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APRÈS LA PEUR

Author: carineo8obame
last update publish date: 2026-02-06 01:35:15

Nous nous dirigeâmes vers l’arrière de l’internat pour voir qui était là, qui donnait des coups sur le mur. Je gardais l’espoir que ce soit Michel, qu’il soit là à m’attendre, sans que rien ne lui soit arrivé. Plus nous approchions de la grille où les internes avaient fait un trou pour pouvoir se rendre à l’arrière, plus mon cœur battait fort. Mes jambes et mes bras tremblaient de peur. Nous ne traversâmes pas directement la grille, de crainte que ce soient encore ces deux hommes dont nous ne connaissions même pas les noms.

Nous nous mîmes alors à demander :

— Qui est là ? Que voulez-vous ? Est-ce Michel ?

Personne ne répondit. Cela nous inquiétait encore plus. La peur grandissait. Nous avons attendu une minute, espérant que la personne se montre, mais rien. Alors nous décidâmes de rentrer dans le dortoir. C’est à ce moment-là que j’éclatai en larmes. Je n’avais aucune nouvelle de Michel. Avait-il risqué sa vie pour nous ? Non… je ne pouvais pas l’imaginer. Mais alors, qui était derrière cette porte ?

Je regardais l’horloge présente dans le dortoir : il était presque deux heures du matin. Impossible de dormir. Les filles me consolaient. Nous nous sommes alors mises à prier. Puis 2 h 30 arriva. Nous entendîmes de nouveau des bruits contre le mur. Quelqu’un frappa encore. Je dis aux filles :

— Peut-être que c’est Michel…

Elles me répondirent :

— Chambaire, c’est un très gros risque si nous sortons encore.

Malgré la peur, je voulais absolument savoir si c’était lui. Et là, nous entendîmes :

— Chambaire…

Je me précipitai pour ouvrir la porte et me rendre derrière, sans même attendre les filles. Elles me suivirent aussitôt. Je traversai le trou de la grille, impatiente de le voir, sans être sûre que ce soit Michel. Mais je pris le risque. Et là, je le vis. Debout. Intact. Je le serrai dans mes bras et lui dis :

— Merci… merci de nous avoir sauvées et de nous avoir épargnées de ces deux hommes malveillants.

Il ne dit pas un mot, mais me serra encore plus fort.

J’entendis la voix des filles qui demandaient :

— C’est Michel ?

Je répondis :

— Oui.

Elles me dirent :

— On t’attend, on ne dort pas.

Je répondis :

— D’accord.

Je restai avec Michel. Il me demanda de tout lui expliquer, dans les moindres détails, ce qui s’était passé durant cette nuit. Je commençai à raconter, mais je n’étais même pas à la fin de l’histoire que les deux mêmes hommes réapparurent. Ils l’avaient suivi sans qu’il ne s’en rende compte. Michel me mit aussitôt derrière lui et me dit :

— Tu rentres tout de suite.

Je ne voulais pas le laisser, mais il insista :

— Tu fais ce que je te dis.

Je rentrai alors dans le dortoir en pleurant. Les filles me demandèrent ce qu’il se passait. Elles savaient que j’avais vu Michel, mais ne comprenaient pas ma réaction. Je ne trouvais pas les mots. Cette nuit-là, je ne dormis pas.

Le lendemain matin, nous étions dimanche. J’étais allongée sur mon lit, épuisée, envahie par des pensées sombres. Je me demandais ce qu’ils avaient bien pu faire à Michel. Puis je me dis que la seule manière de vérifier qu’il allait bien était de me rendre à l’église. Je n’en avais pas la force, mais c’était obligatoire.

Je me levai, me lavai et me préparai sans motivation, pas autant que d’habitude. La seule chose qui comptait, c’était de le voir.

Les cloches sonnèrent. Nous nous rendîmes à l’église. Sur le chemin, les filles essayèrent de savoir si j’allais bien, mais je ne répondais pas. Arrivée à l’église, je regardai partout, mais je ne le voyais nulle part. Cette fois-ci, nous étions pas assises à côté des internes de chez les frères. Je dus attendre la fin de la messe pour confirmer son absence ou sa présence.

À la sortie, je vis les internes de chez les frères. Il était là, de dos. Je m’approchai pour lui faire une surprise, mais il se retourna avant. Il me vit et sourit. Nous devions rester discrets. Sans dire un mot, il me prit dans ses bras quelques secondes et me demanda si j’allais bien.

— Oui, et toi ?

— Moi aussi, ça va.

Je lui demandai comment il avait fait pour qu’ils le laissent rentrer. Il me répondit :

— J’ai donné mes chaussures et mon téléphone.

Je le remerciai encore de m’avoir protégée. Il me répondit :

— Je le ferai toute ma vie.

Puis nous nous séparâmes.

De retour à l’internat, Byo, Esther et moi expliquâmes tout aux filles et cherchâmes une solution. L’une d’elles me dit :

— Tu t’entends bien avec le curé.

C’était vrai. Même s’il m’avait déjà fait des avances, je n’y avais jamais cédé. Je décidai alors d’aller le voir pour qu’il fasse partir ces deux hommes. Il fallait qu’il soit de mon côté. Nous laissâmes le dimanche s’écouler.

Le lundi, à l’école, j’en parlai à deux amis de ma classe, Azaph et El Adj. Ils me proposèrent de m’accompagner après les cours là où ces hommes restaient. J’acceptai. Quand je les décrivis, Azaph les reconnut : ils effectuaient des travaux à l’internat des pères, et lui y était interne.

À la fin des cours, nous nous rendîmes chez ces hommes. Azaph et El Adj récupérèrent tout ce qu’ils nous avaient pris : mon téléphone, celui de Michel et ses affaires. Je les remerciai. Puis je me rendis chez le curé. Il écouta toute mon histoire, me blâma légèrement, je m’y attendais, puis me promit de renvoyer ces deux hommes du chantier de l’église. Ce n’était pas tolérable. Je le remerciai et rentrai à l’internat.

Le soir, Michel et moi nous retrouvâmes au terrain de basket de l’école pour jouer et nous amuser. Je lui rendis ses affaires et lui expliquai que c’était grâce à Azaph et El Adj que nous avions tout récupéré, et que j’avais tout avoué au curé. Il m’embrassa sur le front. Nous jouâmes ensuite avec les autres internes, filles et garçons.

Le lendemain, les deux hommes furent licenciés et sévèrement mis en garde par le curé. Ils avaient interdiction de s’approcher de l’internat, de l’école et même de l’église.

Tout rentra dans l’ordre. Nous reprîmes notre vie à l’internat et décidâmes d’arrêter de sortir la nuit pour aller acheter à manger. Cela aurait pu nous coûter très cher. Et grâce à Michel, aucune de nous n’avait subi un acte malveillant.

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