Se connecterCHAPITRE 94 — ÉPILOGUELE POINT DE VUE DE LINALe jardin était plein de monde ce dimanche après-midi.Je m'arrêtai un instant sur le perron pour regarder cette scène — cette vie qui s'était construite ici, dans cet endroit où j'avais eu si peur la première nuit, où j'avais refusé une chaise roulante par orgueil, où j'avais cueilli des anémones blanches dans ma tête avant même de comprendre ce qu'elles signifiaient.Sofia courait entre les massifs de fleurs, ses boucles sombres rebondissant à chaque pas, poursuivie par un petit garçon de deux ans qui riait aux éclats.Léo.Notre fils.Ces yeux noirs qu'il avait hérités de son père, ce sourire qu'il tenait de moi selon Giulia — cette enfant qui était arrivé un matin de février, dix-huit mois après cette journée dans le bureau d'Adriano où j'avais posé ce test sur son bureau.— Maman ! cria Sofia. Léo veut pas me donner le ballon !— Léo, dis-je en m'approchant. Partage avec ta sœur.Il me regarda avec cette expression que je connaissai
CHAPITRE 93 LE POINT DE VUE DE LINAJe remarquai le retard d'abord.Cette régularité que j'avais toujours eue — ce calendrier interne que je connaissais depuis l'adolescence et qui ne s'était jamais vraiment trompé. Cette fois il y avait deux semaines de retard.Je n'y pensai pas immédiatement.Le stress, m'étais-je dit. Ces derniers mois — le deuil, le mariage, Florence, ce retour à une vie qui essayait de retrouver son rythme normal. Le corps réagissait parfois à ces choses-là.Puis cette fatigue.Cette nausée légère le matin, ces deux derniers jours, juste après le café — cette odeur qui me retournait l'estomac alors que je l'aimais depuis toujours.Je restai assise sur le bord du lit un matin, ce café que je venais de refuser pour la première fois de ma vie posé devant moi, et quelque chose se mit en place dans ma tête.Je sortis discrètement.La pharmacie était à dix minutes de la villa.Je marchai vite — cette envie de savoir, ce besoin presque urgent de confirmer ou d'infirmer
CHAPITRE 92LE POINT DE VUE DE LINAL'avion atterrit en fin d'après-midi.Florence.Ce nom — que j'avais entendu toute ma vie dans la bouche de ma mère, ces histoires qu'elle racontait, ces photos qu'elle découpait dans des magazines qu'elle ne pouvait pas s'offrir, ce rêve qu'elle avait porté pendant des décennies sans jamais réussir à le réaliser.Je le voyais maintenant.Cette ville depuis le hublot — ces toits orange, cette rivière qui la traversait, ce dôme immense qu'on apercevait déjà au loin.J'avais le visage contre la vitre.— Tu pleures, dit Adriano doucement.— Un peu.— On peut encore faire demi-tour si—— Non.Je me retournai vers lui.— Non. Je veux être ici. C'est juste—— Je sais.Il prit ma main.— Elle est là d'une certaine façon, dis-je.— Oui.— Tu trouves ça idiot ?— Non. Je trouve ça vrai.L'hôtel donnait sur l'Arno.Cette chambre — haute, ces fenêtres anciennes, ce balcon qui surplombait la rivière et qui, au loin, offrait une vue sur le Ponte Vecchio. Cette l
CHAPITRE 91LE POINT DE VUE DE LINALe téléphone.Ce fut la première chose — pas le plafond, pas la lumière, pas le bruit de la fontaine dehors. Le téléphone sur la table de nuit qui existait là avec cette présence particulière des objets auxquels on pense avant même d'être complètement réveillé.Je savais ce qui allait se passer.Je l'avais su hier soir en m'endormant — ce moment qui viendrait, ce matin qui arriverait, ce réveil où pendant une fraction de seconde tout serait normal et puis.Et puis.Je gardai les yeux fermés encore quelques secondes.Adriano était là — ce souffle régulier à côté de moi, cette chaleur, cette présence.J'ouvris les yeux.Le plafond.Le téléphone.Je le pris.Pas d'appel manqué de ma mère.Bien sûr.Plus jamais d'appel manqué de ma mère.Cette pensée — simple, concrète, cette réalité qui prenait forme dans la banalité d'un écran de téléphone.Je posai le téléphone.Regardai le plafond.Ce n'était pas un effondrement — pas ces larmes immédiates qu'on im
