ログインCHAPITRE 6 — LE PACTE
Je n'ai pas dormi.
Allongée sur mon lit, les yeux ouverts dans le noir, je revoyais chaque détail. Ses mains sur moi. Sa langue dans ma bouche. Le mur froid derrière mon dos. Et cette phrase qui tournait en boucle : Maintenant, tu sais pourquoi tu dois avoir peur de moi.
Le pire, c'est que je n'avais pas peur. J'avais envie.
Au matin, je me levai avec une résolution glacée : il fallait que ça cesse. Je ne pouvais pas laisser cet homme me consumer. Je devais reprendre le contrôle.
Je m'habillai lentement, évitai de me regarder dans le miroir — j'aurais vu les marques sur mes lèvres, les rougeurs sur ma gorge. Je descendis à la cuisine, espérant que Lucian serait ailleurs.
Il était là.
Appuyé contre le comptoir, une tasse de café à la main, il discutait avec une domestique qui rougissait. À mon entrée, il se tut, et son regard gris glissa sur moi comme une caresse brûlante.
« Bonjour, Staline. »
Je ne répondis pas. Je me servis un verre d'eau, la main tremblante.
« Tu as mal dormi ? » demanda-t-il d'une voix faussement innocente.
Je me retournai, les poings serrés. « Il faut qu'on parle. »
Il haussa un sourcil, posa sa tasse. « Je t'écoute. »
« Pas ici. »
Je sortis dans le jardin, vers la fontaine asséchée. Il me suivit sans un mot, à distance. Le gravier crissait sous ses pas.
Quand je m'arrêtai, il se planta devant moi, trop près.
« Alors ? »
Je pris une inspiration. « Ce qui s'est passé cette nuit… c'était une erreur. »
Il pencha la tête, amusé. « Une erreur ? »
« Oui. Il ne faut pas que ça se reproduise. Je suis ta belle-sœur. Tu es mon beau-frère. C'est… interdit. »
Il éclata de rire, un rire sombre qui me glaça.
« Interdit. Voilà un mot qui ne fait que renforcer mon envie. »
« Lucian, sérieusement. »
Il s'approcha, et je reculai jusqu'à heurter la fontaine. Il posa les mains de chaque côté de moi, m'enfermant.
« Très bien, Staline. Faisons un pacte. »
Je le regardai, méfiante.
« Quel genre de pacte ? »
« Nous jurons de ne jamais recommencer. De ne plus nous toucher. De ne plus nous chercher. Tu restes dans ton rôle de petite belle-sœur innocente, et je reste dans le mien de monstre. »
Sa voix coulait comme du miel empoisonné. Je sentais le piège, mais c'était exactement ce que je voulais. Une barrière.
« Tu le jures ? » demandai-je.
Il leva la main, l'air solennel.
« Je le jure. »
« Moi aussi. »
Un silence lourd tomba entre nous. Il me fixait, et je voyais dans ses yeux qu'il n'avait aucune intention de tenir parole.
« Tu peux partir. » murmura-t-il.
Je me dégageai, le cœur battant à tout rompre. Je fis quelques pas vers le manoir, puis m'arrêtai.
« Lucian ? »
« Oui ? »
« Pourquoi moi ? Pourquoi ces photos ? Pourquoi cette obsession ? »
Il resta silencieux un long moment. Puis il dit, d'une voix étrangement douce :
« Parce que tu es la seule qui me regarde comme si j'étais un homme, et non un monstre. »
Je ne sus pas quoi répondre. Je rentrai.
La journée s'écoula dans un calme apparent. Je m'enfermai dans ma chambre, tentai de lire, de penser à autre chose. Mais son visage s'imposait partout.
Le soir vint. Je descendis pour le dîner, redoutant le face-à-face.
À table, Lucian ne me regarda pas. Pas une fois. Il parla à son père, à une tante éloignée, mais m'ignora totalement. Un soulagement, peut-être.
Mais au moment où je passai devant lui pour quitter la salle, sa main frôla la mienne, déposant un papier.
Je montai dans ma chambre, le cœur serré, et je le dépliai.
Le pacte ne tient que si tu n'en as pas envie. Moi, j'en ai envie. Et toi aussi.
Je froissai le papier, furieuse.
Le lendemain matin, j'étais encore au lit quand la porte s'ouvrit.
Lucian entra, sans frapper, une tasse de café à la main.
« Qu'est-ce que tu fais ? » balbutiai-je, remontant le drap.
Il sourit, posa la tasse sur la table de chevet, puis s'assit au bord du lit.
« Je viens te dire que le pacte est déjà brisé. »
« Tu avais juré. »
« J'ai menti. »
Il se pencha, et avant que je puisse réagir, ses lèvres capturèrent les miennes.
Cette fois, je répondis immédiatement.
