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L'enfer du quotidien

Auteur: Heart flower
last update Dernière mise à jour: 2026-01-04 23:55:05

Les deux semaines qui suivirent furent un compte à rebours vers l'inévitable. Chaque jour me rapprochait du moment où Gabriel franchirait le seuil de notre appartement, non plus comme un invité, mais comme le compagnon de ma mère. Comme l'homme qui partagerait sa vie, son lit, son quotidien.

À l'université, j'évitais ses cours autant que possible, envoyant des excuses par email, prétextant des migraines, des rendez-vous médicaux. Mais je ne pouvais pas fuir éternellement. La Sorbonne n'était pas assez grande pour nous permettre de nous éviter complètement.

Ce fut lors d'un mardi pluvieux que nos chemins se recroisèrent inévitablement. J'étais à la bibliothèque, cherchant refuge entre les rayonnages poussiéreux de livres anciens, quand je le sentis avant même de le voir.

— Vous ne pouvez pas continuer ainsi, Élise.

Sa voix, basse, venue de l'autre côté de l'étagère. Je serrai le livre que je tenais contre ma poitrine.

— Je ne vois pas de quoi vous parlez, professeur.

— Vous avez manqué quatre de mes cours. Vos notes en souffrent. Les autres professeurs s'inquiètent.

— Je rattraperai.

— Ce n'est pas ce qui m'inquiète.

Le silence s'étira. Quelqu'un passa près de nous, nous obligeant à feindre l'indifférence. Quand les pas s'éloignèrent, il contourna l'étagère. Nous nous retrouvâmes face à face dans l'allée déserte.

Il avait l'air fatigué. Des cernes sombres ombraient ses yeux, et quelque chose dans sa posture trahissait une tension inhabituelle.

— Catherine s'inquiète aussi, dit-il doucement. Elle pense que vous lui en voulez. Que vous n'acceptez pas notre relation.

— Et vous, qu'en pensez-vous ?

— Je pense que la situation est... complexe.

Un rire amer m'échappa.

— Complexe. Quel euphémisme élégant.

— Élise...

— Non. Ne me regardez pas comme ça. Ne me parlez pas avec cette voix. Vous n'en avez pas le droit.

— Je sais.

Ces deux mots, chargés de tant de culpabilité, faillirent briser ma résolution. Je détournai les yeux.

— Dans trois jours, vous emménagez chez nous. Vous deviendrez officiellement le compagnon de ma mère. Mon beau-père. Et je continuerai à être votre étudiante. Dites-moi comment nous sommes censés faire comme si de rien n'était ?

— En nous comportant exactement comme ce que nous sommes. Un professeur et son étudiante. Un beau-père et sa belle-fille. Rien de plus.

— Vous y croyez vraiment ?

Il détourna le regard, et son silence fut plus éloquent que n'importe quelle réponse.

— J'aime votre mère, finit-il par dire. C'est la vérité. Elle a illuminé ma vie à un moment où je pensais que plus rien ne pouvait me toucher. Elle mérite d'être heureuse.

— Et moi ? Je mérite quoi ?

La question flotta entre nous, désespérée, nue dans sa vulnérabilité.

— Vous méritez un avenir brillant. Un homme de votre âge qui pourra vous aimer librement. Une vie sans complications, sans secrets déchirants. Pas... pas ça.

Il fit un geste vague entre nous, comme pour désigner l'impossible, l'interdit.

— Vous avez décidé pour moi, alors ?

— Quelqu'un doit être raisonnable.

— Raisonnable. Pendant que vous embrassez ma mère. Pendant que vous dormez dans le lit qui était celui de mon père.

Je vis la douleur traverser son visage, mais je m'en fichais. J'avais mal, moi aussi. Terriblement mal.

— Élise, je suis désolé. Si j'avais su...

— Mais vous ne saviez pas. Et maintenant, il est trop tard, n'est-ce pas ? Vous avez fait votre choix.

— Ce n'est pas un choix. C'est la seule option moralement acceptable.

— Pour qui ? Pour vous ? Pour votre conscience ?

— Pour nous tous. Pour Lucas, qui est si heureux de vous avoir retrouvée et de voir son père refaire sa vie. Pour votre mère, qui a déjà tant souffert. Pour vous, qui avez toute la vie devant vous.

