เข้าสู่ระบบChapitre 2
Auréna
Trois heures du matin. Le silence de la maison est si dense qu'il en devient palpable. Je suis assise au bord du lit depuis je ne sais combien de temps, les pieds nus sur le parquet en chêne massif. Je connais chaque détail de cette demeure, chaque tableau, chaque tapis, chaque moulure au plafond, et pourtant je n'y ai jamais habité. J'y ai séjourné, comme on séjourne dans un hôtel de luxe en attendant un départ qu'on ne cesse de repousser.
À côté de moi, il dort. Nolan Vercier, mon mari depuis cinq ans, l'homme que j'aime d'un amour que je n'ai jamais su exprimer autrement qu'en me taisant, dort d'un sommeil lourd. Son souffle est régulier, profond. Je le regarde, et je sens mon cœur se serrer comme un poing à l'intérieur de ma poitrine.
Il n'a pas remarqué le dîner. Il n'a pas remarqué les roses, ni les bougies, ni la robe que j'ai choisie avec l'attention qu'une femme réserve aux soirs de bataille. Il est rentré, il a traversé le salon sans un regard pour la table dressée, il est monté dans la chambre, et il s'est effondré sur le lit en murmurant des mots que je n'ai pas compris. Je n'ai pas voulu savoir.
Je me lève avec la lenteur d'un fantôme dans son propre tombeau. Mes pieds nus glissent sur le parquet froid, et je descends l'escalier sans allumer les lumières. Ma main effleure la rampe en fer forgé.
Le salon est plongé dans une obscurité que seules troublent les lueurs agonisantes des bougies que je n'ai pas eu le courage de souffler avant de monter. Elles se sont éteintes d'elles-mêmes, noyées dans leur propre cire. Les roses blanches penchent la tête, leurs pétales se détachent et tombent sur la nappe en lin comme des larmes silencieuses.
Je commence à ranger. D'abord les assiettes, que j'empile avec précaution. Ensuite les couverts, que j'essuie un à un avec un torchon en lin. Les verres en cristal, que je tiens par le pied pour éviter les empreintes. La nappe, que je secoue au-dessus de la poubelle avant de la plier en quatre, puis en huit, avec la précision mécanique d'une domestique qui connaît son ouvrage.
Chaque geste est un adieu. Je ne le sais pas encore, mais mon corps le sait. Mes mains savent qu'elles ne dresseront plus jamais cette table. Mes pieds savent qu'ils ne fouleront plus ce parquet. Ma peau sait qu'elle ne sentira plus l'odeur de cette maison, ce mélange de cire d'abeille, de vieux bois et de fleurs coupées qui est devenu, au fil des années, l'odeur de mon enfermement.
Aucune colère. Juste cette douleur froide qui ressemble à une certitude. Celle que quelque chose est en train de mourir, là, dans cette chambre trop grande, dans ce lit trop froid, dans ce cœur que j'ai donné tout entier à un homme qui n'en a jamais vraiment voulu.
Je remonte lentement l'escalier. Mes jambes sont lourdes, mes épaules sont lourdes, mon âme est lourde. Chaque marche est une épreuve. Arrivée sur le palier, je m'arrête devant la porte de la chambre. J'entends son souffle, régulier, paisible, le souffle d'un homme qui n'a pas conscience du séisme qui est en train de se produire à quelques mètres de lui.
Je m'allonge à mon tour, à l'extrême bord du matelas, aussi loin de lui que possible. Nos corps ne se touchent pas. Entre nous, il y a un espace vide, un no man's land de draps froissés et de non-dits que cinq années de mariage n'ont jamais comblé. Je ferme les yeux.
Je ne pleure pas. Aucune colère. Juste cette certitude.