CHAPITRE 29 — LA GUERRE COMMENCEJe retrouvai Lucian dans le bureau de son père.Il m’avait envoyé un message quelques minutes après la scène du salon : « Attends-moi dans ma chambre. Ne bouge pas. » Mais je n’avais pas obéi. J’avais suivi la silhouette furieuse qui traversait le hall, et je m’étais glissée derrière lui jusqu’à la porte du bureau, restant dans l’ombre du couloir.La pièce était vaste, tapissée de boiseries sombres, avec une immense bibliothèque qui couvrait tout un mur. Armand était assis derrière son bureau en acajou, un verre de whisky à la main. Il n’avait pas l’air surpris de voir Lucian entrer sans frapper.« Ferme la porte, » dit-il calmement.Lucian la claqua derrière lui avec une violence qui fit trembler les murs. Je reculai d’un pas, le cœur battant.« Tu as signé un contrat avec Victor Hale sans même en parler à Staline, » attaqua Lucian, la voix vibrante de rage. « Tu savais très bien ce que cela signifiait. Tu l’as condamnée à un enfer. »Armand but une g
CHAPITRE 28 — LA VENTEJe n’ai pas dormi.Après que Lucian m’eut ramenée à ma chambre, après ses promesses murmurées dans l’obscurité, après le baiser brûlant qu’il déposa sur mon front avant de s’éclipser, je restai allongée sur mon lit, les yeux grands ouverts, à fixer le plafond. Les heures s’égrenèrent, lentes, impitoyables. Dans ma tête tournaient en boucle les mots de mon beau-père : une proposition de mariage, pour toi, Staline.Je me sentais vendue. Livrée à un inconnu comme une pièce de bétail, sans qu’on m’ait seulement demandé mon avis. Ma mère m’avait élevée dans l’idée que le mariage était un choix, pas une contrainte. Si elle me voyait aujourd’hui, enfermée dans ce manoir de marbre et de secrets, elle pleurerait de rage.Au matin, je n’eus même pas la force de descendre. Je restai sous la couette, les genoux repliés contre la poitrine, écoutant les bruits étouffés de la maison qui s’éveillait. Des pas dans le couloir, des portes qui claquent, des chuchotements. Puis, ver
CHAPITRE 27 — LE MARIAGE FAMILIALLe salon entier semblait retenir son souffle.Lucian se tenait dans l'embrasure de la porte, le visage blême de rage contenue, les poings serrés le long du corps. Son regard allait de son père à moi, comme s'il cherchait une issue à ce piège qui venait de se refermer sur nous.« Tu ne peux pas faire ça, » dit-il d'une voix sourde, menaçante.Mon beau-père, Armand Delacroix, ne cilla pas. Il se cala dans son fauteuil, croisa les jambes, et planta ses yeux froids dans ceux de son fils.« Je peux, et je vais le faire. Staline n'est pas ta sœur par le sang, mais elle porte notre nom depuis que sa mère m'a épousé. Elle a des devoirs envers cette famille, comme nous tous. »« Elle n'a rien à voir avec tes dettes ! » explosa Lucian en faisant un pas dans la pièce. « Tu ne vas pas la vendre comme une marchandise pour sauver tes affaires pourries. »Armand haussa un sourcil, un sourire mauvais aux lèvres. « Tu parles de dettes, mon fils. Mais c'est toi qui as
CHAPITRE 26 — LE RETOURLe jour se levait à peine lorsque nous reprîmes la route.Lucian conduisait en silence, les yeux rivés sur la route, le visage marqué par la fatigue et la douleur. Son épaule blessée semblait le faire souffrir, mais il ne s'en plaignait pas. Il se contentait de serrer les dents, les doigts crispés sur le volant.« On ne peut pas rentrer ensemble, dit-il finalement. Quelqu'un pourrait nous voir. »Je hochai la tête. « Je sais. Dépose-moi à l'arrêt de bus près de la grille, je finirai à pied. »Il me jeta un regard en coin. « Tu crois que je vais te laisser marcher seule après ce qui s'est passé ? »« Je crois que tu n'as pas le choix. Si on veut éviter les soupçons, il faut qu'on arrive séparément. »Il grogna, mais ne protesta pas davantage. Il se gara un peu plus loin, à l'abri d'un bosquet, et se tourna vers moi. Ses yeux étaient sombres, inquiets.« Staline, si quelqu'un te pose des questions, tu ne sais rien. Tu as passé la nuit dans ta chambre. Compris ? »
CHAPITRE 25 — LA LIBERTÉLa portière ouverte laissait entrer le froid de la nuit, mais je ne frissonnai pas. J'étais ailleurs, suspendue entre deux mondes : celui de la raison qui me criait de fuir, et celui de mon cœur qui me clouait sur place.Lucian n'avait pas bougé. Il fixait le pare-brise, les mains posées sur ses cuisses, le visage impassible. Pourtant, je percevais la tension qui irradiait de tout son être, cette retenue douloureuse, comme s'il luttait contre lui-même pour ne pas refermer la portière et m'enfermer à jamais dans sa cage.Je fis un pas. Un seul.Mon pied toucha le sol gravillonneux, et le bruit me sembla démesuré dans le silence. Je m'extirpai lentement de la voiture, le souffle court, le cœur battant à un rythme insoutenable. L'air glacé me gifla le visage, me ramenant brutalement à la réalité.J'étais dehors. Libre.La route s'étendait devant moi, sombre et déserte, bordée d'arbres décharnés dont les branches griffaient le ciel. Je fis un pas, puis un autre. C
CHAPITRE 24 — LA CONFESSIONLes mots de Lucian claquèrent dans l'habitacle comme un coup de fouet.Je restai figée, le souffle coupé, le regard plongé dans le sien. La pénombre de la nuit l'enveloppait, soulignant les contours de son visage tuméfié, la dureté de sa mâchoire, la lueur fiévreuse qui brûlait dans ses yeux.« Tu ne me crois pas ? » demandai-je d'une voix blanche.Il resserra sa main sur ma nuque, juste assez pour m'ancrer à lui, sans me faire mal. « Je crois ce que je vois. Et ce que je vois, c'est une jeune femme qui se ment à elle-même. Qui préfère les belles excuses aux vérités qui dérangent. »Je déglutis, sentant la chaleur de ses doigts se diffuser dans ma nuque. « Et quelle serait cette vérité, selon toi ? »Il se pencha encore, jusqu'à ce que son front touche presque le mien. « Que tu es venue parce que tu m'aimes. Parce que tu ne supportes pas l'idée de me perdre. Parce que je te manque, même quand je suis là. Et parce que, malgré tout ce que je t'ai fait, tu ne







