Mag-log inPOV : Alima
Je n'arrive pas à dormir.
J'ai essayé, pourtant, allongée dans le noir, le chapelet de ma mère serré dans mon poing comme toujours quand la nuit devient trop lourde à porter seule. Mais chaque bruit dans la maison me fait tressaillir, chaque pas dans le couloir me fait retenir mon souffle, et après une heure passée ainsi, je
POV : AlimaJe n'arrive pas à dormir.J'ai essayé, pourtant, allongée dans le noir, le chapelet de ma mère serré dans mon poing comme toujours quand la nuit devient trop lourde à porter seule. Mais chaque bruit dans la maison me fait tressaillir, chaque pas dans le couloir me fait retenir mon souffle, et après une heure passée ainsi, je renonce. Je descends, pieds nus sur le parquet froid, enveloppée dans une simple robe de chambre, et je trouve refuge dans le petit salon d'hiver, celui où un feu brûle presque toujours, même la nuit, entretenu par des domestiques que je ne vois jamais.C'est là que Nikolai me trouve, bien plus tard, quand la première lueur grise de l'aube commence à peine à poindre derrière les rideaux. La
POV : NikolaiSergueï reprend son verre, cette fois, et le vide d'un trait avant de le reposer avec une précision presque cérémonieuse, comme s'il avait besoin de ce geste pour trouver le courage de continuer. Je reste debout devant la fenêtre, je ne me retourne toujours pas, et je laisse le silence faire le travail que je n'ai pas besoin de faire moi-même. Dehors, la neige continue de tomber, épaississant peu à peu le tapis blanc sur le parc où mes hommes patrouillent encore, et je me demande, absurdement, combien de temps il faudra pour que cette nuit s'efface tout à fait de la mémoire de la maison.— Sa mère s'appelait Marina, commence-t-il enfin. Une danseuse du Bolchoï, à l'époque. Arkadi l'a rencontrée alors qu'il était encore marié. Quand elle est tomb
POV : NikolaiSergueï m'attend dans le petit salon, celui que je réserve d'ordinaire aux visiteurs que je ne veux pas recevoir dans mon bureau. Il est debout, immobile devant la fenêtre, les mains croisées dans le dos, une posture qu'il a toujours eue, celle d'un homme habitué à attendre sans jamais montrer que l'attente lui pèse. Il porte encore son manteau, comme s'il n'était pas certain qu'on le laisserait rester assez longtemps pour l'enlever.Il se retourne quand j'entre. Son regard tombe immédiatement sur ma chemise, sur le sang séché que je n'ai pas pris le temps de faire disparaître, et quelque chose passe sur son visage que je ne lui connais pas: une forme de honte, peut-être, ou de peur, difficile à distinguer chez un homme qui m'a appris, il y a près de vingt ans, à
POV : AlimaLe silence, après les coups de feu, est une chose que je n'avais jamais vraiment connue avant ce soir.Pas le silence paisible des nuits ordinaires, celui qui berce, mais un silence tendu comme une corde, qui vibre encore de tout ce qu'il vient de contenir. Grigori est devant moi, arme levée vers la porte, son corps formant un mur entre moi et le couloir. Je suis assise par terre, dos contre le lit, les genoux remontés contre ma poitrine, et je compte. C'est la seule chose qui m'empêche de céder — compter les secondes, comme si le chiffre pouvait me dire quand tout cela finirait.— Combien de temps, je demande, la voix plus ferme que je ne l'aurais cru possible.— Aussi longtemps qu'il faudra, répond Grigori sans se retour
POV : NikolaiLe coup de feu déchire la nuit avant même que j'aie fini ma phrase.Je la sens se figer contre moi, son souffle suspendu, et pendant une fraction de seconde absurde, je regrette presque de ne pas avoir eu le temps de finir ce que j'allais dire. Puis l'instinct reprend ses droits, plus vieux que tout le reste, plus fiable que n'importe quel mot.— À terre.Je ne crie pas. Je n'ai jamais eu besoin de crier pour être obéi, et ce soir moins que jamais. Je la plaque contre le mur, mon corps entre elle et la fenêtre, et déjà mon téléphone est dans ma main, déjà Timur répond avant la première sonnerie.— Combien.
POV : Alima— Qu'est-ce que c'est, demande Nikolai, sa voix déjà tendue avant même d'avoir vu l'écran, comme si vingt ans d'instinct lui suffisaient à sentir, dans le simple changement de mon expression, que quelque chose venait de basculer.Je lui tends le téléphone sans un mot, incapable de formuler autre chose que ce simple geste. Il lit le message, sa mâchoire se serrant instantanément, et je le vois basculer, en une fraction de seconde, de l'homme vulnérable qui venait de me tenir la main à celui que je connais depuis le premier jour, calculateur, froid, absolument concentré sur la menace.— Timur, appelle-t-il, sans même quitter l'écran des yeux. Retrace ce numéro. Maintenant.







