LOGINIl ne me regarde même pas. Il est trop occupé à la tenir par la main, trop occupé à me narguer, trop occupé à savourer sa victoire.
Elle ne me regarde pas non plus. Elle baisse les yeux. Elle a honte. Elle devrait avoir honte. Honte de se donner à lui alors que c'est moi qui l'ai épousée en premier. Moi qui l'ai choisie. Moi qui l'ai amenée ici. Sans moi, elle ne serait rien. Sans moi, elle serait encore dans s
Elle ne répond pas. Son visage se ferme. Ses mâchoires se serrent. Ses poings se crispent sur les accoudoirs.— Je ne me ridiculise pas.— Si. Tu te ridiculises. Tu te ridiculises chaque fois que tu le regardes, chaque fois que tu traînes devant son bureau, chaque fois que tu essaies d'attirer son attention. Mais c'est pas grave. Tant que tu m'aides, tant que tu fais ce que je dis, je m'en fiche. Je m'en fiche que tu te ridiculises. Je m'en fiche que tu perdes ta dignité. Je m'en fiche que tu deviennes une ombre, une ombre de celle que tu étais.Je vais vers elle. Je pose ma main sur son épaule. Sa peau est froide. Elle ne se dégage pas. Elle ne bronche pas. Elle reste là, immobile, comme une statue.— On va gagner, Eleanor. James va souffrir. Amelia va souffrir. Ils vont tous souffrir. Et toi, tu auras ce que tu veux.— Qu'est-ce que je veux, selon toi ?— J
Nathaniel.La porte s'ouvre sans qu'on frappe.Eleanor entre. Elle est vêtue d'une robe de chambre en soie noire, ses cheveux blonds sont défaits, tombent en cascade sur ses épaules, son visage est fermé, ses yeux sont durs. Elle nous regarde, Clara et moi, assis trop près l'un de l'autre, et ses yeux s'attardent sur nos cuisses qui se touchent presque, sur nos visages penchés l'un vers l'autre, sur l'intimité de la scène.— Je ne vous dérange pas ? Sa voix est glaciale.— Non. Entre. Ferme la porte.Elle obéit. Le bruit de la porte qui se ferme résonne dans la pièce. Elle s'appuie contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine, son regard qui passe de Clara à moi, de moi à Clara.— Qu'est-ce que vous tramez ?— On parle d'Amelia, dis-je. De ce qu'on va faire d'elle. De ce qu'on va faire subir
NathanielLa nuit est tombée sur la propriété comme un linceul.La mer est noire, d'un noir d'encre, d'un noir d'abîme, d'un noir qui semble aspirer la lumière. Le ciel est noir aussi, sans étoiles, sans lune, sans rien. Seules les vagues viennent mourir sur la plage avec un bruit sourd, régulier, hypnotique. Un bruit qui ressemble à un cœur qui bat. Un cœur qui bat trop vite. Un cœur qui a peur.La maison est silencieuse. Endormie. Les domestiques sont dans leurs quartiers, les lumières sont éteintes, les couloirs sont vides. Tout le monde dort. Tout le monde sauf moi.Je n'ai pas dormi depuis des jours.Depuis que James a survécu. Depuis qu'il est revenu. Depuis qu'il la touche, qu'il l'embrasse, qu'il la prend dans ses bras. Depuis qu'il fait d'elle ce que je devrais faire. Depuis qu'il vit ma vie.Je suis dans ma chambre, assis dans un fauteuil, à regarder la mer par la fenêtre. La vitre est froide sous mes doigts. Je pose mon front contre le verre. Il est froid aussi. Tout est fr
Je remets les lettres dans leur cachette. Je les laisse où elles sont. Pour l'instant. Pour plus tard. Pour quand le moment sera venu.Je quitte la chambre. Je referme la porte. Je remets la clé sous le pot de fleurs. Je descends l'escalier. Mes pas sont légers, mes épaules sont hautes, mes yeux brillent.Dans le jardin, Nathaniel est assis sur un banc, à regarder la mer. Il ne bouge pas quand j'arrive. Il ne se retourne pas. Il attend.— J'ai trouvé.— Quoi ?— Des lettres. De toi. À elle. Des déclarations d'amour. Des obsessions. De la folie. Trente lettres. Peut-être plus. Je ne les ai pas comptées.Il se lève. Lentement. Ses mains tremblent, je le vois. Il s'approche, me prend par les épaules. Ses doigts s'enfoncent dans ma chair.— Où ?— Sous son matelas. Dans votre lit. Elle les a gard&eac
Amelia devient blanche. Je la vois blêmir sous la lumière de la lune, ses joues perdent leur couleur, ses lèvres deviennent grises, ses yeux s'écarquillent.— Tu es sûr ?— J'ai vu son visage. J'ai vu son sourire. Je l'ai vu, Amelia. Il était là. Il savait. Il savait ce qui allait arriver.— James, écoute-moi. C'était un cauchemar. Un flashback. Ton cerveau mélange les souvenirs, les peurs, les images. Ce n'était pas réel.— Non. C'était lui. Je le sais. Je le sens. Je le vois encore.— Tu n'as aucune preuve.— J'ai ses yeux. Son sourire. Je l'ai vu.Elle ne dit rien. Elle me prend dans ses bras. Ses mains caressent mon dos, mes épaules, mes cheveux. Elle me serre contre elle, elle me berce, elle me murmure des mots que je n'entends pas.— Je te protégerai, murmuré
NathanielJe suis dans ma chambre quand j'apprends la nouvelle.Clara arrive en courant, essoufflée, les yeux brillants d'excitation. Elle ne frappe pas. Elle entre comme si la chambre était la sienne, comme si sa vie en dépendait, comme si elle avait le droit d'être là.— Il a appelé la police. Il a dit que c'était un sabotage. Il a dit qu'il avait des preuves. Il a dit qu'il voulait qu'ils rouvrent l'enquête.— Comment tu sais ?— J'étais dans le couloir. J'ai tout entendu. Il n'a pas fermé la porte. Il parlait fort. Il criait presque. Il a dit « je veux qu'il paie ».Je me lève. Mes jambes sont molles, mais je ne montre rien. Mon visage reste calme, impassible. Mes mains ne tremblent pas. Ma voix est ferme. Il ne faut pas qu'elle voie. Il ne faut pas qu'elle sache.— Il a des preuves ?— Il a des







