LOGINLe samedi 13 avril 2019, je compris que notre relation n’était plus seulement la nôtre.
Ce jour-là, Michel était malade. Vraiment malade. Il n’était pas sorti de la journée et m’avait écrit pour me dire qu’il se sentait faible. À l’internat, les règles étaient strictes, mais malgré tout, nous trouvions toujours de petites façons de prendre soin l’un de l’autre. Je lui proposai alors de laver sa chemise d’école. Ce n’était rien d’extraordinaire, juste un geste simple, presque innocent. À l’internat, nous lavions nos vêtements à la main, et je savais à quel point cela pouvait lui faire du bien. Nous avions convenu de nous voir vers 16 heures, au moment où le frère devait s’absenter. Tout devait aller vite, comme toujours. À 16 h 28, je reçus un message : « Le frère vient de sortir, je t’attends devant l’entrée. » Je répondis simplement « OK » et me dirigeai aussitôt vers l’internat des frères. Il m’attendait. Nous échangeâmes la chemise, quelques mots, un regard. Rien de plus. Nous savions que chaque minute comptait. Puis chacun repartit de son côté. Je lavai soigneusement la chemise, prenant le temps de bien faire les choses, comme si ce geste avait une importance particulière. Je la fis sécher et prévoyais de la lui rendre le dimanche soir. Mais rien ne se passa comme prévu. Le dimanche, Michel ne se sentait toujours pas mieux. Il envoya alors son petit frère, Andy, récupérer la chemise à sa place. Je n’y vis aucun mal. Pourtant, ce simple détail allait tout faire basculer. En rentrant à l’internat, Andy fut surpris par le frère responsable. Celui-ci l’interrogea : d’où venait-il ? Que transportait-il ? Andy répondit maladroitement, expliquant qu’il était sorti prendre l’air et que la chemise appartenait à Michel. Les questions devinrent plus insistantes. Le frère comprit qu’il se passait quelque chose. Le lendemain matin, Michel m’informa que le frère avait demandé à me voir après les cours. J’essayai de rester calme, mais au fond de moi, la peur s’installait. Michel tenta de me rassurer. Il me dit de ne rien avouer, de ne rien dire de compromettant. J’acceptai, même si je savais que je n’étais pas douée pour mentir. Après les cours, je me rendis chez le frère, accompagnée de Jeanice. Nous nous assîmes. Il me fixa longuement avant de poser sa question : — « Chambaire, est-ce toi qui as lavé la chemise de Michel ? » — « Non, mon frère », répondis-je. Il me regarda avec insistance. — « Je sais que c’est toi. Pourquoi mentir et le couvrir ? » Je me tus. Mon silence en disait déjà trop. Alors il ajouta, d’une voix ferme : — « Si tu continues à mentir, j’appellerai vos parents et je les informerai de votre relation. » À cet instant précis, je craquai. — « Oui, mon frère. C’est moi. Il était malade. Je voulais juste lui rendre service. » Il hocha la tête. — « Donc, c’est ton petit copain ? » Je ne répondis pas. Il n’avait plus besoin de mots pour comprendre. Il continua, sans détour : il savait que nous traînions ensemble après les cours, qu’on nous avait vus à la récréation, qu’on lui avait rapporté des choses. Il me dit que nos parents seraient mis au courant. Puis il conclut avec des mots qui me glacèrent : — « Je ne veux plus vous voir ensemble. S’il se passe quoi que ce soit, j’appelle vos parents. Et s’il t’arrive quelque chose, qui sera responsable ? » Je répondis simplement : — « Oui, mon frère. » Je sortis de là le cœur lourd, la tête pleine de peur et de culpabilité. Quelques jours plus tard, Michel rechuta. Cette fois, son état était sérieux. Il ne venait plus en cours. Je n’avais aucune nouvelle. J’appris par son frère jumeau, Alex, qu’il était hospitalisé. Mon premier réflexe fut de vouloir aller le voir. Puis je me rappelai les menaces du frère. Alex ajouta une phrase qui me fit paniquer : — « Notre maman arrive. » Je sentis mon cœur se serrer. J’avais peur. Peur que tout soit révélé. Peur que cette histoire nous échappe totalement. Michel resta absent plus d’une semaine. Lorsqu’il revint enfin, il se présenta devant la porte de ma salle de classe. En le voyant, je me levai aussitôt et me jetai dans ses bras. Il m’embrassa sur le front. J’étais soulagée. Heureuse. Mais inquiète. Il m’expliqua que le frère avait tout raconté à sa mère. Tout. Notre relation. La chemise. Moi. Il me rassura ensuite : il avait parlé avec elle, et elle avait compris. Elle n’avait pas réagi comme le frère l’avait laissé entendre. Mais il me demanda d’être plus discrète. Sa mère repartirait bientôt. Il devait se concentrer sur sa santé et sur ses examens. Je compris. Je n’avais pas le choix. Nous avons passé une dernière journée ensemble avant de prendre nos distances. Ce jour-là, je réalisai que notre amour n’était plus seulement une histoire de sentiments. Il était devenu une épreuve.Les examens étaient enfin terminés, et avec eux la pression des semaines précédentes ainsi que le sentiment de surveillance s’étaient également envolés. Michel s’était très bien remis de sa maladie et était sorti premier au bac blanc dans sa filière. Moi, j’avais réussi mon trimestre et j’étais troisième de la classe. Il nous restait deux mois de cours. Il faut savoir que la vie à l’internat avait également bien évolué. Nous avions pris l’habitude de sortir la nuit pour aller acheter à manger, car ce qui était proposé à l’internat ne nous convenait plus. La nourriture était infecte. Un soir, deux internes et moi avions décidé d’aller acheter à manger à Akoakam. Il y avait Byo, que vous connaissez déjà, c’est elle qui m’a tellement vanté les mérites de Michel, Esther et moi. Nous sortîmes de l’internat pour nous diriger vers le carrefour où nous devions prendre un taxi afin de nous rendre au centre-ville, à Akoakam. Arrivées au carrefour, nous avons mis dix minutes à attendre un t
