LOGINJe remets les lettres dans leur cachette. Je les laisse où elles sont. Pour l'instant. Pour plus tard. Pour quand le moment sera venu.Je quitte la chambre. Je referme la porte. Je remets la clé sous le pot de fleurs. Je descends l'escalier. Mes pas sont légers, mes épaules sont hautes, mes yeux brillent.Dans le jardin, Nathaniel est assis sur un banc, à regarder la mer. Il ne bouge pas quand j'arrive. Il ne se retourne pas. Il attend.— J'ai trouvé.— Quoi ?— Des lettres. De toi. À elle. Des déclarations d'amour. Des obsessions. De la folie. Trente lettres. Peut-être plus. Je ne les ai pas comptées.Il se lève. Lentement. Ses mains tremblent, je le vois. Il s'approche, me prend par les épaules. Ses doigts s'enfoncent dans ma chair.— Où ?— Sous son matelas. Dans votre lit. Elle les a gard&eac
Amelia devient blanche. Je la vois blêmir sous la lumière de la lune, ses joues perdent leur couleur, ses lèvres deviennent grises, ses yeux s'écarquillent.— Tu es sûr ?— J'ai vu son visage. J'ai vu son sourire. Je l'ai vu, Amelia. Il était là. Il savait. Il savait ce qui allait arriver.— James, écoute-moi. C'était un cauchemar. Un flashback. Ton cerveau mélange les souvenirs, les peurs, les images. Ce n'était pas réel.— Non. C'était lui. Je le sais. Je le sens. Je le vois encore.— Tu n'as aucune preuve.— J'ai ses yeux. Son sourire. Je l'ai vu.Elle ne dit rien. Elle me prend dans ses bras. Ses mains caressent mon dos, mes épaules, mes cheveux. Elle me serre contre elle, elle me berce, elle me murmure des mots que je n'entends pas.— Je te protégerai, murmuré
NathanielJe suis dans ma chambre quand j'apprends la nouvelle.Clara arrive en courant, essoufflée, les yeux brillants d'excitation. Elle ne frappe pas. Elle entre comme si la chambre était la sienne, comme si sa vie en dépendait, comme si elle avait le droit d'être là.— Il a appelé la police. Il a dit que c'était un sabotage. Il a dit qu'il avait des preuves. Il a dit qu'il voulait qu'ils rouvrent l'enquête.— Comment tu sais ?— J'étais dans le couloir. J'ai tout entendu. Il n'a pas fermé la porte. Il parlait fort. Il criait presque. Il a dit « je veux qu'il paie ».Je me lève. Mes jambes sont molles, mais je ne montre rien. Mon visage reste calme, impassible. Mes mains ne tremblent pas. Ma voix est ferme. Il ne faut pas qu'elle voie. Il ne faut pas qu'elle sache.— Il a des preuves ?— Il a des
Je l'embrasse. Elle répond. Ses lèvres sont froides d'abord, comme si elle avait oublié comment faire, puis elles se réchauffent, s'ouvrent, se donnent. Sa main cherche la mienne, ses doigts s'entrelacent aux miens, les serrent, s'y accrochent.— Je t'aime, murmure-t-elle contre ma bouche.— Je t'aime aussi.Je la prends dans mes bras. Elle est légère, fragile, précieuse. Je la serre contre moi, je sens son cœur battre, son souffle se calmer, ses mains qui s'agrippent à ma chemise.Mais dans mes bras, elle tremble encore. Elle tremble comme une feuille au vent, comme une flamme qui vacille, comme quelque chose qui va s'éteindre.Et je sais que Clara a fait son œuvre. Le poison est semé. Les doutes germeront. Et rien de ce que je dirai ne pourra les tuer.JamesLe téléphone sonne alors que je suis dans
Je sens son regard dans mon dos. Je sens le doute qui germe. Je sens le poison qui fait son effet. Je sais que ce soir, elle ira trouver James. Je sais qu'elle lui parlera. Je sais qu'elle lui posera des questions. Et chaque question qu'elle posera sera une graine de plus, une graine de doute, une graine de peur, une graine de destruction.— Parfaite, murmuré-je en entrant dans l'eau froide.AmeliaClara est partie vers la mer. Sa silhouette se détache sur le sable, fine, jeune, insouciante. Ses cheveux blonds flottent dans le vent, sa peau brunit déjà au soleil, ses pieds nus laissent des empreintes dans le sable humide. Elle est belle. Plus belle que moi, peut-être. Plus jeune, en tout cas. Plus libre.Je reste sur la chaise longue, le livre ouvert sur mes genoux, les mots qui dansent devant mes yeux sans que je les voie. Les lettres s'agitent, se brouillent, perdent leur sens. Les phra
ClaraLe jardin est silencieux. La mer brille au loin, une nappe d'argent sous le soleil de l'après-midi, immobile, comme figée dans son éclat. Les mouettes se sont tues. Les arbres ne bougent pas. Il n'y a que le bruit de nos respirations, le mien calme et posé, le sien un peu plus rapide, un peu plus nerveuse.Amelia est allongée sur la chaise longue à côté de moi, un livre ouvert sur les genoux, ses yeux parcourant les lignes sans vraiment lire. Je le vois. Ses paupières sont lourdes, ses pensées sont ailleurs. Ses doigts tournent les pages machinalement, sans regarder les mots. Elle est ailleurs, dans ce monde où elle est la femme de James Harrington, l'épouse adorée, la princesse du château.Avec lui, probablement. Toujours avec lui.Je ferme mon propre livre. Un roman que je n'ai pas ouvert depuis que je suis arrivée. Je n'ai pas beso