— Ne me dites pas ce qui est bon pour moi.

Ma voix avait claqué plus fort que prévu. Il jeta un coup d'œil anxieux autour de nous.

— S'il vous plaît, baissez le ton. Si quelqu'un...

— Si quelqu'un quoi ? Entend que nous nous disputons ? Pense qu'il y a quelque chose entre nous ?

Je me rapprochai, le forçant à reculer contre l'étagère.

— Dites-le, professeur Deveraux. Dites-moi qu'il n'y a rien. Que ces moments après les cours, ces regards, ces conversations... que tout cela n'était que dans ma tête d'étudiante naïve.

Son dos heurta les livres. Nous étions si proches que je pouvais sentir son eau de cologne, voir les reflets dorés dans ses yeux noisette, compter les fils argentés dans ses cheveux.

— Élise, ne faites pas ça.

— Pourquoi ? Vous avez peur de quoi ? De la vérité ?

— De moi. De ce que je pourrais faire si vous continuez.

Ces mots, murmurés dans un souffle rauque, me glacèrent et m'enflammèrent simultanément. Je vis sa mâchoire se crisper, ses mains se refermer en poings le long de son corps, comme s'il se retenait physiquement de me toucher.

Pendant un instant vertigineux, je sus que si je franchissais la distance infime qui nous séparait, si je posais ma main sur son torse, si je levais mes lèvres vers les siennes, il ne me repousserait pas. Pas tout de suite, en tout cas.

Mais ce serait une trahison. Envers maman. Envers Lucas. Envers nous-mêmes.

Je reculai brusquement.

— Vous avez raison, dis-je d'une voix tremblante. Il n'y a rien entre nous. Il ne peut rien y avoir. Je serai à votre cours jeudi. Et samedi, quand vous emménagerez, je vous souhaiterai la bienvenue avec un sourire. C'est ce que vous voulez entendre ?

— Élise...

Mais je m'éloignais déjà, mes pas résonnant sur le sol de marbre de la bibliothèque, mes larmes brouillant ma vision.

✿*:・゚

Le samedi arriva avec une ponctualité cruelle. Je passai la matinée enfermée dans ma chambre tandis que maman s'agitait joyeusement dans l'appartement, préparant tout pour l'arrivée de Gabriel.

Lucas vint m'y rejoindre vers midi, deux cafés à la main.

— Tiens. Tu as une mine épouvantable.

— Merci, c'est gentil.

Il s'assit sur mon lit avec cette familiarité facile de notre enfance retrouvée.

— Tu veux me dire ce qui ne va pas ? Et ne me dis pas que c'est rien. Je te connais, Élise Moreau. Depuis qu'on s'est retrouvés, tu es... différente. Distante.

Je bus une gorgée de café pour gagner du temps.

— C'est juste... beaucoup de changements. Maman qui refait sa vie, un étranger qui s'installe chez nous...

— Gabriel n'est pas un étranger. C'est quelqu'un de bien, Élise. Je sais que c'est étrange pour toi, mais il a été un père extraordinaire pour moi. Quand mes parents sont morts, j'étais détruit. Il m'a sauvé. Littéralement.

La sincérité dans sa voix me fit mal. Lucas aimait Gabriel. Bien sûr qu'il l'aimait. Et maman aussi l'aimait.

Et moi ? Qu'est-ce que j'éprouvais exactement ?

— Je suis contente que tu l'aies eu, Lucas. Vraiment.

— Mais ?

— Mais rien. Je vais m'y faire. C'est juste que... papa me manque encore tellement.

Ce n'était pas un mensonge. Pas vraiment. Papa me manquait, même si ce n'était pas la vraie raison de mon désarroi.

Lucas me serra dans ses bras.

— Ton père aurait voulu que ta mère soit heureuse. Tu le sais, non ?

— Je sais.

La sonnette retentit. Le cœur me remonta dans la gorge.

— Les voilà ! s'exclama la voix excitée de maman depuis le salon. Élise ! Lucas ! Venez les aider !

Lucas bondit, enthousiaste. Je le suivis plus lentement, chaque pas me coûtant un effort surhumain.

Dans l'entrée, Gabriel tenait deux valises, un déménageur derrière lui avec des cartons. Son regard croisa le mien, et quelque chose passa entre nous. Une compréhension mutuelle de l'enfer dans lequel nous nous apprêtions à nous enfermer volontairement.