CHAPITRE 90LE POINT DE VUE DE MARCOLe pianiste était encore là.Je l'avais trouvé dans sa voiture — garé discrètement dans l'allée latérale, ce jeune homme de vingt-cinq ans à qui j'avais dit ce matin *restez, on vous appellera* sans lui expliquer pourquoi la cérémonie était suspendue.Il avait attendu.Six heures.Sans poser de questions.Je lui avais donné une enveloppe supplémentaire en l'appelant.Il avait dit que ce n'était pas nécessaire.Je lui avais dit que si.Dix-neuf heures.Le soleil descendait.Cette lumière — cette lumière de fin de journée de mai qui touchait les arbres du jardin et les rendait presque dorés. Ces pivoines blanches que personne n'avait enlevées. Ces bougies que Giulia avait rallumées une à une en faisant le tour des allées.Le pianiste s'installa près de la fontaine.Ces premières notes — douces, hésitantes, comme si la musique aussi prenait le temps de reprendre sa place après cette journée.Je regardai le jardin.Vide encore.Bientôt.Adriano sortit
CHAPITRE 89LE POINT DE VUE DE GIULIAJe les vis arriver depuis la fenêtre de la cuisine.La voiture — cette berline noire qui franchit les grilles lentement, sans la précipitation de quelqu'un qui rentre normalement. Ce rythme particulier des voitures qui portent quelque chose de lourd.Je posai mon torchon.Marco descendit le premier.Son visage — je lus tout sur son visage avant même qu'il ouvre la bouche. Vingt-trois ans dans cette maison. J'avais appris à lire les visages des gens qui revenaient de certains endroits.Adriano descendit ensuite.Et Lina.Cette robe.Je m'arrêtai.Cette robe de mariée — froissée, le bas taché de gravier, ce chignon défait. Ces yeux quand elle leva les yeux vers la villa.Ces yeux.Je sus immédiatement.Claire Morel n'était pas dans cette voiture.J'allai vers la porte.L'ouvris avant qu'ils arrivent sur le perron.Adriano me regarda.Une seconde — ce regard court, direct, qui disait tout sans rien dire.Je hochai la tête.Je compris.Lina entra.Ell
CHAPITRE 69LE POINT DE VUE DE MARCOJ'entendis les voitures avant de les voir.Trois — le convoi habituel quand Adriano se déplaçait vers quelque chose d'inconnu. Pas plus, pas moins. Cette économie de moyens qui était sa marque — pas d'ostentation, pas de démonstration inutile. Juste ce qu'il fal
CHAPITRE 68LE POINT DE VUE DE LINALe silence dura longtemps.Lorenzo regardait le sol.Je le regardais.Cette cave — cette ampoule qui pendait, ce béton, cette humidité dans l'air. Ces mains dans mon dos qui commençaient à faire mal — cette circulation coupée, cette chaleur désagréable aux poigne
CHAPITRE 67 LE POINT DE VUE DE MARCOJe connaissais la différence entre une sonnerie normale et une sonnerie qui ne devrait pas exister.Quand Lina ne décrocha pas — cette sonnerie dans le vide, ce silence au bout — mon estomac se contracta avant même que mon cerveau ait formulé pourquoi.— Patro
CHAPITRE 49LE POINT DE VUE D'ADRIANOLe noir, d’abord.Puis — par éclats — la lumière.Cette lumière de bureau que je connaissais par cœur. Le plafond. Ce plâtre crème avec sa diagonale fissurée que je fixais parfois, quand je faisais semblant de réfléchir.Je cligne des yeux.Ma tête.Cette doule







