Elle recula, regarda ce qu’elle avait fait, et sentit un truc se détendre à l’intérieur. Comme si la douleur, en passant de son cœur à la toile, avait perdu un peu de sa puissance. Elle n’était plus prisonnière. Elle l’avait foutue dehors, exposée sur ce châssis, offerte à la lumière. Elle pouvait la regarder, la mesurer, la comprendre. Et peut-être, un jour, l’apprivoiser.Elle posa le pinceau, s’essuya les mains sur un chiffon, sortit sans se retourner.Le lendemain, elle revint. La toile noire était contre le mur, trace de la bataille de la veille. Elle la regarda, puis elle prit une nouvelle toile vierge, la posa sur le chevalet.Cette fois, elle ne prit pas le noir. Elle prit le rouge.Un rouge profond, presque pourpre, qu’elle étala en larges bandes. Puis un rouge plus vif, plus brillant, par touches légères. Les couleurs se mélangeaient, se superposaient, se répondaient. Elle peignait toujours sans réfléchir, mais sa main était moins brutale. Elle cherchait quelque chose. Elle
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