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Le present

Auteur: Dija831
last update Date de publication: 2026-04-05 01:21:57

Les quatre années qui suivirent furent pour Silvano une étude obsessionnelle de la patience. Il ne se contenta pas de financer l'orphelinat ; il devint l'architecte invisible de la vie d'Elena. Chaque livre qu'elle lisait, chaque vêtement qu'elle recevait, chaque opportunité qui s'offrait à elle était un fil de la toile qu'il tissait autour d'elle.

À vingt-deux ans, Elena n'était plus la jeune fille mélancolique de la bibliothèque. Elle était devenue une femme d'une beauté dévastatrice, mais surtout, elle s'était forgé une armure de glace. L'adversité et la solitude l'avaient rendue tranchante. Elle était insolente, défiant l'autorité avec un mépris souverain, consciente de l'effet que son regard de braise produisait sur les hommes.

Elle ignorait que, dans l'ombre d'une berline aux vitres teintées ou derrière le reflet d'une terrasse de café, un homme observait chacune de ses colères.

POV : Silvano Moretti

Je la regarde marcher sur le trottoir, la tête haute, ignorant les regards concupiscents des passants qu'elle balaie d'un simple froncement de sourcils. Elle a ce que les Italiens appellent la superbia. Une arrogance magnifique qui me fait bouillir le sang.

Le rapport sur mon bureau est formel : elle a envoyé promener son dernier employeur en lui jetant son tablier au visage parce qu'il avait osé lui effleurer la main. Elle préfère la faim à la soumission.

C’est bien, ma lionne. Garde tes griffes. J’en aurais besoin.

Je sais tout d'elle. Je sais qu'elle déteste le thé trop sucré, qu'elle marche des heures quand elle est en colère, et qu'elle porte toujours cette petite médaille d'argent

celle de son père, cet homme que j'ai effacé de la surface de la terre. Si elle savait que le bienfaiteur anonyme qui a payé ses études de droit est celui-là même qui a laissé son père dans une mare de sang, elle essaierait probablement de m'égorger.

Cette pensée me procure un plaisir presque douloureux.

— Monsieur ? interrompt mon chauffeur. On nous attend au conseil.

— Attends, je réponds sans quitter Elena des yeux.

Elle vient de s'arrêter devant une vitrine. Elle s'observe, ajuste une mèche de ses cheveux sombres avec une moue de dédain pour son propre reflet. Elle est trop belle pour cette rue. Trop pure pour ce monde, et pourtant déjà si corrompue par la haine qu'elle porte en elle.

Elle a vingt-deux ans. Elle est à l'apogée de sa superbe et de son insolence. Marco, lui, sombre chaque jour un peu plus dans une débauche violente et incontrôlable. Le clan gronde. On murmure que l'héritier n'est qu'un chien enragé.

Il est temps.

Je vais lui donner ce qu'il veut : une épouse pour le calmer, une alliance pour stabiliser les clans rivaux qui s'agitent. Je vais lui jeter Elena en pâture.

Mais Marco est stupide. Il ne verra que la surface. Il ne comprendra pas que ce mariage n'est pas un cadeau que je lui fais, mais un transfert de propriété. En la faisant entrer chez moi, en la liant à mon nom par le biais de mon fils, je la place enfin sous mon toit. Dans mon champ de vision permanent.

Elle croit être libre. Elle croit que son insolence est un bouclier. Elle n'a aucune idée que chaque pas qu'elle a fait depuis quatre ans l'amenait directement vers ma chambre.

— Démarre, ordonné-je froidement. Préparez les documents pour l'accord avec les familles alliées. On annonce les fiançailles de mon fils la semaine prochaine.

Je referme le dossier sur son visage. Le piège est en place. Elle va me détester. Elle va crier, elle va se battre, elle va m'insulter de sa voix délicieusement rauque.

Et je vais adorer chaque seconde de sa résistance.

Le destin, ou plutôt la patience calculée de Silvano, finit par provoquer cette collision. Dans un supermarché chic du centre-ville, loin de la crasse de l’orphelinat, Elena remplit un panier de quelques articles essentiels. Elle a ce port de tête altier qui défie quiconque de s'approcher, une armure invisible forgée par des années de mépris.

