Il me fait face, sa main saisit un carré de tissu noir, long, soyeux, qu'il sort de la poche intérieure de sa veste. Il le plie en bandeau avec des gestes lents, méticuleux, comme s'il accomplissait un rituel sacré. — Ce soir, tu ne vois rien. Tu n'entends rien que ma voix, si je choisis de parler. Tu ne sens rien que ce que je décide de te faire sentir. Tu n'es plus qu'un corps dans le noir, un réceptacle de sensations, une conscience flottante privée de tous ses repères. Le bandeau couvre mes yeux, et le monde bascule dans l'obscurité totale. Pas une lueur, pas une ombre, pas une nuance de gris. Un noir absolu, oppressant, qui décuple immédiatement mes autres sens. J'entends le froissement de ses vêtements, le bruit de sa respiration, le craquement infime des bougies. Je sens l'odeur de la cire chaude, du cuir, de son parfum boisé mêlé à la pierre humide. Puis sa main saisit autre chose. Un o
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