Le silence retombe. Épais. Suffocant. Même la climatisation semble s'être tue, comme si l'air lui-même retenait son souffle.C'est Noé qui le brise. Il lève son carnet, le tourne vers nous. Ses doigts sont couverts d'encre noire, presque jusqu'au poignet. Il a dessiné une montagne. Pas une montagne paisible de carte postale. Une montagne menaçante, déchiquetée, dont les pics sont des crocs. Au cœur de la montagne, une cage. Pas une cellule. Une cage, avec des barreaux épais comme des bras. Dans la cage, trois silhouettes. Floues. Indistinctes. Mais leurs postures hurlent la détresse. L'une est recroquevillée, bras autour des genoux. L'autre est debout, poings serrés, tête levée vers un plafond invisible. La troisième est assise, jambes écartées, tête penchée sur le côté comme une poupée cassée. Au-dessus de la montagne, un œil énorme, taillé comme un diamant. L'œil du Prisme. Froid. Inhumain. Omniscient.— Ils ont peur, dit Noé. Sa voix est un murmure étrangement adulte pour un garçon
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