Le samedi 13 avril 2019, je compris que notre relation n’était plus seulement la nôtre.Ce jour-là, Michel était malade. Vraiment malade. Il n’était pas sorti de la journée et m’avait écrit pour me dire qu’il se sentait faible. À l’internat, les règles étaient strictes, mais malgré tout, nous trouvions toujours de petites façons de prendre soin l’un de l’autre. Je lui proposai alors de laver sa chemise d’école. Ce n’était rien d’extraordinaire, juste un geste simple, presque innocent. À l’internat, nous lavions nos vêtements à la main, et je savais à quel point cela pouvait lui faire du bien.Nous avions convenu de nous voir vers 16 heures, au moment où le frère devait s’absenter. Tout devait aller vite, comme toujours.À 16 h 28, je reçus un message :« Le frère vient de sortir, je t’attends devant l’entrée. »Je répondis simplement « OK » et me dirigeai aussitôt vers l’internat des frères. Il m’attendait. Nous échangeâmes la chemise, quelques mots, un regard. Rien de plus. Nous savi
C’était le week-end. Je pensais à lui toute la journée du samedi. J’avais hâte d’être à dimanche, car nous nous verrions à la messe. Oui, étant internes, nous avions l’obligation d’y assister. Je voulais savoir si cette soirée avait changé quelque chose, si ma réponse à son message l’avait dérangé. Durant toute la journée, nous n’avons échangé ni message ni appel. Dimanche matin, jour de messe, je me préparais. Est-ce que je me faisais belle pour moi ou pour lui ? Je ne sais absolument pas, mais une chose est sûre : je m’étais faite belle. Je portais une jolie robe bleue, des ballerines, et j’ai pris le temps de bien coiffer mes cheveux courts. Oui, je ne vous l’ai pas dit : à l’internat, nous devions avoir les cheveux coupés, comme le règlement l’exigeait. L’heure arriva. Les cloches retentirent et nous nous rendîmes à la messe. Elle fut belle. À la sortie, je demandai à Byo si elle avait vu Michel. Elle me dit : « Viens. » Les internes de chez les frères se tenaient près de
Lundi 7 janvier 2019, c’était la rentrée des classes. Il faut savoir que je suis revenue à l’internat la veille. J’étais triste de laisser ma famille. Je ressentais aussi une boule au ventre : j’avais peur, mais j’étais impatiente de le revoir après ce long silence. Nous sommes donc lundi matin, 8h30, lever des couleurs. Je regardais dans tous les sens, mais je ne le vis pas. Je suis rentrée dans ma salle de classe pour notre premier cours de la journée. À la première récréation, je suis restée devant la porte en espérant qu’il apparaisse… mais rien. La journée suivait son cours, aucune trace de Michel à l’horizon. Il est 13h30, fin des cours. Je prends le chemin de l’internat quand, tout à coup, je sens la main d’une personne sur mon épaule. Je me retourne aussitôt : c’était lui, Michel. Nous étions si proches, nos regards se sont croisés. J’ai souri, et à ce moment-là j’ai reçu un baiser sur la bouche. Il me dit : « Tu m’as manqué. » Je lui ai répondu : « Toi aussi. » Mais da
Une semaine passa. Nous ne nous étions pas revus depuis.Puis, un lundi matin, lors de la levée des couleurs, chaque classe était présente. Nous nous mettions en rang. Juste à côté de nous se trouvait un groupe : les terminales. Moi, j’étais en première. Et là, j’aperçus Michel, en train de discuter avec l’un de ses amis.Le bruit du sifflet retentit. Tout le monde devait se taire et se préparer pour la levée des couleurs. Une fois la cérémonie terminée, je me dirigeai vers ma classe et essayai de le retrouver du regard. Je regardai partout, mais plus aucune trace de lui.Nous avions cours de mathématiques ce matin-là, et j’étais assez absente pendant le cours, car je voulais le revoir une seconde fois. Le cours se termina, et ce fut le moment de la récréation.Byo et Jeanice vinrent me voir. Nous étions devant la porte de ma classe en train de discuter quand Byo me demanda :« Alors, as-tu revu Michel ? »Je
La rentrée scolaire marque souvent un nouveau départ. Pour moi, celle de septembre 2018 allait bien au-delà d’un simple retour en classe. Elle représentait une rupture, une première séparation, et sans que je le sache encore, le commencement d’une histoire qui allait profondément me marquer. Je m’appelle Chambaire. Cette année-là, je faisais mes premiers pas en internat. Une expérience inconnue, intimidante, mais aussi pleine de promesses. Michel, lui, connaissait déjà cette vie. Il avait commencé sa rentrée plus tôt que moi, le 10 septembre, tandis que je débutais la mienne le 24 septembre 2018. Nous étions tous les deux internes, mais dans deux établissements différents. Moi, j’étais à l’internat chez les sœurs à Angone. Michel était à l’internat des frères, situé à environ trois cents mètres du nôtre. Une distance dérisoire en apparence, mais qui, à l’époque, nous séparait comme deux mondes distincts. C’était ma première année loin de mes parents. Les premiers jours furent di







