تسجيل الدخولDante ne bronche pas. Il est assis, calme, ses mains posées sur la table. Je sens ses émotions : de la colère contenue, de la tristesse, mais aucune surprise. Il s'attendait à ça.
— Je n'ai rien volé, dit-il d'une voix égale. Mais je sais que c'est ce qu'on vous a dit. Je ne vous demande pas de me croire sur parole. Je vous demande de me juger sur ce que je vais faire, pas sur ce que vous pensez savoir de moi.
Je le regarde, surprise. Azazel n'admet jamais ses torts. Il est le démon, l'éternel, celui qui a toujours raison. Celui qui a vu naître et mourir des civilisations. Celui qui a corrompu des saints et élevé des monstres. Il n'admet pas. Il impose. Il domine. Il possède.— Tu avoues une erreur ? dis-je, incrédule.— J'ai eu des siècles pour réfléchir. Littéralement. Dans les Enfers, le temps ne passe pas comme ici. Chaque seconde est une éternité, et chaque éternité est une seconde. J'ai eu le temps de penser à toi. À ce que j'avais fait. À ce que j'avais perdu.Il fait un autre pas. Il est assez proche maintenant pour que je sente son odeur. Pas de soufre, pas de feu. Quelque chose de plus ancien. De la pierre mouillée. Des feuilles mortes. Le vide entre les étoiles.— Qu'est-ce que tu a
Je me lève. Il se lève aussi, me tend la main. Sa poigne est ferme, sèche, brève. Une poignée de main d'homme d'affaires. Pas d'amant. Pas de mari. D'égal à égal.— Alors bonne chance, Lilith Moretti. Que votre empire prospère. Et que votre cœur trouve la paix.— Bonne chance à vous aussi, Alexei Volkov. Vous serez un allié formidable. Et peut-être, un jour, un ami.— Peut-être. Si vous avez raison. Si on peut choisir autre chose que le pouvoir.Je sors du restaurant. Dehors, le soleil brille, froid mais lumineux. L'air est vif, chargé de sel et de promesses. La ville s'étend devant moi, grouillante de vie, pleine de dangers et d'opportunités.Dante m'attend dans la voiture. Il est au volant, les mains crispées sur le cuir. Il n'a pas bougé depuis que je suis entrée dans le restaura
Sa voix n'est pas moqueuse. Elle est pensive, presque admirative.— Oui. Par amour. Et par égoïsme, peut-être. Parce que je veux être heureuse. Vraiment heureuse. Pas puissante. Pas crainte. Pas respectée. Heureuse.Il reste silencieux un long moment. Le serveur apparaît, propose de remplir nos verres. Alexei le congédie d'un geste. Le silence s'étire, confortable presque.Puis il sourit. Un vrai sourire, cette fois. Triste, mais sincère.— Je vous envie, Lilith. Vraiment. Vous avez le courage de choisir ce qui vous rend heureuse. Moi, je ne l'ai jamais eu. Je ne sais même pas si je l'aurai un jour.— Vous pourriez. Il suffit de décider.— Non. Pas pour moi. Je suis trop... construit. Trop façonné par mon père, par ce qu'il attendait de moi, par ce que j'ai dû devenir pour survivre. Je ne sais pas qui je serais si j'arr&e
Cette nuit-là, nous ne faisons pas l'amour. Nous faisons quelque chose de plus rare. Nous parlons. Vraiment.Il me raconte ses années d'exil. Les jungles du Paraguay où il s'est caché. Les hommes qu'il a dû tuer pour survivre. Les nuits sans sommeil à penser à moi. Les lettres qu'il a écrites et jamais envoyées, des centaines de lettres, brûlées une à une pour ne pas laisser de traces.Je lui raconte mes années sans lui. La découverte du cadavre de mon père. Le pacte avec Azazel. La construction de l'empire. Les nuits où je hurlais son nom dans le vide, où je le maudissais et l'implorais tour à tour. Les matins où je me réveillais en ayant oublié qu'il était parti, et où la réalité me frappait comme un coup de poing.Nous rions parfois. De nos maladresses, de nos fiertés
Il ferme les yeux. Sa main bouge sur le drap, trouve la mienne. Ses doigts s'entrelacent aux miens avec une familiarité qui me serre le cœur. C'est un geste que nous avons fait des centaines de fois. Il est inscrit dans notre mémoire musculaire, indélébile.— Ton père m'a fait venir dans son bureau, commence-t-il. Il était tard. Très tard. Tout le manoir dormait. Même les gardes étaient moins nombreux. Il m'attendait dans le noir, assis dans son fauteuil, un verre de whisky à la main. Je me souviens de l'odeur. Le cigare. Le cuir. L'alcool. Et autre chose. La peur. Il avait peur, Lilith. Pour la première fois depuis que je le connaissais, j'ai senti qu'il avait peur.Sa main serre la mienne plus fort.— Il m'a dit qu'il savait tout. Pour nous. Pour nos projets. Il savait que je voulais t'épouser, que je voulais t'emmener loin de tout ça. Il s
Dante reste.La porte se referme sur les deux autres. Nous sommes seuls dans le bureau, séparés par quelques mètres et un océan de non-dits.— Lilith...— Ne dis rien, Dante. Pas maintenant. Tu m'as donné ton avis. C'était le plus honnête des trois. Le plus douloureux aussi.— Je suis désolé. Je ne voulais pas...— Je sais. Tu ne voulais pas m'influencer. Mais tu l'as fait. Par ton silence autant que par tes mots.Il baisse la tête.— Je suis désolé, répète-t-il.— Ne le sois pas. C'est exactement ce dont j'avais besoin.Je traverse la pièce, m'arrête devant lui. Je pose ma main sur sa joue. Sa barbe naissante pique ma paume. Sa peau est chaude. Vivante. Humaine.— Je ne sais pas encore ce que je vais décider, dis-je. Mais je sais une chose. Quo
Je devrais être en colère. Peut-être que je le serai plus tard. Pour l'instant, il n'y a qu'une lassitude immense et, en dessous, quelque chose qui ressemble à un feu qui couve. Le pouvoir en moi s'agite, réagit à mes émotions comme une bête qu'on réveille.— Laisse-moi seule, dis-je à Marco.— Lil
Le néant le dévore. Pas comme une émotion. Pas comme une absorption. Comme une annihilation pure et simple. Il se désagrège, particule par particule, cri par cri, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de lui.Les autres mangeurs, ceux q
LilithKael s'approche. Il prend sa main. Je prends l'autre.Nous formons une chaîne. Trois anomalies. Trois solitudes qui apprennent à ne plus l'être.— Ferme les yeux, dit Kael doucement. Et souviens-toi. Pas du chagrin. Pas des larmes. Souviens-toi d'avant. De quand tu ne pleurais pas encore. De
LilithC'est terrible.C'est une architecture si complexe, si finement tissée, que des générations de douleur y ont travaillé sans le savoir. Chaque larme est une pierre. Chaque sanglot est une voûte. Chaque nuit de pleurs est un pilier.Perle a construit une cathédrale avec son chagrin.Et mainten







