Se connecterSa voix est grave, chargée d'émotion. Je tourne la tête vers lui, et je vois qu'il regarde la cour, le préau, le vieux marronnier au centre, avec une intensité presque douloureuse. Le marronnier est encore là, plus vieux, plus tordu, mais toujours debout. Ses branches sont couvertes de bourgeons, et bientôt, il portera des fruits, ces bogues piquantes que nous ramassions enfants pour les lancer contre les murs. Lui qui parle si peu de son enfance, lui qui a enfoui ses souvenirs sous des couches de violence et de pouvoir, il est là, vulnérable, confronté au fantôme du petit garçon qu'il a été. Je vois ses yeux verts parcourir chaque détail, chaque pierre, chaque fenêtre. Je vois sa pomme d'Adam qui monte et descend quand il déglutit. Je vois ses doigts qui serrent un peu plus fort ma main. L'orphelinat a changé, et pourtant il est resté le même. Les murs sont toujours gris, mais ils ont été rafraîchis d'une couche de peinture. Les dortoir
Et c'est la vérité. La seule vérité qui compte. Elle pourrait me parler de mécanique pendant des heures, m'expliquer le fonctionnement d'un carburateur ou d'un arbre à cames, et je ne m'ennuierais pas une seconde. Parce que ce qui compte, ce n'est pas ce qu'elle dit. C'est elle. Sa voix, ses yeux, ses mains qui s'animent quand elle parle de sa passion. Cette flamme qui brille en elle, cette flamme que j'ai failli éteindre en l'enfermant dans une cage dorée, et que j'ai laissée renaître en lui rendant sa liberté.— Tu es vraiment sûr de ne rien regretter ? insiste-t-elle, ses yeux plissés par l'inquiétude. L'empire, le pouvoir, l'adrénaline... tout ça va te manquer, non ?— Rien. Je ne regrette rien.Je pose mes mains sur ses épaules, je plonge mes yeux dans les siens. Elle est si petite à côté de moi, si fragile en apparence, et pourtant si forte. La femme la plus forte que j'aie jamais rencontrée. Celle qui a survécu à la rue, à l'orphelinat, à
JamesJ'ai vendu Sullivan Tech. Pas à un concurrent, pas à un fonds d'investissement, pas à un requin de la finance qui aurait dépecé l'entreprise pour en revendre les morceaux. À George. Mon fidèle George, mon bras droit, mon frère d'armes. Celui qui m'a sauvé la vie plus de fois que je ne peux compter, qui a protégé Ellie quand je ne pouvais pas le faire, qui a découvert la trahison d'Arthur avant qu'il ne soit trop tard.La signature a lieu dans mon bureau de la villa, un matin de septembre. La lumière dorée de l'été finissant entre à flots par les baies vitrées, projetant des reflets chauds sur les lambris de bois sombre, allumant des incendies dans les cristaux du lustre, caressant les dos de cuir des livres alignés sur les étagères. L'air sent le café fraîchement moulu et le parfum de la lavande qui monte du jardin. Dehors, le lac scintille sous le soleil matinal, et on entend au loin le rire de Thomas qui joue dans les jardins avec Fergus.
Nous avons survécu à l'enlèvement, aux mensonges, aux secrets, aux trahisons. Nous avons survécu à Arthur, ce cousin qu'il aimait comme un frère et qui a tenté de nous détruire. Nous avons survécu aux Kensington, cette famille rivale qui voulait ma mort pour affaiblir James. Nous avons survécu à cette vie de violence et de sang qui a failli nous engloutir, qui a failli nous séparer, qui a failli nous briser. Et nous sommes encore là, unis, amoureux, vivants.Je repense à ce que j'ai ressenti en ouvrant ce dossier, il y a des mois. C'était en novembre, un après-midi gris et pluvieux, et j'étais entrée dans son bureau pour chercher un livre. Je revois le dossier noir qui dépassait du tiroir, comme une langue de serpent. Je revois les mots — "Opération de représailles : neutralisation des cinq ravisseurs de Mlle Collins. Statut : tous neutralisés. Aucun survivant." Je revois la nausée qui m'a saisie, le vertige, l'impression que le sol se dérobait sous mes pieds.
EllieLes mois ont passé. L'hiver a cédé la place au printemps, le printemps à l'été, et la villa Elysium s'est parée de ses plus beaux atours. Les glycines ont refleuri, leurs grappes mauves embaumant l'air de leur parfum sucré. Les roses de Fergus ont explosé en une symphonie de couleurs, des roses pourpres, des roses orangées, des roses d'un blanc si pur qu'elles semblent luire dans la pénombre du soir. Les cygnes ont eu des petits, des poussins gris et maladroits qui glissent sur le lac derrière leurs parents majestueux, leurs cous graciles dessinant des courbes parfaites sur l'eau miroitante.La villa n'est plus une prison, mais un foyer. Les grilles ne m'oppressent plus, les gardes ne m'intimident plus, les caméras ne me surveillent plus , elles me protègent. J'ai mis du temps à faire la différence, mais je l'ai faite. Une différence qui ne tient pas à un mot, à une définition, mais à une sensation, à une certitude intérieure. Je ne suis plus la ca
EllieLes semaines passent, et peu à peu, je m'adapte à cette nouvelle vie. La villa Elysium est devenue moins étrangère, moins intimidante, moins écrasante. J'ai apprivoisé les domestiques, appris le nom des gardes, exploré les jardins et les bois environnants. J'ai découvert des recoins secrets que même James ne connaissait pas , un kiosque abandonné au bord du lac, une grotte artificielle tapissée de fougères, un vieux pont de pierre couvert de mousse qui enjambe un ruisseau.Hawthorne, le majordome, s'est révélé être un homme chaleureux sous sa carapace de raideur militaire. Il connaît l'histoire de la villa sur le bout des doigts , chaque tableau, chaque meuble, chaque arbre du parc et il me raconte des anecdotes avec une passion discrète qui me touche. Les cuisinières, madame Briggs et sa fille Emily, m'ont adoptée comme leur propre fille et me préparent des petits plats réconfortants quand je passe à l'office. Les jardiniers me saluent avec de grands sourires quand je me promèn
Les questions fusent, mitraille, sans lui laisser le temps de répondre. Je vois sa pomme d'Adam monter et descendre. Il jette un coup d'œil par-dessus son épaule, vers la rue principale, comme s'il cherchait une issue, comme s'il était pris au piège, comme si c'était lui la victime et moi l
Ellie Le lundi matin, le retour à la réalité est brutal. Pas de limousine, pas de soie, pas de champagne. Juste mon vieux jean troué aux genoux, mon t-shirt informe, mes bottes de travail, et l'odeur du café soluble qui emplit ma petite cuisine pendant que je me prépare pour le garage. La routine
Mon cou est constellé de suçons. Des taches rouges, violacées, certaines déjà en train de virer au bleu. Il y en a un, énorme, juste sous mon oreille gauche, là où il a mordu quand je lui ai dit que je l'aimais. Un autre sur ma clavicule droite, plus discret, comme une signature. Et d'autres encor
Il se lève, me tend la main, et je la saisis. Il me hisse sur mes pieds, et je vacille un peu, mes jambes encore flageolantes, mon corps encore vibrant de ce qui s'est passé. Il me retient, une main sur ma hanche, l'autre dans le creux de mon dos, et il dépose un baiser sur mon front, lent, tendre,







