Se connecterAmeliaLa neige tombe sur le domaine, un voile blanc et silencieux qui adoucit les contours du monde. Les pelouses sont un tapis immaculé, les arbres des squelettes givrés, la vieille demeure une forteresse de conte de fées endormie sous l'hiver. Le paysage est d'une beauté à couper le souffle, une carte postale vivante. Et pourtant, je ne peux pas en profiter.Clara est revenue.Elle est là, dans le hall d'entrée, debout, grelottante, misérable. Elle n'est pas entrée. Elle n'a pas osé. C'est Mme Henshaw qui est venue me chercher, le visage crispé, la voix neutre. Une visiteuse, Madame. Une jeune femme qui insiste pour vous voir.Je suis venue par curiosité, par inquiétude aussi. Et je l'ai trouvée sur le perron, transie de froid, les cheveux collés par la neige fondue, le visage dévasté par les larmes et le ma
James veut te posséder, comme il possède ses entreprises, ses maisons, ses œuvres d'art. Moi, je veux te vénérer. Je veux t'adorer. Je veux passer ma vie à genoux à tes pieds, à te contempler, à te servir. Je suis le seul qui te comprenne vraiment. Le seul qui connaisse la profondeur de ton âme, la beauté de tes blessures, la force de tes fragilités.Ne me tourne pas le dos, mon amour. Ne m'abandonne pas à cette nuit sans fin. Un mot de toi, un seul, et je pourrai survivre à tout. Les murs de cette prison s'effondreront, les gardiens disparaîtront, et nous serons réunis, comme nous aurions dû l'être depuis le premier jour.Je t'attends. Je t'attendrai toute ma vie s'il le faut. Toute l'éternité.Ton âme sœur pour toujours,Nathaniel"Mes mains tremblent si fort que le papier vib
Elle me fixe, interloquée. Elle s'attendait à une dispute, à des justifications, à une argumentation logique et implacable. Pas à une capitulation immédiate. Sa colère vacille, se fissure, hésite entre la rancune et le soulagement.— Pardon ? répète-t-elle, comme si ce mot ne faisait pas partie du vocabulaire de James Harrington.— Pardon. Je te le demande sincèrement. J'ai eu tort. Je suis un homme habitué à tout contrôler, tout le temps. C'est un défaut, je le sais. Un défaut qui m'a rendu riche et puissant, mais qui fait de moi un mari parfois insupportable. Je te promets d'essayer de changer, même si c'est difficile. Je te promets de te parler avant d'agir. Je te promets de te faire confiance.Elle déplisse lentement son poing. La lettre froissée tombe au sol. Elle fait un pas vers moi, puis un
Je la rattrape de mon bras valide, la ramène contre moi, capture à nouveau ses lèvres. La douleur est un signal lointain, une interférence que je peux ignorer. La seule réalité qui compte, c'est elle. La chaleur de son corps, le goût de sa bouche, le parfum de sa peau, les petits gémissements qu'elle laisse échapper sans même s'en rendre compte.Nous titubons vers le lit, maladroitement, comme deux adolescents qui découvrent l'amour. Ma blessure me handicape, m'empêche de la porter comme je le voudrais, de la soulever dans mes bras comme j'en ai l'habitude. Mais elle s'adapte avec une grâce infinie, guidant mes mouvements, prenant l'initiative quand je ne peux pas.Elle m'allonge sur le dos, doucement, avec des précautions infinies. Elle défait les boutons de ma chemise, un à un, avec une lenteur délibérée, ses doigts effleurant ma peau à chaque étape, chaque caresse une étincelle. Elle fait glisser le tissu sur mes épaules, le jette au loin, et ses lèvres suivent le chemin de ses doi
Je le regarde, les yeux brouillés de larmes. Il est si sérieux, si solennel, si déterminé à me convaincre. Son visage est marqué, fatigué, des rides de souffrance autour des yeux et de la bouche, mais il n'y a pas l'ombre d'un doute dans sa voix. Il ne vacille pas. Il ne négocie pas. Il affirme, comme on constate une vérité scientifique, une loi de la physique. Tu as moi. Tu as ma famille. Point final.— Je ne mérite pas..., commencé-je, mais il me coupe d'un baiser, un baiser léger, à peine une pression de ses lèvres sur les miennes, mais assez pour faire taire mes protestations absurdes.— Ne dis jamais ça. Jamais. C'est moi qui ne te mérite pas. Toi, tu es la lumière que je n'espérais plus, la chaleur que je ne savais pas chercher, la rédemption que je ne méritais pas. Avant toi, j'étais un homme de chiffres et de contrats. Maintenant, grâce à toi, je suis un homme qui aime. Et je passerai chaque jour du reste de ma vie à te prouver à quel point je t'aime, à quel point tu mérites t
AmeliaLa grille du domaine s'ouvre devant nous avec une lenteur solennelle, et c'est comme si je franchissais les portes d'un monde nouveau. Le gravier crisse sous les pneus de la voiture blindée, un bruit familier qui devrait me réconforter, mais tout a changé. Tout est différent. La façade de pierre grise de la demeure ancestrale se dresse devant moi, majestueuse et impassible, inchangée depuis des siècles, et pourtant je ne la reconnais pas. Ou plutôt, c'est moi qui ne me reconnais pas.James est à côté de moi sur la banquette arrière, le bras en écharpe, le visage encore marqué par la fatigue et la douleur. Il n'a pas voulu rester à l'hôpital plus longtemps que nécessaire. Dès que les chirurgiens ont donné leur accord, il a signé les décharges, réclamé ses vêtements, organisé notre départ comme un général planifiant une retraite. Rien ne pouvait le retenir là-bas. Il voulait me ramener à la maison.La maison. Ce mot résonne étrangement en moi. Est-ce encore ma maison, cet endroit
AmeliaL'aube se lève à peine sur la chambre d'hôpital quand j'ouvre les yeux. Mon dos me lance trois jours dans ce fauteuil, à refuser de partir, à refuser de dormir dans le lit qu'on m'avait proposé. Je voulais être là. Je devais être là.James dort encore.Ses traits sont détendus, apaisés. Il
NathanielJe suis dans l'ombre du couloir depuis le début.Quand Amélia est sortie de sa chambre, je l'ai suivie. Quand elle est entrée chez James, je me suis posté derrière la porte. Quand Eleanor est montée avec son thé, je me suis collé au mur, retenant mon souffle. Quand Gwendoline est apparue,
Eleanor La question me cloue sur place.— Parce que je vous connais, James. Depuis des années. Je suis votre fiancée. Je sais ce que vous aimez, ce que vous détestez, vos habitudes, vos manies...— Alors dites-moi, m'interrompt-il. Dites-moi quelque chose. Un souvenir. Pas une habitude. Un moment
JamesMa femme.Ce mot dans sa bouche.Elle est là, dans l'encadrement de la porte, et je ne la connais pas. Je ne me souviens pas d'elle. Je ne me souviens de rien. Mais mon corps, lui, réagit.Mon cœur s'accélère.Mes doigts se crispent sur le drap.Il y a quelque chose chez elle... quelque chose







