ANMELDENSa voix est si convaincante, si pleine d'une indignation apparemment sincère, que pendant une fraction de seconde, je doute. Et puis je me souviens de tout. Les micros dissimulés dans notre chambre. Les menaces à peine voilées. Le regard fixe et obsessionnel qu'il posait sur elle, toute la nuit de la fête, sans jamais se lasser. La folie pure que j'ai vue danser dans ses yeux pâles. — Si tu as touché à un seul de ses cheveux, Nathaniel, je te tue. Je te le jure devant Dieu et devant les hommes. Je te tuerai de mes propres mains, lentement, et je prendrai tout mon temps. — Tu devrais te calmer, James. Tu dis n'importe quoi sous le coup de l'émotion. Au lieu de m'accuser sans preuve, tu devrais la chercher activement. Chaque minute qui passe compte. Il raccroche. Je reste là, le téléphone à la main, tremblant de rage impuissante et d'angoisse absolue. L'avion entame sa descente finale. En bas, l'Angl
Nathaniel. Il est là, assis dans un fauteuil en velours près du lit, parfaitement immobile. La lueur dansante d'une bougie posée sur une table de chevet éclaire son visage par en dessous, creuse ses traits, fait danser des ombres mouvantes et inquiétantes dans ses yeux trop pâles. Il est vêtu d'une chemise blanche impeccable, d'un pantalon sombre parfaitement repassé, comme s'il s'apprêtait à se rendre à une soirée mondaine. Il me regarde avec une intensité brûlante, dévorante, qui me donne la nausée. — Bienvenue chez toi, Amelia. Dans notre maison. Ici, plus personne ne nous séparera. Ici, nous serons enfin ensemble, rien que toi et moi, pour l'éternité. — Où suis-je ? Ma voix est rauque, étrangère, méconnaissable. Qu'est-ce que vous m'avez fait, espèce de monstre ? — Tu es dans notre sanctuaire. Je l'ai préparé pour toi, pendant des semaines et des mois, avec tout mon amo
Je vois dans le rétroviseur la voiture des gardes du corps s'arrêter brutalement derrière nous, les portières s'ouvrir à la volée. Mais avant qu'ils aient pu intervenir, une seconde camionnette noire surgit derrière eux, les bloque complètement, les prend en tenaille. Des coups de feu éclatent, secs et terrifiants. Je ne sais pas qui tire, je ne sais pas qui est touché. Tout se passe trop vite, dans un chaos assourdissant de bruit et de fureur. Amelia se débat comme une lionne, griffe, mord, donne des coups de pied. Mais les hommes sont trop forts, trop nombreux. Ils l'extraient de la voiture sans ménagement, la jettent sans cérémonie dans la camionnette noire comme un vulgaire paquet. Elle crie mon nom, encore et encore , Clara ! Clara, aide-moi, je t'en supplie ! et ce cri me transperce le cœur comme une lame chauffée à blanc. Je fais semblant de me débattre, de vouloir m'interposer courageusement. Un des hommes me repo
Son visage s'illumine d'un soulagement presque excessif. — Génial ! Je t'attends en bas, dans le petit salon. Prends tout ton temps, nous ne sommes pas pressées. Elle sort en refermant doucement la porte. Je me lève, me dirige vers la salle de bain attenante. Je choisis une tenue confortable et élégante — un pantalon de lin blanc, un chemisier de soie crème, des ballerines souples. Rien de trop sophistiqué, juste de quoi être à l'aise et jolie. Je ne sais pas encore que je viens de signer mon arrêt de mort. Ou pire que la mort. Je ne sais pas que ma sœur, ma propre sœur, celle que j'ai protégée toute notre enfance misérable, vient de me vendre à un fou. Clara La voiture file sur la route de campagne, bordée de platanes centenaires dont les branches entrelacées forment une voûte de verdure au-dessus de nos têtes. Je suis au volant de ma décapotable r
Je m'écarte légèrement, plonge mes yeux dans les siens, cherche à y lire une vérité qu'elle ne me dirait pas. — Si quoi que ce soit t'inquiète, le moindre détail, la plus petite anomalie, tu m'appelles. Immédiatement. Jour et nuit. Je laisserai mon téléphone allumé. — Promis. Je t'appellerai si j'ai peur. Je l'embrasse. Un baiser long, profond, désespéré presque, qui voudrait lui dire tout ce que les mots ne peuvent pas exprimer. Ma peur panique de la perdre. Mon amour pour elle, immense et dévorant. Ma détermination farouche à la protéger, quoi qu'il m'en coûte. — Je t'aime, Amelia. Plus que tout. — Je t'aime, James. Reviens-moi vite. Je ne supporte pas d'être loin de toi. Je la lâche à regret, prends ma mallette, franchis la porte massive. Sur le perron de pierre, je me retourne une dernière fois. Elle est là, dans l'encad
Elle recule, heurte le mur de verre sale derrière elle. Ses yeux sont écarquillés, pleins d'une horreur pure et animale. — Tu avais dit que tu renonçais. Tu avais promis, Nathaniel. Tu m'avais juré que tout était fini. — J'ai menti, Clara. C'est ce que je fais de mieux dans la vie. Mentir, manipuler, attendre patiemment mon heure. Tu devrais le savoir, maintenant, après tout ce temps passé à mon service. — Je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas te livrer ma sœur, pas de cette façon. C'est au-dessus de mes forces. Je m'approche d'elle, tout près, trop près, jusqu'à ce que mon visage soit à quelques centimètres du sien. Je sens son souffle court et haletant, je vois la terreur pure dans ses yeux dilatés, je perçois les battements affolés de son cœur comme un petit animal pris au piège. — Tu n'as pas le choix, Clara. Tu es allée beaucoup trop loin pou
NathanielJe suis dans l'ombre du couloir depuis le début.Quand Amélia est sortie de sa chambre, je l'ai suivie. Quand elle est entrée chez James, je me suis posté derrière la porte. Quand Eleanor est montée avec son thé, je me suis collé au mur, retenant mon souffle. Quand Gwendoline est apparue,
Eleanor La question me cloue sur place.— Parce que je vous connais, James. Depuis des années. Je suis votre fiancée. Je sais ce que vous aimez, ce que vous détestez, vos habitudes, vos manies...— Alors dites-moi, m'interrompt-il. Dites-moi quelque chose. Un souvenir. Pas une habitude. Un moment
JamesMa femme.Ce mot dans sa bouche.Elle est là, dans l'encadrement de la porte, et je ne la connais pas. Je ne me souviens pas d'elle. Je ne me souviens de rien. Mais mon corps, lui, réagit.Mon cœur s'accélère.Mes doigts se crispent sur le drap.Il y a quelque chose chez elle... quelque chose
EleanorIl est là.Devant moi.James.En chair et en os, vivant, respirant, debout sur ses deux jambes nos deux jambes, bientôt, quand nous serons mariés et il me regarde avec ses yeux vides, ses yeux qui ne savent plus rien, et c'est parfait.C'est tellement parfait.Je me presse contre lui dans l







