ANGÈLELa lumière est grise. Pas celle du soleil, celle de l'aube qui hésite, qui se demande si elle a le droit d'exister après une nuit pareille. Je suis allongée sur le côté, les genoux remontés, et je sens son souffle dans mon cou. Régulier. Chaud. Vivant.Rabis.Il dort encore. Son bras est passé autour de ma taille, sa main posée à plat sur mon ventre, comme s'il voulait me retenir, m'ancrer, m'empêcher de m'envoler dans cette légèreté terrifiante qui m'habite depuis que j'ai ouvert les yeux.Je n'ai pas bougé depuis mon réveil. J'écoute.Les oiseaux, dehors. Un moteur qui tousse au loin. La respiration de l'homme qui m'aime. Mon propre cœur qui bat, lent, profond, comme s'il avait décidé de ralentir le tempo, de prendre son temps désormais.Je repense à la nuit. À ses mots. À sa main tendue. À mes larmes, toutes ces larmes que je ne savais pas avoir, que j'avais enfouies si profond qu'elles étaient devenues des pierres, des galets polis par la rage, et qui cette nuit ont fondu,
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