je commence à ranger. D'abord les assiettes, que j'empile avec précaution. Ensuite les couverts, que j'essuie un à un avec un torchon en lin. Les verres en cristal, que je tiens par le pied pour éviter les empreintes. La nappe, que je secoue au-dessus de la poubelle avant de la plier en quatre, puis en huit, avec la précision mécanique d'une domestique qui connaît son ouvrage.

Chaque geste est un adieu. Je ne le sais pas encore, mais mon corps le sait. Mes mains savent qu'elles ne dresseront plus jamais cette table. Mes pieds savent qu'ils ne fouleront plus ce parquet. Ma peau sait qu'elle ne sentira plus l'odeur de cette maison, ce mélange de cire d'abeille, de vieux bois et de fleurs coupées qui est devenu, au fil des années, l'odeur de mon enfermement.

Aucune colère. Juste cette douleur froide qui ressemble à une certitude. Celle que quelque chose est en train de mourir, là, dans cette chambre trop grande, dans ce lit trop froid, dans ce cœur que j'ai donné tout entier à un homme qui n'en a jamais vraiment voulu.

Je remonte lentement l'escalier. Mes jambes sont lourdes, mes épaules sont lourdes, mon âme est lourde. Chaque marche est une épreuve. Arrivée sur le palier, je m'arrête devant la porte de la chambre. J'entends son souffle, régulier, paisible, le souffle d'un homme qui n'a pas conscience du séisme qui est en train de se produire à quelques mètres de lui.

Je m'allonge à mon tour, à l'extrême bord du matelas, aussi loin de lui que possible. Nos corps ne se touchent pas. Entre nous, il y a un espace vide, un no man's land de draps froissés et de non-dits que cinq années de mariage n'ont jamais comblé. Je ferme les yeux.

Je ne pleure pas. Aucune colère. Juste cette certitude.

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