Je porte mon tablier beige, froissé, un peu collé par la chaleur de la cuisine. Un stylo est coincé derrière mon oreille, prêt à noter n’importe quelle commande qui tomberait au dernier moment. Mes cheveux sont attachés en queue-de-cheval, mais quelques mèches rebelles s’échappent pour venir gratter ma nuque et me chatouiller le cou. J’ai faim. Une dalle qui me ronge le ventre plus fort que la fatigue, plus forte que tout, même que l’odeur enivrante du café chaud et du sirop d’érable. Le juke-box grésille dans un coin, crachant un vieux morceau des années 60. Les notes sont un peu fausses, un peu cabossées, mais elles dansent dans l’air comme si elles avaient encore des souvenirs à raconter. Les sièges rouges en cuivre reflètent la lumière dorée, luisants là où les clients ont posé leurs mains depuis des décennies, comme si chacun avait laissé un peu de son histoire. Les tables collent sous mes doigts, chaudes et humides, vibrantes du tumulte du café. — « Un café, vite s’il vous plaî
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