Elle ne l'a pas vu arriver. Elle a seulement senti une présence, un changement de pression dans l'air, une odeur de tabac cher et de cuir qui a réveillé un souvenir enfoui au plus profond de sa mémoire.

POV : Elena

Je cherchais une bouteille de vin bon marché quand j’ai percuté ce mur de costume sombre. Le choc a été sec. Mon panier a failli m'échapper des mains.

— Attention, ai-je lâché, l'insolence au bord des lèvres avant même de relever les yeux.

L'homme en face de moi ne s'est pas excusé. Il est resté immobile, une statue de glace au milieu de l'allée. Quand j'ai enfin ancré mon regard dans le sien, un frisson glacial a parcouru ma colonne vertébrale. Ce visage... Je l'avais déjà vu. Quelque part, dans un rêve ou un cauchemar, cette mâchoire carrée et ces yeux gris d'orage m'étaient familiers.

Mais il me regardait comme si j'étais un insecte gênant sa progression. Sa froideur était une insulte.

— Vous barrez le passage, a-t-il dit d'une voix si basse et si tranchante qu'elle aurait pu couper le verre.

L'arrogance de ce type m'a coupé le souffle. Il ne s'excusait pas ? Il me donnait des ordres ?

— Le passage est assez large pour un paquebot, monsieur, ai-je rétorqué en ancrant mes talons au sol, refusant de reculer d'un pouce. À moins que votre ego ne prenne toute la place dans ce rayon ?

Un éclair a traversé ses pupilles. Oh, il n'aimait pas qu'on lui réponde. Parfait.

POV : Silvano

La voir de près est un supplice que je m'inflige avec délice. Elle est plus belle encore que dans mes rapports. Ses yeux brillent d'une fureur pure, une insolence que personne n'oserait me montrer en face.

Je feins l'indifférence. Je joue le rôle de l'inconnu méprisant, celui qui n'a que faire d'une gamine impolie dans un supermarché. C’est un test. Je veux voir jusqu’où va son venin.

— Votre insolence n'égale que votre maladresse, ai-je répondu, ma voix dénuée de toute émotion. Écartez-vous.

Elle a eu un rire court, sec, d'un mépris magnifique. Elle a fait un pas vers moi, réduisant l'espace de sécurité, défiant mon autorité naturelle. Elle est si proche que je pourrais compter ses cils. Son odeur de fleurs sauvages m'envahit, brisant presque mon masque de marbre.

— Ou quoi ? a-t-elle défié, le menton levé. Vous allez appeler la sécurité parce qu'une femme ne baisse pas les yeux devant vous ? Vous devriez sortir plus souvent de votre tour d'ivoire, l'ancêtre. Le monde ne vous appartient pas.

Si tu savais, petite idiote... Le monde m'appartient, et toi avec.

Je l'ai jaugée une dernière fois, laissant un silence pesant s'installer, une tension électrique qui aurait pu faire griller les néons au-dessus de nous. J'ai esquissé un mouvement de tête, un signe de dédain suprême, avant de la contourner sans un mot de plus.

Je n'ai pas regardé en arrière. Je savais qu'elle me fixait, bouillante de rage.

En montant dans ma voiture, mes mains tremblaient légèrement sur le volant. Ce n'était pas de la peur. C'était de l'anticipation. Elle est sauvage. Elle est indomptable. Elle va détester chaque seconde de ce mariage avec Marco.

Et c’est précisément ce qui me rendra la tâche si plaisante lorsqu'il sera temps de la briser... ou de la conquérir.

— Préparez le contrat pour le père adoptif de la fille, ai-je dit à mon assistant par téléphone. On lance l'invitation pour le dîner de présentation demain soir. Elle n'aura nulle part où fuir.

Le jeu venait de commencer. Et Elena venait de commettre l'erreur de croire qu'elle pouvait gagner contre un homme qui avait déjà tout prévu, dix ans avant qu'elle ne sache son nom.

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