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Chapitre 22

Author: lerougeecrit
last update publish date: 2026-05-29 23:00:16

Vincenzo

La pénombre de la chambre principale conservait la chaleur de notre nuit, une opacité dense, presque palpable, parfumée de l'odeur musquée de nos corps et de la soie des draps froissés. Le jour se levait à peine sur la baie de Naples, teintant les bords des lourdes tentures de velours d'un bleu d'encre encore indécis, une traînée violacée qui venait mordre le marbre de la terras

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  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 22

    VincenzoLa pénombre de la chambre principale conservait la chaleur de notre nuit, une opacité dense, presque palpable, parfumée de l'odeur musquée de nos corps et de la soie des draps froissés. Le jour se levait à peine sur la baie de Naples, teintant les bords des lourdes tentures de velours d'un bleu d'encre encore indécis, une traînée violacée qui venait mordre le marbre de la terrasse. C’était cette heure suspendue où la ville appartenait aux spectres, aux amants et aux monstres de mon espèce. Cette heure où la réalité ne s'était pas encore tout à fait extirpée des limbes du sommeil.Je ne bougeais pas. Assis sur le rebord du matelas immense, j'avais déjà passé ma chemise noire, dont quelques boutons restaient ouverts sur mon torse, mais mon esprit n&rsquo

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 21

    MatteoLa sueur me collait la chemise au dos, une traînée de sel et d'angoisse qui descendait le long de ma colonne vertébrale dans l'atmosphère confinée et surchauffée de la camionnette de surveillance. Nous étions garés deux rues derrière l’Hôtel della Spigola, moteurs éteints, feux coupés, fondus dans la crasse anonyme d'une impasse qui puait la marée basse et le gazole. Ce n'était pas un de ces palaces de la Riviera ou de la côte amalfitaine où Vincenzo aimait installer ses quartiers lorsqu'il lavait l'argent des De Luca dans l'immobilier de prestige ; c'était un établissement borgne, une carcasse de béton et de stuc lépreux nichée dans les ruelles grises et poisseuses du quartier des docks de Naples. Le genre d'endroit où l'on ne vient que pour deux raisons : enterrer un corps à l'abri des regards ou trahir sa propre morale pour le prix d'une nuit de vice.Le tableau de bord improvisé devant moi, calé sur des ca

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 20

    AvaL’aube napolitaine possédait une cruauté dorée que j’avais oubliée pendant mon exil dans le Nord. À travers les jalousies de marbre blanc de la salle de bains principale, la lumière filtrait, longue et acérée, découpant des rectangles de poussière lumineuse sur le sol de travertin. C’était une clarté sans concession, presque biblique, qui venait lécher les angles des moulures baroques et l’éclat froid des robinetteries de cuivre.Cela faisait trois jours. Trois jours que les roues du jet privé avaient mordu le tarmac de Capodichino dans un sifflement de pneus brûlants. Trois jours que les lourdes grilles de fer forgé du manoir De Luca. Elles m’isolaient désormais du froid scandinave, des fjords embrumés et de la folie paranoïaque, désespérée, de Michaël. Trois jours que j'étais revenue dans la cage dorée de mon prédateur, mon époux, mon Roi. Ce lieu que j'avais fui, que j'avais maudit, et qui pourtant s'imposait à mon corps comme le seul ancrage possible.Mais ce matin, le manoir

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 19

    VincenzoLe salon de lecture du Grand Hôtel n’était plus qu’une boîte de verre et de bois précieux où le temps s’était cristallisé. L’air, saturé d’une odeur de vieux grimoires, de cire d’abeille et de ce froid suédois qui s’insinuait par les jointures, vibrait d’une électricité statique si dense qu’elle me brûlait les poumons à chaque inspiration. Le silence était total, de ce genre de silence qui précède les séismes ou les exécutions, là où l’on peut entendre le sang battre contre ses propres tempes comme un tambour de guerre.Je fixais Ava.Mon regard, d’ordinaire si prompt à analyser les angles de tir, les trajectoires et les menaces tactiques, était devenu un prédateur affamé, dévorant chaque centimètre de sa silhouette. Je cherchais sur son visage de nacre la moindre trace de flétrissure, le moindre éclat de cette peur que Michaël lui avait imposée. Elle était là, à trois mètres de moi, si proche que je pouvais presque percevoir le rythme erratique de son pouls à la base de son c

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 18

    AvaLe silence de la suite impériale du Grand Hôtel de Stockholm n'était pas un apaisement, c'était une sentence. Un vide pressurisé où chaque bruit — le froissement d'une chemise qu'on plie, le cliquetis d'une boucle de ceinture, le bourdonnement lointain des ferries sur la Baltique — résonnait comme un coup de tonnerre dans mon crâne. L'air lui-même semblait s'être raréfié, chargé d'une électricité statique qui faisait dresser les poils sur mes bras.Je me tenais près de la fenêtre, le regard perdu sur les eaux froides et argentées de l'archipel, mais je ne voyais rien. Mes yeux étaient fixés sur le reflet de Michaël dans la vitre. Il était devenu l'ombre de lui-même, une version distordue et paranoïaque de l'homme que j'avais jadis cru pouvoir aimer. Il s'agitait autour de nos valises avec une frénésie de bête acculée. D'une main, il fourrait nos affaires de voyage dans les bagages en cuir avec une brutalité qui m'arrachait un tressaillement à chaque geste ; de l'autre, il pressait

  • Aime-Moi (Tome 3)   Chapitre 17

    VincenzoParis me donnait la nausée. Cette ville de lumières, de boulevards haussmanniens et de politesse feutrée n'était pour moi qu'un labyrinthe de béton froid, un tombeau à ciel ouvert où l'odeur de la pluie automnale masquait celle de ma proie. J'étais enfermé dans la suite royale du Plaza Athénée, un sanctuaire profané qui exhalait encore l'odeur d'Ava — ce parfum de gardénia, de musc léger et d'innocence perdue qui me griffait la gorge à chaque inspiration. Chaque seconde passée dans ce luxe stérile était une insulte à ma rage, une torture lente qui me rappelait que l'homme le plus puissant de Naples avait laissé sa reine se faire enlever sous son propre toit parisien.Je fixais l'écran de mon ordinateur portable, les yeux brûlés par le manque de sommeil et la lumière bleue qui transformait mon visage en un masque spectral. La vidéo de surveillance de la place Vendôme tournait en boucle, une litanie d'images granuleuses qui tourmentaient mon esprit jusqu'à la démence. J'avais f

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