— Bienvenue à la maison, Gabriel, dit maman en l'embrassant tendrement.

À la maison. Les mots résonnèrent comme un glas.

— Merci, mon amour. Et merci, Élise, d'accepter cette situation. Je sais que ce n'est pas facile.

Sa voix était formelle, prudente. Celle d'un homme s'adressant à sa future belle-fille, rien de plus.

— Bienvenue, dis-je d'une voix blanche.

Les heures qui suivirent furent un ballet soigneusement chorégraphié d'évitement poli. Gabriel s'installa dans la chambre de maman, rangeant ses affaires avec l'aide de Lucas. Maman préparait un dîner de fête. Moi, je restais à l'écart, aidant quand on me le demandait, souriant quand c'était nécessaire, jouant le rôle de la belle-fille accueillante.

Ce fut au moment où Gabriel accrochait un tableau dans le couloir que notre mascarade faillit craquer. Nos mains se frôlèrent en attrapant le même outil. L'électricité qui passa entre nous fut si violente que nous reculâmes tous les deux, comme brûlés.

— Pardon, murmurai-je.

— C'est moi, répondit-il, les yeux rivés au sol.

Maman nous observait depuis la cuisine, un sourire attendri sur les lèvres.

— Je suis si heureuse de vous voir vous entendre, tous les deux. Je savais que vous vous apprécieriez.

Si seulement elle savait. Si seulement quelqu'un savait.

Le soir venu, quand Lucas et les déménageurs furent partis, quand le dîner fut terminé et que maman proposa de regarder un film tous les trois "en famille", je prétextai de la fatigue.

— Tu es sûre, ma chérie ? C'est notre première soirée tous ensemble.

— Je suis épuisée, maman. Une autre fois, promis.

Je me réfugiai dans ma chambre, mais impossible de trouver le sommeil. J'entendais leurs voix étouffées dans le salon, leurs rires, puis, plus tard, leurs pas dans le couloir.

La porte de la chambre de maman leur chambre, maintenant se referma.

Je fixai le plafond dans l'obscurité, essayant de ne pas penser à ce qui se passait de l'autre côté du mur. À Gabriel tenant ma mère dans ses bras, l'embrassant, lui faisant l'amour peut-être.

La jalousie qui me traversa fut si intense que j'en eus la nausée.

Un bruit me fit sursauter. Des pas dans le couloir. La porte de la salle de bain qui s'ouvre puis se referme. Le bruit de l'eau.

Quelques minutes plus tard, un autre son. Quelqu'un s'arrêtait devant ma porte.

Je retins mon souffle. Une ombre se dessinait sous l'interstice. Il était là, de l'autre côté, immobile.

Combien de temps resta-t-il ainsi ? Une minute ? Cinq ? Une éternité ?

Puis les pas s'éloignèrent, et j'entendis la porte de leur chambre se rouvrir et se refermer doucement.

Je pressai mon oreiller contre mon visage pour étouffer un sanglot.

Comment allais-je survivre à ça ? Comment allions-nous survivre à ça ?

L'enfer n'était pas un lieu de flammes et de soufre. C'était ça. Vivre sous le même toit que l'homme impossible. Le voir chaque jour. L'entendre. Le sentir. Sans jamais pouvoir...

Mon téléphone vibra sur ma table de nuit. Un message. D'un numéro inconnu.

"Pardonnez-moi. Pour tout. - G."

Je fixai l'écran, les larmes roulant silencieusement sur mes joues.

Pardonner quoi ? De m'avoir fait ressentir ce que je ne devais pas ressentir ? De rendre ma mère heureuse ? D'être entré dans nos vies au mauvais moment et de la mauvaise manière ?

Je ne répondis pas. Qu'aurais-je pu dire ?

Dehors, Paris dormait, inconsciente du drame qui se jouait dans un appartement du sixième arrondissement. Une histoire d'amour impossible entre quatre personnes qui voulaient toutes bien faire, et qui ne faisaient que se déchirer mutuellement.

Certains disent que l'amour conquiert tout.

Ils se trompent.

Parfois, l'amour vous condamne à un enfer quotidien dont il n'existe aucune échappatoire.

Et nous venions tout juste d'en franchir les portes.

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