تسجيل الدخول90 joursPOV : Ayana — Hôtel Azalaï, 20h00Le promoteur Koné avait organisé ce gala pour une raison précise : montrer à tous les investisseurs, aux journalistes et aux curieux l'état d'avancement du complexe hôtelier. Pas un achèvement, la tour de quarante-deux étages sortait à peine de terre, les grues tournaient encore le jour, mais une étape cruciale. La structure du centre de conférences était terminée, la galerie commerciale prenait forme, et les premiers plans de la façade vitrée étaient exposés dans le hall.Ce soir, il ne s'agissait pas de célébrer une victoire finale. Il s'agissait de montrer l'évolution du travail, la compétence de l'architecte, et de rassurer ceux qui avaient misé des millions sur ce projet. Et pour cela, Koné avait mis les petits plats dans les grands : nappes blanches, champagne, musique douce, et une immense maquette du complexe trônant au centre de la salle, entourée de panneaux explicatifs.Je me tenais près de cette maquette, un
110 joursPOV : Mathias — Résidence Akinlabi, 06h30Le jour se levait à peine quand je garai la voiture devant chez elle. J'avais préparé un sac avec de l'eau, des fruits, des sandwichs, une couverture, rien de sophistiqué, juste de quoi tenir une journée de route. La veille au soir, elle m'avait dit « j'ai envie de voir d'autres endroits avec toi », et ces mots-là, je les portais en moi comme sur porte un trésor fragile. Quelqu'un a choisi qui pouvait se briser au moindre geste brusque, mais qui brillait assez fort pour éclairer tout le reste.Elle descendit les escaliers en jean et paniers, un foulard noué dans les cheveux, un petit sac à dos sur l'épaule. Elle avait l'air reposé, le regard plus clair que les jours précédents, et quand elle me vit appuyé contre la portière, elle sourit. Un vrai sourire, qui plissa ses yeux et creusa une fossette sur sa joue gauche.— Tu es matinal.— J'avais peur d'être en retard.— En retard pour quoi ? On n'a nulle part où
119 joursPOV : Ayana — Chantier du complexe hôtelier, 10h00Le chantier vibrait sous le soleil, et c'était la première fois depuis des jours que je sentais autre chose que le vide. L'odeur du béton frais et de la poussière m'a frappée dès que je suis descendue de voiture. Une odeur âcre, vivante. Mon chantier. Il avait continué sans moi.Les grues tournaient dans le ciel blanc. Les ouvriers s'affairaient sur les coffrages du septième étage. La structure se dressait, massive, exactement comme je l'avais dessinée. Le chef de chantier m'a aperçue et s'est approché, un sourire large.— Madame Akinlabi ! On a reçu les poutrelles hier. Conformes. On attaque la façade vitrée la semaine prochaine, avec une semaine d'avance.— Une semaine d'avance ? Comment c'est possible ?— Votre mari vient tous les jours. Il connaît le dossier aussi bien que moi.Je me suis tournée vers Mathias. Il se tenait à l'écart, les bras croisés, les yeux levés vers le bâtiment. Il ne me rega
120 joursPOV : Ayana — Appartement de Zongo, 09h00Le soleil entrait par la fenêtre ouverte, et pour la première fois depuis des jours, je le remarquai. Les oiseaux chantaient dans le manguier de la cour, la rue s'animait doucement, et le monde continuait de tourner malgré tout. Je m'étais levée avant que Mathias n'arrive, j'avais pris une douche, noué un foulard autour de mes cheveux, préparé du café. Rien d'extraordinaire, mais c'était déjà énorme.Il frappa à la porte à neuf heures précises, comme chaque matin depuis près d'une semaine. Je lui ouvris avant qu'il n'ait à insister.— Tu es debout, dit-il, surpris.— J'ai dormi un peu.— C'est bien. Très bien.Il portait une chemise légère, les manches déjà retroussées, et son sourire était discret mais présent. Il tenait un sac de viennoiseries qu'il posa sur la table, et nous prîmes le petit-déjeuner ensemble, face à face, dans le silence paisible de ceux qui n'ont plus besoin de meubler chaque seconde.— Ce soir, dit-il
122 joursPOV : Ayana — Appartement de Zongo, 08h00Quatre jours s'étaient écoulés depuis que Mathias revenait chaque matin, forcé ma porte, sans réponse.Le téléphone vibra sur la table basse, et je ne répondis pas.Il vibra une deuxième fois, puis une troisième, et chaque vibration me traversait comme une décharge électrique. Je restai recroquevillée sur le canapé, les genoux remontés contre la poitrine, les yeux fixés sur le mur blanc. Je n'avais pas mangé depuis la veille. Je n'avais pas dormi non plus, pas vraiment, juste des fragments de sommeil entrecoupés de cauchemars où je voyais le visage d'Adrien me regarder sans me reconnaître.Les messages s'accumulaient. Mathias. « Tu veux que je passe ? » « Ayana, réponds-moi. » « Je m'inquiète. » Je les lus sans y répondre, les doigts paralysés au-dessus de l'écran. Je n'avais pas la force de parler. Je n'avais la force de rien. Le monde s'était réduit à ce canapé, à ce mur blanc, à cette douleur sourde qui pulsait dans ma poitrin
126 joursPOV : Ayana — Appartement de Zongo, 07h00Je n'avais pas dormi.Le canapé était devenu un refuge inconfortable, les coussins trop mous, la couverture trop fine. Je m'étais relevée trois fois dans la nuit pour boire de l'eau, marcher jusqu'à la fenêtre, regarder la rue vide, puis retourner m'allonger sans trouver le sommeil. Chaque fois que je fermais les yeux, je revoyais le visage d'Adrien derrière cette porte, ses yeux gris qui me regardaient sans me reconnaître, sa voix calme qui disait « vous devez me confondre avec quelqu'un ». Et la femme à côté de lui, sa main sur son épaule, cette intimité qui m'avait transpercée comme une lame.Au matin, je me traînai jusqu'à la cuisine, préparai du café sans y penser, et m'assis à la table avec la tasse fumante entre les mains. La lumière du jour naissant entrait par la fenêtre, grise et pâle, et je la regardais sans la voir.Il fallait que je comprenne. Sophie m'avait dit qu'Adrien était à Montréal. L'homme que j'avais vu h
142 joursPOV : Mathias — Chantier du complexe hôtelier, 07h30Le jour se levait à peine sur la lagune, et le chantier bourdonnait déjà. Je m'étais garé à l'écart, près des baraquements, pour observer sans déranger. Les fondations étaient terminées depuis la semaine précédente, trente
160 joursPOV : Mathias — Route de Kota, 06h30Je passai la prendre avant l'aube. Elle m'attendait sur le trottoir, un sac à dos léger, des chaussures de marche, les cheveux protégés par un foulard noué serré. Elle avait préparé du café dans une thermos et m'en tendit u
POV : Mathias — Appartement d'Ayana, 16h00Je m'étais garé devant l'immeuble de Zongo sans lui envoyer de message. La proposition que j'avais à lui faire ne tenait pas dans un texto. Il fallait qu'elle me voie, qu'elle lise sur mon visage que ce n'était pas une stratégie, pas un dîner imposé par le
164 joursPOV : Mathias — Siège du projet Koné, 08h00La salle de réunion était un capharnaüm ordonné. Des plans étalés sur trois tables, des échantillons de matériaux empilés contre les murs, des tasses de café froid oubliées un peu partout. L'équipe était arrivée à sept heures,







