LOGINChapitre 77
Elias
La neige s'était remise à tomber, fine et serrée, enveloppant la ville d'un voile blanchâtre qui atténuait les bruits et brouillait les contours, et je restais debout sur le trottoir, face à cette tour de verre et d'acier qui abritait la femme que j'aimais et qui refusait de me voir. Les flocons s'accrochaient à mes cheveux, à mes épaules, à mon manteau de laine noi
Chapitre 77EliasLa neige s'était remise à tomber, fine et serrée, enveloppant la ville d'un voile blanchâtre qui atténuait les bruits et brouillait les contours, et je restais debout sur le trottoir, face à cette tour de verre et d'acier qui abritait la femme que j'aimais et qui refusait de me voir. Les flocons s'accrochaient à mes cheveux, à mes épaules, à mon manteau de laine noire, et je ne sentais pas le froid, ou plutôt je le sentais mais il n'était rien comparé à la morsure de ce vide qui s'était ouvert dans ma poitrine quand Nathan avait prononcé ces mots terribles : elle n'existe plus pour toi. Ces paroles tournaient en boucle dans ma tête comme une malédiction, et je savais que je ne pourrais pas repartir ainsi, sans avoir au moins tenté de lui parler, sans avoir fait entendre ma voix à travers c
Chapitre 76EliasLes détectives mirent trois semaines à retrouver sa trace, trois semaines interminables pendant lesquelles je dépéris à vue d'œil, incapable de me nourrir correctement, incapable de trouver le sommeil, incapable de me concentrer sur les affaires qui s'accumulaient sur mon bureau comme des reproches muets. Chaque jour qui passait sans nouvelles d'elle était un supplice, chaque nuit passée à arpenter les couloirs déserts du manoir était une descente un peu plus profonde dans un enfer de solitude et de regrets. Je pensais à elle sans cesse, à son visage baigné de larmes, à sa voix qui tremblait quand elle clamait son innocence, à son ventre arrondi qui portait mon enfant, et je me maudissais pour ma lâcheté, pour ma froideur, pour ces mots que j'avais prononcés sans mesurer les dégâts
Chapitre 75LinaLe livre parut un matin de mars, discrètement, sans tapage, sans lancement officiel, sans ces campagnes publicitaires tapageuses que les grandes maisons d'édition réservaient à leurs auteurs vedettes. Nathan avait tenu sa promesse, il s'était occupé de tout avec cette efficacité tranquille qui le caractérisait, et le roman était sorti sous un pseudonyme que j'avais choisi moi-même, un nom simple et mystérieux qui ne révélait rien de moi, ni mon âge, ni mon sexe, ni mes origines. Élise Vaugirard. C'était le prénom de mon héroïne, et le nom d'une rue de Bordeaux où j'avais vécu enfant, un clin d'œil discret à cette vie que j'avais laissée derrière moi et qui ressurgissait transformée, magnifiée, transfigurée par la fiction.
Chapitre 74NathanLes pages s'accumulaient sur le bureau de Lina, des liasses de papier couvertes de son écriture fine et serrée, des mots qui s'enchaînaient aux mots comme les maillons d'une chaîne invisible, et je la voyais écrire avec une fièvre qui m'inquiétait autant qu'elle me fascinait. Elle passait des heures enfermée dans la chambre d'amis, le dos courbé sur le carnet, la main glissant sur le papier avec une aisance qui semblait ne jamais se démentir, et quand elle émergeait, le regard fiévreux, les joues pâles, elle me parlait de son héroïne comme on parle d'une amie imaginaire, d'une confidente qui porterait à sa place tous les fardeaux qu'elle ne pouvait plus porter seule.Un matin, alors qu'elle s'était endormie sur le canapé du salon, épuisée par une nuit entière pas
Chapitre 73LinaLes premiers jours chez Nathan furent une longue descente dans un brouillard de larmes et de silence, un brouillard si épais que je ne savais plus distinguer le jour de la nuit, le sommeil de l'éveil, la faim de la satiété. Je restais la plupart du temps allongée dans la chambre d'amis qu'il m'avait aménagée avec des gestes tendres et précautionneux, les rideaux tirés, le chat blotti contre mon ventre, les yeux fixés sur le plafond sans le voir, l'esprit engourdi par une douleur si profonde qu'elle finissait par ressembler à une anesthésie. Nathan venait me voir plusieurs fois par jour, frappait doucement à la porte, déposait des plateaux de nourriture que je touchais à peine, me parlait d'une voix douce et patiente sans jamais attendre de réponse, et repartait sur la pointe des pieds, me laissant à ma solit
Chapitre 72EliasLes jours qui suivirent le départ de Lina furent les plus sombres de mon existence, plus sombres encore que ceux qui avaient suivi la mort de mon père, plus sombres que tout ce que j'avais pu traverser auparavant. Le manoir, déjà silencieux, était devenu un tombeau, une coquille vide qui résonnait du souvenir de sa présence à chaque instant, dans chaque pièce, chaque couloir, chaque rayon de lumière qui filtrait à travers les fenêtres et qui me rappelait qu'elle n'était plus là. Je me surprenais à guetter le bruit de ses pas dans l'escalier, le son de sa voix dans la salle à manger, le frottement discret de ses doigts sur les pages d'un manuscrit dans le salon, mais il n'y avait rien, plus rien, que le silence et le vide et cette absence qui me rongeait comme un acide.J'avais passé des
Chapitre 5LinaTrois jours que je suis enfermée dans cette chambre. Trois jours que je regarde la mer sans la voir vraiment, que j'écoute les vagues sans les entendre, que je tourne en rond dans cette suite trop grande comme un animal en cage qui aurait oublié comment on respire l'air libre. Le ch
Chapitre 4LinaLe train s'ébranle dans un chuintement métallique, et je regarde Bordeaux disparaître derrière la vitre avec la sensation étrange de me détacher de ma propre vie. Les premiers rayons du soleil percent la brume matinale qui s'accroche aux toits de la ville endormie, nimbant les façad
Chapitre 3LinaLa pluie commence à tomber au moment précis où la voiture s'arrête devant mon immeuble, comme si le ciel avait attendu cet instant pour se mettre en accord avec mon âme. De grosses gouttes tièdes s'écrasent sur le pare-brise, brouillant la façade familière de cette maison qui était
Chapitre 1LinaLa lumière de cette fin d'après-midi caresse les façades bordelaises avec une douceur presque irréelle, et je me surprends à penser que le monde entier s'est mis en beauté pour moi. La robe est suspendue dans son écrin de soie, masse immaculée de tulle et de dentelle qui semble resp







