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Chapitre 4 : Le piège doré 2

Author: Darkness
last update Last Updated: 2025-11-01 22:15:27

Angèle 

Le temps file. Le monde autour de moi s’estompe. Il n’y a plus que l’écran, les chiffres, et la froide détermination qui m’anime.

Soudain, une ombre s’abat sur mon bureau. Je lève les yeux.

Rabis Valesco est là, adossé à la cloison de verre voisine, les bras croisés. Il porte un jean sombre et un blazer noir, une tenue trop décontractée pour cet environnement, qui crie qu’il est au-dessus des règles. Son sourire est une provocation vivante.

— Alors ? La nouvelle recrue survit à son baptême du feu ?

Sa voix porte, attirant des regards furtifs de mes nouveaux collègues. Il veut me mettre mal à l’aise, tester mes limites en public.

— Le feu ne me fait pas peur, je réponds sans quitter mon écran. C’est même un vieil ami.

Il ricane et s’approche, contournant mon bureau pour se poster derrière moi. Je sens sa présence comme une source de chaleur intense, intrusive. Il se penche, son menton frôlant presque ma tempe, pour regarder mon écran. Son parfum, boisé et épicé, m’enveloppe, écœurant et envoûtant.

— Intéressante, cette approche sur les obligations pourries, murmure-t-il, son souffle chaud contre mon oreille. Père va adorer. Ou détester. Avec lui, c’est souvent la même chose.

Je me raidis. Son intrusion est physique, sensorielle. C’est une violation calculée.

— Je croyais que vous étiez plus du genre à… casser les codes, pas à les analyser, je lance, espérant que ma voix ne tremble pas.

Il pose une main sur le dossier de mon fauteuil, l’autre s’appuyant sur mon bureau, m’emprisonnant complètement.

— Oh, je casse tout ce que je veux, Angèle. Puis-je vous appeler Angèle ? Les codes, les règles… et parfois, les gens. C’est bien plus amusant.

Son regard bleu électrique capture le mien dans le reflet de l’écran. Il y a une avidité brute dans ses yeux, un désir de possession qui n’a rien à voir avec la stratégie d’entreprise.

— Rabis.

La voix est un coup de couteau dans l’air climatisé. Elle ne porte pas, elle ne crie pas. Elle tranche.

Néron Valesco se tient à l’entrée de l’open space. Immobile. Il n’a pas besoin de crier pour que le silence se fasse. L’énergie de toute la pièce converge vers lui. Son regard gris acier est fixé sur son fils, et sur la main de ce dernier posée sur mon fauteuil.

— Mon bureau. Maintenant.

L’ordre est absolu. Rabis se redresse avec une lenteur affectée, un sourire narquois aux lèvres. Il se penche une dernière fois vers mon oreille.

— À très bientôt, Angèle, chuchote-t-il. La partie commence à devenir intéressante.

Il s’éloigne d’une démarche nonchalante, croisant son père sans un mot. Néron ne le regarde même pas. Ses yeux sont rivés sur moi. Il traverse l’open space, chaque pas mesuré, jusqu’à mon bureau. Les employés ont baissé la tête, feignant un travail soudain.

Il s’arrête devant moi. Il ne dit rien pendant un long moment, son regard parcourant mon visage, puis l’écran, puis le dossier ouvert sur mon bureau.

— Votre rapport ? demande-t-il finalement, sa voix redevenue neutre, professionnelle.

— Il sera dans votre boîte mail à midi, monsieur.

Il hoche lentement la tête. Son regard se fait plus intense, plus personnel.

— Rabis a un tempérament… passionné. Il peut être difficile à gérer. Si jamais il vous importune, vous venez me le dire. Personnellement.

L’offre est enveloppée d’acier. Ce n’est pas une protection, c’est une revendication. Il me dit que je lui appartiens, que tout conflit avec son fils doit passer par lui. Que je suis un enjeu dans leur guerre privée.

— Je suis capable de gérer les situations difficiles, monsieur, je réponds, soutenant son regard. C’est pour ça que vous m’avez engagée, non ?

Un sourcil de Néron Valesco se lève, presque imperceptiblement. Une lueur, peut-être d’approbation, peut-être d’amusement, traverse son regard d’acier.

— En effet, mademoiselle Derval. C’est exactement pour ça.

Il tourne les talons et quitte l’open space, laissant un silence lourd derrière lui.

Je me retourne vers mon écran, les doigts tremblant légèrement au-dessus du clavier. Je respire un coup. Je les ai vus, tous les deux. Le faucon et le vautour. L’un veut me dompter, l’autre veut me dévorer.

Je regarde par la baie vitrée. La ville s’étale à mes pieds, un jeu d’échecs géant. Je viens de placer mon premier pion. Mais je réalise soudain, avec une clarté effrayante, que je ne suis pas seulement un joueur dans ce jeu.

Je suis aussi le prix.

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