Je l'imagine mort. Je vois son corps étendu sur le parquet poussiéreux de l'atelier, les yeux ouverts et vides, ses mains calleuses enfin immobiles. Je l'imagine renversé par une voiture, foudroyé par une crise cardiaque, emporté par une maladie silencieuse qu'il aurait cachée par pudeur ou par orgueil. Je l'imagine enfui à l'autre bout du monde, dans un pays dont je ne parle pas la langue — le Japon, peut-être, ou la Nouvelle-Zélande — à chercher des essences de bois inconnues, loin des souvenirs, loin de moi. Je l'imagine dans les bras d'une autre femme, une violoniste aux doigts fins et à l'oreille parfaite, une artiste qui comprend son art mieux que je ne le pourrai jamais, qui ne crie pas trop fort même quand elle se tait.Je l'imagine malade, seul, abandonné. Et cette image est la pire de toutes.Je cherche mon téléphone, fouillant frénétiquement mon sac à main. Mon portefeuille, mes clés, un tube de baume à lèvres, un vieux ticket de métro — tout y passe. Je le trouve enfin au
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