LOGINChapitre 103
Elias
La nuit est tombée sur la ville.
Je l'attends dans un vieil entrepôt désaffecté, près du port. C'est un lieu neutre. Un lieu sans souvenirs. Un lieu où nos pères ne sont jamais venus. Les murs sont de béton brut, tachés par l'humidité, et l'odeur de rouille et de sel flotte dans l'air. Une seule ampoule nue éclaire le sol poussiéreux. J'ai pos&
Chapitre 103EliasLa nuit est tombée sur la ville.Je l'attends dans un vieil entrepôt désaffecté, près du port. C'est un lieu neutre. Un lieu sans souvenirs. Un lieu où nos pères ne sont jamais venus. Les murs sont de béton brut, tachés par l'humidité, et l'odeur de rouille et de sel flotte dans l'air. Une seule ampoule nue éclaire le sol poussiéreux. J'ai posé les dossiers sur une caisse en bois. Les preuves. Les lettres. Les photos. Tout ce que j'ai trouvé dans le grenier.J'entends des pas.Lina apparaît dans l'embrasure de la porte. Elle porte un long manteau noir, les cheveux tirés en arrière, le visage pâle. Ses yeux me trouvent immédiatement. Elle ne sourit pas. Elle ne tremble pas. Elle avance, lente, silencieuse, comme si elle marchait vers un préc
Chapitre 102EliasLe grenier est un tombeau.Je suis assis par terre, au milieu des papiers, les jambes croisées, les mains tremblantes. La lettre de mon père est posée sur mes genoux. Je l'ai lue trois fois. Quatre fois. Cinq fois. Les mots ne changent pas. Ils ne s'adoucissent pas. Ils restent là, noirs sur le papier jauni, comme une condamnation.Je la plie. Je la glisse dans ma poche. Je me relève. Mes jambes sont engourdies, mais je ne m'arrête pas. Je ne peux pas m'arrêter. Il y a quelque chose que je n'ai pas vu. Quelque chose que je dois trouver. Une intuition. Un frisson. Une voix qui me souffle que la vérité est plus profonde encore.Je fouille. Je déplace les cartons. Je soulève les piles. Je tousse dans la poussière. Mes doigts rencontrent un dossier plus lourd que les autres. Plus ancien. Le cuir es
Chapitre 101EliasLe grenier sent la poussière et le papier jauni.J’ai ouvert la porte il y a une heure. Je suis resté sur le seuil, immobile, la main posée sur le chambranle, le cœur battant trop vite. Des cartons s’empilent contre les murs, des dossiers, des classeurs, des boîtes en fer. Les archives de mon père. Trente ans de silence, de mensonges, de secrets. Trente ans que je fuis cette pièce. Trente ans que je refuse de regarder en face ce que je savais déjà.Je fais un pas. La poussière danse dans le rai de lumière qui filtre par la lucarne. Les lattes craquent sous mes semelles. Chaque bruit me fait sursauter. Chaque ombre me fait reculer.Je m’accroupis devant le premier carton. Mes doigts tremblent. Je l’ouvre. Des feuilles. Des factures. Des lettres. L’écriture de mon p&
Chapitre 100EliasLa salle se vide.Les chaises raclent le sol, les voix s'éteignent une à une, les pas s'éloignent dans le couloir. Je reste debout près de la table, les mains à plat sur le bois froid, le micro encore chaud sous mes doigts. Mon cœur bat trop vite. Ma gorge est sèche. J'ai dit la vérité. Toute la vérité. Sans trembler. Sans reculer. Sans baisser les yeux.Je n'ai pas regardé Lina pendant la conférence. Je ne pouvais pas. Si je l'avais regardée, j'aurais perdu le fil. J'aurais oublié les mots. J'aurais oublié pourquoi j'étais là. Alors j'ai fixé l'objectif, la lumière, le vide. Et j'ai parlé.Maintenant, le silence est assourdissant. Les lumières s'éteignent une à une. Les techniciens rangent le matériel. Personne ne m'adresse la parole. Personne n'ose. Je range mes notes. Mes doigts tremblent. Je les serre pour les calmer.Mon téléphone vibre.Le nom de Lina s'affiche. Je regarde l'écran une seconde. Deux. Trois. Mon pouce hésite. Je décroche._ Allô ?_ Elias.Sa vo
Chapitre 99LinaLa télévision reste allumée dans le salon, et je me tiens debout, incapable de m'asseoir, incapable de détacher mon regard de l'écran où son visage apparaît, grave, déterminé, plus beau que jamais dans cette lumière froide des projecteurs. Mon cœur bat trop vite, mes mains sont moites, et je sens la peur et l'espoir se mêler dans ma poitrine comme deux courants contraires. Nathan se tient derrière moi, silencieux, mais je devine sa tension, son inquiétude.Elias s'avance vers le micro, le regard fixe, les mâchoires serrées, et je retiens mon souffle._ Mesdames et messieurs, je serai bref.Sa voix grave emplit la pièce, et je frissonne malgré moi._ Depuis quelques jours, des articles mensongers circulent au sujet de mon &
Chapitre 98EliasL'article me brûle les doigts, et je le froisse d'un geste sec avant de le jeter sur mon bureau. Les mots me poursuivent, ignobles, et je sens la fureur monter en moi comme une lave, incontrôlable, prête à tout consumer sur son passage. On ose salir Lina, on ose traîner son nom dans la boue, on ose prétendre qu'elle m'a piégé, qu'elle en voulait à ma fortune, qu'elle n'est qu'une intrigante. Et moi, je reste là, impuissant, à lire ces horreurs comme si je n'étais pas l'homme qui l'aime, comme si je n'étais pas celui qui l'a brisée et qui ferait tout pour réparer ses torts._ Martine ! hurlé-je en décrochant le téléphone. Convoquez-moi le service juridique. Immédiatement.Elle ne pose pas de questions. Quelques minutes plus tard, trois avocats entren
Chapitre 5LinaTrois jours que je suis enfermée dans cette chambre. Trois jours que je regarde la mer sans la voir vraiment, que j'écoute les vagues sans les entendre, que je tourne en rond dans cette suite trop grande comme un animal en cage qui aurait oublié comment on respire l'air libre. Le ch
Chapitre 4LinaLe train s'ébranle dans un chuintement métallique, et je regarde Bordeaux disparaître derrière la vitre avec la sensation étrange de me détacher de ma propre vie. Les premiers rayons du soleil percent la brume matinale qui s'accroche aux toits de la ville endormie, nimbant les façad
Chapitre 3LinaLa pluie commence à tomber au moment précis où la voiture s'arrête devant mon immeuble, comme si le ciel avait attendu cet instant pour se mettre en accord avec mon âme. De grosses gouttes tièdes s'écrasent sur le pare-brise, brouillant la façade familière de cette maison qui était
Chapitre 2LinaLa matinée du mariage se lève sur Bordeaux dans une explosion de lumière dorée, comme si le ciel lui-même voulait me rappeler que tout devrait être parfait aujourd'hui. Je m'éveille avec cette sensation étrange qui précède les grands jours, ce mélange d'excitation et d'angoisse qui







