تسجيل الدخولCHAPITRE 21 — LA DISPARITIONTrois jours.Trois jours interminables, sans un mot, sans une trace.Chaque matin, je descendais en espérant le voir attablé à la cuisine, sa tasse de café à la main, son regard sombre posé sur moi avec cette intensité qui me faisait trembler. Chaque soir, je montais l'escalier en retenant mon souffle, guettant le bruit de ses pas, le grincement de sa porte. Mais rien. Le manoir semblait retenir son souffle, comme une bête à l'affût, et le silence s'épaississait de jour en jour.Mon beau-père ne s'inquiétait pas. « Il lui arrive de disparaître, disait-il en haussant les épaules. C'est un solitaire. Il reviendra quand il en aura envie. » Sa belle-mère, elle, évitait mon regard, et les domestiques chuchotaient dans les couloirs.Lucas, lui, était venu me voir le deuxième jour. Il m'avait trouvée dans le jardin, assise sur le banc de pierre, les yeux fixés sur l'allée vide.« Tu es pâle, Staline. Tu manges ? Tu dors ? » m'avait-il demandé en s'asseyant à côté
CHAPITRE 20 — LE REFUSLa question resta suspendue dans l'air, comme un défi lancé au destin.Partir avec lui. Abandonner ce manoir, cette famille recomposée qui ne m'avait jamais vraiment acceptée, ce beau-père indifférent, ces souvenirs de ma mère qui hantaient chaque couloir. Recommencer ailleurs, loin des menaces, des lettres anonymes, des regards en coin.C'était tentant. Si tentant que j'en eus le vertige.Mais je pensai à ma mère. À sa voix douce quand elle me racontait son enfance dans ce manoir. À son dernier souffle, quand elle m'avait fait promettre de ne jamais abandonner la famille, de ne jamais fuir mes responsabilités.Je pensai aussi à Lucas, à son amitié sincère, à sa loyauté indéfectible. Si je disparaissais sans un mot, il ne me le pardonnerait jamais.Et je pensai à Lucian. À ce qu'il était, à ce qu'il risquait. Partir ensemble, c'était confirmer ce que tout le monde soupçonnait déjà : que nous étions coupables d'un amour interdit. C'était trahir la mémoire de ma m
CHAPITRE 19 — LE RAPPROCHEMENTJe ne dormis pas cette nuit-là.Allongée dans le lit de Lucian, les draps imprégnés de son odeur — un mélange de bois de santal et de cuir —, je fixais le plafond sans le voir. Les heures s'écoulèrent, lentes, épaisses, ponctuées par le souffle régulier de Lucian dans son fauteuil. Il veillait, immobile, les yeux rivés sur la porte, comme si l'ennemi pouvait surgir à tout moment.À l'aube, une lumière grise filtra à travers les rideaux. Je tournai la tête vers lui. Il n'avait pas bougé. Ses traits tirés trahissaient la fatigue, mais son regard restait alerte, fixé sur un point invisible au-delà de la porte.« Tu n'as pas dormi du tout ? » demandai-je d'une voix enrouée.Il secoua lentement la tête. « Quelqu'un doit rester éveillé. Tant que je ne sais pas qui est derrière tout ça, je ne peux pas baisser la garde. »Je m'assis, repoussant les couvertures. « Tu ne peux pas veiller éternellement. »« Je peux veiller assez longtemps pour te protéger. »Il se
CHAPITRE 18 — LA NUIT DE VÉRITÉLa chambre de Lucian était différente de ce que j'imaginais.Elle était vaste, mais pas froide. Les murs étaient couverts de bibliothèques remplies de livres anciens, de bibelots discrets, de photos encadrées. Un grand lit à baldaquin trônait au centre, drapé de lin clair, et une lampe de chevet diffusait une lumière douce, presque intime.Je restai debout près de la porte, mal à l'aise, tandis qu'il préparait un fauteuil près de la fenêtre.« Tu dormiras dans le lit. Moi, je veille ici. »Je le regardai, incrédule. « Tu ne vas pas dormir ? »« Pas cette nuit. »Il s'assit dans le fauteuil, les bras croisés, le regard fixé sur la porte. Il était tendu, vigilant, comme un garde en faction.Je m'approchai du lit, m'assis au bord, les mains serrées sur mes genoux. Le silence s'installa, troublé seulement par le tic-tac d'une horloge lointaine.Au bout d'un long moment, je demandai doucement : « Lucian, pourquoi tu me protèges ? »Il ne répondit pas immédia
CHAPITRE 17 — LE PIÈGELucian revint après une heure qui me parut une éternité.Je n'avais pas bougé du lit, les bras serrés autour de mes genoux, le regard rivé sur ce trou minuscule dans le cadre du miroir. Chaque minute qui passait me semblait une violation supplémentaire. La caméra était là, invisible, patiente, et elle avait enregistré mes nuits, mes pleurs, mes silences.Quand la porte s'ouvrit, je sursautai. Lucian entra, le visage fermé, les mâchoires crispées. Il tenait un petit appareil électronique à la main, un détecteur de signaux, et son regard balaya la pièce comme s'il cherchait d'autres menaces.« Alors ? » demandai-je, la voix rauque.Il s'approcha du miroir, passa le détecteur devant le cadre. L'appareil émit un bip faible, irrégulier.« C'est une caméra sans fil, bas de gamme. Alimentée par pile. Elle émet sur une fréquence courte, trop faible pour être captée à distance. Celui qui l'a installée devait se trouver à proximité pour récupérer les enregistrements. »Il
CHAPITRE 16 — DEUX PRISONNIERSLa nuit suivante, je ne trouvai pas le sommeil.Allongée dans mon lit, les yeux rivés au plafond, je repensais aux messages reçus par Lucian. Des menaces d'une précision chirurgicale, qui évoquaient des secrets que je ne connaissais même pas. Quelqu'un savait tout. Quelqu'un nous surveillait depuis le début.Lucian avait raison : nous étions deux prisonniers. Mais prisonniers de quoi ? De cette maison, de cette famille, ou de notre propre attirance ? Peut-être des trois.Un bruit discret me fit sursauter. Un frottement, à peine audible, provenant du mur derrière ma tête.Je me redressai, le cœur battant. Le silence retomba. J'attendis, les sens en alerte, mais rien ne vint. Un simple craquement du bois, sans doute. Cette maison était vivante, pleine de murmures et de fantômes.Je me recouchai, tentant de calmer ma respiration. Mais une sensation étrange m'envahissait, comme si j'étais observée. Une présence invisible, tapie dans les ombres, épiait chacun







