Chapitre 115NoamL'idée germa dans mon esprit un matin de mai, alors que le soleil entrait à flots par les fenêtres du bureau et que je regardais Élina travailler, penchée sur ses notes, les traits tirés par des semaines de conférences et de publications, les doigts tachés d'encre, les yeux cernés de mauve. Les années avaient passé, et même si elle rayonnait toujours de cette flamme intérieure qui m'avait conquis, je voyais poindre une fatigue qu'elle ne voulait pas admettre, une lassitude qu'elle repoussait à force de café et de détermination. Ses épaules s'affaissaient légèrement quand elle croyait que je ne la regardais pas, et ses nuits étaient peuplées de rêves agités, de sursauts, de réveils en sueur. Elle ne se plaignait jamais, elle ne demandait jamais de repos, elle continuait d'avancer, inlassable, comme elle l'avait toujours fait, mais moi, je voyais. Je voyais les petites fissures dans son armure, les silences plus longs, les sourires plus rares.Livia avait huit ans, l'â
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