Chapitre 208GabrielJ'ai quitté les Morel, et je ne le regrette pas. Ce n'est pas un acte de bravoure, ni une vengeance, ni même un sacrifice. C'est une libération, lente, douloureuse, mais nécessaire, comme si je venais de retirer un vêtement trop serré que je portais depuis l'enfance sans jamais oser l'enlever. La maison de famille, les bureaux, les dîners, les alliances, tout cela est derrière moi, et je me tiens, pour la première fois, dans un espace qui n'appartient qu'à moi, un petit appartement clair, modeste, silencieux, où je peux respirer sans craindre le jugement d'une mère, la lâcheté d'un père, ou le poids d'un nom que je n'ai jamais vraiment mérité. Je me suis installé ici sans regret, avec quelques affaires, quelques livres, et cette solitude que j'ai choisie, et non plus subie.Je pense à Ariane, bien sûr, tout le temps. Le matin, quand j'ouvre les yeux, c'est son visage qui apparaît derrière mes paupières closes. Le soir, quand la nuit tombe, c'est sa voix qui résonn
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