Chapitre 63NolanParis n'est plus qu'un tombeau, un vaste mausolée de pierre et de verre où je déambule comme un spectre, incapable de trouver le repos, incapable de trouver la paix, incapable de trouver autre chose que ce vide immense qui s'est installé en moi depuis qu'Auréna est partie. L'hôtel particulier est silencieux, trop silencieux, et chaque pièce que je traverse résonne de son absence, chaque meuble que je frôle porte encore l'empreinte de ses doigts, chaque rideau que je tire laisse entrer une lumière qui n'éclaire plus rien. Je me suis réfugié dans le bureau de mon père, cette pièce sombre et majestueuse où j'ai passé tant d'heures à lire et à relire les dossiers de l'empire familial, et je reste assis dans le fauteuil en cuir, les yeux fixés sur la cheminée éteinte, le cœ
Chapitre 62AurénaLe lendemain de l'exposition, New York se réveille sous un ciel gris et bas, un ciel d'hiver qui écrase les tours de Manhattan et qui donne à la ville des allures de forteresse assiégée par les nuages. Je suis assise à la table du petit-déjeuner dans la suite que Sohan a réservée pour nous, un appartement immense au trentième étage d'un hôtel de luxe, avec des baies vitrées qui donnent sur Central Park et des meubles design qui semblent n'avoir jamais servi. Le café fume dans ma tasse, les viennoiseries sont disposées sur un plateau en argent, et le journal du matin est ouvert devant moi, mais je ne lis pas, je ne mange pas, je ne bois pas. Je regarde les arbres dénudés de Central Park, leurs branches noires qui se découpent sur le ciel gris, et je pense à Paris, à l'atelier, &ag
Chapitre 61AurénaLes lumières de Manhattan scintillent derrière les baies vitrées de la galerie, un océan de lumières qui s'étend à perte de vue, qui monte à l'assaut des tours de verre et d'acier, qui se reflète sur les trottoirs mouillés par la pluie fine de novembre. Je suis debout près de la vitrine principale, une coupe de champagne à la main, et je regarde la foule élégante qui se presse autour de mes créations, ces bijoux que j'ai façonnés de mes mains, ces pierres que j'ai serties avec patience et passion, ces œuvres qui portent en elles toute mon histoire, toute ma douleur, toute ma renaissance. L'exposition au Metropolitan Museum a été un triomphe, un triomphe dont je n'aurais jamais osé rêver, un triomphe qui dépasse tout ce que j'avais imaginé. Les critiques
Chapitre 60NolanLe journal est posé sur mon bureau, ouvert à la page des chroniques mondaines, et je le fixe sans le voir, les mains crispées sur les accoudoirs de mon fauteuil, la mâchoire si serrée que mes dents grincent les unes contre les autres. Le titre s'étale en lettres noires et épaisses, aussi violent qu'un coup de poing en pleine poitrine : « Le secret de Mina Delys : la célèbre créatrice de bijoux est en réalité l'ex-épouse du magnat Nolan Vercier. » L'article occupe une double page, agrémenté de photos volées, de dates, de détails intimes que seuls quelques proches pouvaient connaître. Notre mariage, notre séparation, la disparition d'Auréna, sa transformation en Mina Delys, tout est étalé au grand jour, disséqué, commenté, sali par des journali
Chapitre 59AurénaL'aube est encore timide, une lueur pâle et laiteuse qui filtre à travers les vitres de l'atelier et qui dessine des ombres mouvantes sur les murs blancs. Nous sommes restés assis sur le parquet froid pendant des heures, enlacés l'un contre l'autre, à parler, à pleurer, à nous dire enfin tout ce que nous avions tu pendant des années. La fatigue m'écrase, mes paupières sont lourdes, mes membres sont engourdis, mais je n'arrive pas à m'endormir, je n'arrive pas à m'arracher à cet instant, à cette bulle fragile qui nous enveloppe et qui pourrait éclater au moindre mouvement brusque. Sa main est posée sur mon dos, chaude et rassurante, et son souffle régulier caresse mes cheveux, m'apaise, me berce dans un demi-sommeil peuplé de souvenirs et de promesses.Il se tourne vers moi
Chapitre 58NolanJe n'ai pas hésité une seconde, pas une seule, pas même le temps de raccrocher que j'étais déjà debout, déjà en train d'enfiler ma veste dans le noir de ma chambre, de chercher mes clés à tâtons sur la commode, de dévaler l'escalier de l'hôtel particulier comme un homme poursuivi par tous les démons de l'enfer. Sa voix, sa voix brisée par les sanglots, résonne encore dans ma tête, et je cours, je cours vers elle à travers les rues désertes de Paris, je grille les feux rouges, je manque de renverser un piéton qui traverse sans regarder, je conduis comme un fou, comme un homme qui n'a plus rien à perdre, comme un homme qui sait que chaque seconde compte, que chaque instant perdu est une chance en moins de la rattraper.La porte de l'atelier est entrouverte, et je l







