Vittoria La chambre est plongée dans la pénombre. Une seule lampe allumée, celle du bureau, tamisée. Par la fenêtre entrouverte, j'entends le Danube — non, je ne l'entends pas vraiment, je l'imagine, parce qu'on ne peut pas entendre un fleuve d'aussi loin — mais je l'imagine, ce qui revient au même. Vienne bruisse en dessous de nous, une rumeur de tramways lointains, de klaxons rares, de la ville qui se couche. Leonardo referme la porte. Il tourne la clé. Ce petit geste, cette précaution absurde dans un hôtel de luxe, me fait sourire. Il vient toujours de tourner les clés comme si nous étions poursuivis. Ce sont ses vieux réflexes de procureur, ces manies qui ne partiront jamais. Je pose mon sac sur la commode. J'enlève mes talons — un soulagement immédiat, la sensation du parquet frais sous mes pieds. Je vais à la fenêtre. Je l'ouvre plus grand. L'air de la nuit entre dans la chambre, humide, un peu froid, avec ce parfum
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