LOGINSa voix n'est pas moqueuse. Elle est pensive, presque admirative.
— Oui. Par amour. Et par égoïsme, peut-être. Parce que je veux être heureuse. Vraiment heureuse. Pas puissante. Pas crainte. Pas respectée. Heureuse.
Il reste silencieux un long moment. Le serveur apparaît, propose de remplir nos verres. Alexei le congédie d'un geste. Le silence s'étire, confortable presque.
Puis il sourit. Un vrai sourire, cette fois
Enzo soutient son regard. Il ne tremble pas. Il ne supplie pas. Il est fier, jusqu'au bout.— Qu'est-ce que tu vas faire, Dante ? Me tuer ?— Ce serait trop simple. Trop rapide. Tu ne mérites pas une mort propre.Dante fait un geste. Marco et ses hommes s'avancent, saisissent Enzo par les bras.— Tu vas disparaître, dit Dante. Pour de bon. Pas dans une prison. Pas dans un exil doré. Tu vas être livré à quelqu'un qui n'a aucune pitié. Quelqu'un qui a perdu beaucoup à cause de toi.— Alexei Volkov, dit Enzo. C'est lui qui m'attend.— Oui. Il a des questions à te poser. Beaucoup de questions. Et après, quand il aura fini, il te fera disparaître. Pour toujours. Sans traces. Sans mémoire.Enzo baisse la tête, lentement. Pour la première fois, il semble vaincu. Pas par la force. Par l'inévitable.
La réunion dure des heures. Vittoria déploie ses cartes, ses schémas, ses analyses. Marco évalue les forces en présence. Dante affine les détails de l'assaut.À la fin, le plan est prêt. Un piège en deux temps. La rencontre comme diversion. L'attaque réelle ailleurs.— Et si ça échoue ? demande Marco.— Ça n'échouera pas, dis-je. Parce que cette fois, je ne lui laisse aucune chance. Aucune porte de sortie. Aucune option.— Et s'il refuse la rencontre ?— Il ne refusera pas. Il veut me voir soumise. C'est sa seule faiblesse. Son ego.Je me tourne vers Dante.— Tu es prêt ?— Depuis cinq ans.---La rencontre est fixée dans un hôtel abandonné, à la limite du territoire Moretti.Un lieu neutre, désaffecté, parfait pour
Je prends sa main, comme hier.— J'ai passé tellement de temps à me battre, à construire, à survivre, que j'ai oublié de prendre soin de ceux qui m'entourent. Toi. Vittoria. Dante, même. Je vous ai traités comme des pions sur un échiquier. Des ressources à utiliser. Pas comme des êtres humains avec leurs propres peurs, leurs propres besoins, leurs propres blessures.— Lilith...— Tu avais besoin de te sentir utile. Important. Choisi. Et moi, je ne te l'ai pas donné. J'étais trop occupée à gérer mes propres démons. Littéralement.Il sourit faiblement.— Alors c'est ta faute ?— Non. C'est notre faute. La mienne pour ne pas avoir vu. La tienne pour ne pas avoir parlé. On est tous les deux coupables. Et tous les deux pardonnés.— Tu es trop indulgente.
Il baisse la tête.— Et au lieu de ça, j'ai tout foutu en l'air. J'ai perdu les armes. J'ai perdu ta confiance. J'ai perdu la seule chose qui comptait.Le silence retombe. Je regarde cet homme que je connais depuis toujours, cet homme qui a tout sacrifié pour moi, et je vois non pas un traître, mais un ami brisé par sa propre loyauté.— Vittoria, dis-je. Laisse-nous.Elle hoche la tête, sort sans un mot.— Dante, toi aussi.Il hésite une seconde, puis sort à son tour.Marco et moi sommes seuls.Je me lève, fais le tour de mon bureau, m'assois sur la chaise à côté de lui. Je prends sa main. Sa main calleuse, couverte de cicatrices, qui a tenu une arme pour moi plus de fois que je ne peux compter.— Marco. Regarde-moi.Il lève les yeux.— Tu n'es pas remplaçable. Tu
Il sourit, tristement.— Ne t'inquiète pas, Lilith. Je ne te trahirai pas. Pas parce que j'ai changé. Parce que tu es la seule chose qui compte.La guerre économique est finie. Nous avons gagné. Mais les paroles d'Alexei résonnent en moi.Les démons ne changent jamais vraiment.Alors qu'est-ce qu'Azazel attend vraiment ?Je n'ai pas la réponse. Pas encore.Mais un jour, je le saurai.LilithLa paix avec les Volkov dure trois semaines.Trois semaines de calme relatif, de reconstruction, de consolidation. Vittoria gère la renaissance de notre empire légal avec une efficacité qui force l'admiration. Dante supervise la réorganisation de nos forces. Les hommes se reposent, pansent leurs blessures, enterrent leurs morts.Et puis tout bascule à nouveau.Un de nos entrepôts est attaqué.
Je le regarde longuement. Dans ses yeux, je cherche la faille, le piège, l'arrière-pensée. Je ne trouve rien. Juste cette braise ambrée, constante, patiente.— J'accepte, dis-je.— Alors c'est réglé. Vittoria, envoie-moi les coordonnées du compte ce soir. Demain, tu auras ce qu'il faut.Il disparaît dans l'ombre. Le silence retombe sur la salle.— C'est un démon, dit Alexei, la voix neutre. Un vrai démon.— Oui, dis-je. Et c'est notre allié.— Le monde a changé, murmure Marco. Plus que je ne le pensais.— Le monde change toujours, dit Vittoria. À nous de nous adapter.---Les semaines qui suivent sont une plongée dans un univers que je ne connais pas. Celui des avocats, des comptables, des montages financiers, des procédures judiciaires. Vittoria est dans son élément. Elle déploie des trésors d'ingéniosité pour contrer chaque attaque du Consortium.L'argent d'Azazel est arrivé, comme promis. Propre, massif, inattaquable. Avec ces ressources, Vittoria engage les meilleurs cabinets d'av
LilithLes cris du dehors étaient un encens, une offrande brûlante portée par le vent jusqu'à la salle du trône. Chaque explosion lointaine était un battement de plus dans le pouls fiévreux de la ville. Dans l'étreinte d'Azazel, je ne faisais qu'un avec ce chaos. Son baiser n'était pas une caresse,
LilithLe nom résonne différemment en moi. Il ne provoque plus de déchirure. Seule une curiosité froide, comme pour un spécimen intéressant.Azazel incline la tête.— Il te cherche. Il sent que quelque chose a changé. Que tu as disparu de son radar humain. Sa lumière cherche ton ombre, et ne trouve
LilithLe réveil de Kael est une mélodie en soi.Je sens d'abord sa respiration changer. Le rythme profond du sommeil se fissure, laisse passer des micro-suspirs, des reprises de conscience. Puis ses muscles qui se tendent, imperceptiblement, comme un orchestre qui s'accorde avant le premier mouvem
LilithLes jours suivants sont des leçons,mais plus comme celles d'une école. Ce sont des incantations. Des initiations. Azazel ne m'enseigne pas, il me dévoile. Chaque nuit, nous explorons les bas-fonds de la ville, mais pas ses ruelles. Ses couches psychiques. Ses plaies secrètes.Je ne dors plus






