Chapitre 196ArianeJe le regarde droit dans les yeux, et je sens en moi une force calme, presque froide, qui me surprend moi-même. Il est là, face à moi, pâle, défait, les épaules affaissées, et je vois qu'il voudrait disparaître, qu'il voudrait que le sol s'ouvre sous ses pieds, qu'il voudrait que je me taise, que je le laisse partir avec ses excuses dérisoires et sa honte toute neuve. Mais je ne me tairai pas. Pas cette fois. J'ai passé trop d'années à me taire, à sourire pour ne pas déranger, à m'effacer pour ne pas peser, et je ne lui dois plus ce silence-là, je ne lui dois plus rien, d'ailleurs, ni mes larmes, ni ma colère, ni ma pitié. Je me tiens droite, les épaules légèrement en arrière, les mains croisées devant moi, et je laisse les mots monter, simples, nus, terribles.— J'étais seule, Gabriel. Seule à l'hôpital. Seule pendant les traitements. Seule tous les jours de notre mariage.Je prononce ces phrases d'une voix qui ne tremble pas, une voix égale, posée, qui me semble
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