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Chapitre 6 – L’échappatoire

Author: Darkness
last update Last Updated: 2025-11-16 18:53:43

Léo

Je refermai la porte de ma chambre avec une force contenue, un claquement sec qui résonna comme une tentative désespérée de chasser le tumulte incessant qui s’agglutinait en moi. Cette journée  plus lourde que toutes celles que j’avais traversées récemment  semblait s’être invitée en force, emplie de silences pesants et de regards brûlants, de non-dits plus tranchants que des lames. Et pourtant, malgré cette façade de colère contenue, c’était au fond de moi que les flammes dansaient, furieuses et indomptées.

Elle. Lys. Ce nom résonnait désormais comme un écho obsédant, une énigme que je n’avais pas demandé à déchiffrer mais qui, sournoisement, me dévorait. J’avais toujours cru que rien ni personne ne pourrait me faire vaciller, que j’étais maître de mon propre univers. Mais face à elle, je me découvrais fragile, réduit à un simple être humain, minuscule devant l’immensité de ce mystère.

Je m’appuyai contre le mur froid, ferme les yeux un instant, laissant échapper un soupir profond, comme pour expulser tout ce poids invisible qui m’étreignait. Je voulais faire taire ce vacarme intérieur, ce tourbillon de questions qui n’attendaient qu’une faille pour me submerger. Elle avait laissé ce livre, là, sur la table  simple geste, presque anodin  et pourtant, c’était comme si elle avait allumé un feu que je ne savais ni contrôler ni éteindre.

Alors, dans ce silence, je me répétai comme un mantra : il faut que je respire. Il faut que je retrouve le sol sous mes pieds. Il faut que je me fasse du bien. Pas à elle. Pas encore.

Un éclair lumineux s’imposa à moi, vibrant sur l’écran de mon téléphone. Un message.

Sarah :

« Soirée ce soir ? On fête rien, on boit, on rit. Toi et moi. »

Sarah. Depuis des années, elle était cette présence inébranlable. Une amie fidèle, une complicité indéfectible. Elle connaissait mes failles, mes fuites, mes armures de sourires factices. Sarah, c’était mon refuge, l’île où je pouvais déposer mes masques, l’oreille qui n’attendait rien d’autre qu’un mot vrai.

Je tapai sans hésiter.

Moi :

« Ça me ferait du bien. »

Le bar était une explosion de sons, de lumières rouges et or, une atmosphère enfumée où le temps semblait s’étirer et se diluer. Je la retrouvai déjà là, accoudée au comptoir, ses rires comme un baume sur mes blessures invisibles. Sans attendre, elle m’attrapa la main, me tira vers elle, et soudain, j’étais redevenu l’homme qui oubliait les questions, la vérité, les démons intérieurs.

Elle parlait, riait, ses yeux étincelaient d’une lumière simple et sincère. Je la contemplais, fascinée par cette beauté dépouillée, sans artifices, qui pourtant avait le pouvoir de m’apaiser, ne serait-ce qu’un instant.

— T’as l’air ailleurs, murmura-t-elle, un sourire mi-complice, mi-inquiet.

— J’ai juste… trop de choses en tête.

— Alors arrête un peu, lui répondit-elle avec douceur. Tu ne peux pas toujours porter le monde sur tes épaules. Faut que tu vives, mec. Vraiment.

Son regard me transperçait, me rappelant l’urgence de revenir à la vie, de ne pas me laisser happer par mes propres tourments.

Je lui rendis son sourire, plus sincère qu’il ne l’avait été depuis longtemps. Elle avait raison. Je n’avais pas à m’enfermer dans ce labyrinthe qu’était Lys, pas pour l’instant.

Quelques verres plus tard, nos corps se retrouvaient enlacés, dans une danse où la légèreté et la chaleur corporelle m’offraient un répit inespéré. Sarah se rapprocha, ses doigts effleurant doucement ma joue, déclenchant une décharge électrique qui me rappelait que je pouvais encore choisir la simplicité, l’instantané.

— Tu veux qu’on aille ailleurs ? murmura-t-elle à mon oreille, sa voix veloutée et pleine de promesses.

Je hochai la tête, incapable de prononcer le moindre mot. Tout mon être voulait cette pause, cette fuite dans le tangible.

L’appartement était une bulle suspendue, un sanctuaire où le silence n’était plus lourd, mais doux, apaisant. Le regard de Sarah sur moi était un mélange d’attente et de tendresse, un baume sur mes incertitudes, un contrepoint à Lys et ses silences énigmatiques.

Je l’embrassai longuement, laissant mes mains tracer des chemins familiers, cherchant dans ce toucher la certitude que j’avais perdue. Pas de promesses, pas d’attentes. Juste l’instant  pur, fragile, éphémère.

Pourtant, au plus profond de moi, un frisson me parcourut : ce moment ne comblerait pas le vide qui s’était creusé face à Lys. Mais je m’abandonnai à cette sensation, car c’était ce dont j’avais besoin : me sentir vivant, désiré, libre, ne serait-ce qu’un peu.

Au petit matin, étendu sur le lit, le regard perdu dans les fissures du plafond, le corps de Sarah collé au mien, je me sentais étranger à moi-même. Mon esprit s’échappait loin d’ici, vers des territoires incertains.

Je repensai à cette phrase du livre qu’elle m’avait laissé, gravée dans ma mémoire comme un souffle.

 « Il me suffit d’un soupir pour m’éloigner de tout ce qui prétend m’atteindre. »

Je laissai échapper un soupir, cette fois chargé d’une mélancolie nouvelle.

Peut-être avais-je fui ce soir-là ce qui prétendait m’atteindre. Mais demain, il me faudrait revenir. Revenir affronter ce piège, ce mystère qui se nommait Lys. Cette fille qui, sans même le savoir, avait déjà commencé à me transformer.

Le soleil s’immisçait doucement à travers la fenêtre entrouverte, caressant les traits endormis de Sarah. Je me levai sans un bruit, enfilai un jean, attrapai mon sac.

Avant de partir, mon téléphone vibra une dernière fois. Je pris une profonde inspiration et tapai un message.

Léo :

« Demain. Toujours là. »

Je ne savais pas encore ce que cette promesse allait engendrer, ni jusqu’où elle me mènerait. Mais pour la première fois depuis longtemps, je voulais jouer le jeu. Non pour impressionner, ni séduire. Juste pour comprendre.

Et peut-être, pour la première fois, pour me comprendre moi-même.

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