LOGINJe pose ma main à plat sur son torse. Sur la cicatrice.
— Et je t'appartiens. Il ouvre les yeux. Il me regarde. Il secoue la tête, très lentement. — Non. — Non ? — Non, Althéa. Ce n'est plus comme ça que ça se dit, cette fois. Maintenant, c'est moi qui t'appartiens. Je m'immobilise. C'est la réponse qu'il fallait.Althéa se lève. Elle va au petit bureau sous la fenêtre. Elle s'assoit. Elle prend une feuille de papier. Elle écrit une première lettre. Je la regarde faire, debout derrière elle. Elle écrit à Vera. Pas à son père, pas à Léon. À Vera.Elle écrit d'une traite, sans ratures, pendant vingt minutes. Quand elle a fini, elle me tend la feuille. Je lis.« Vera,Tu te souviens de la petite étoile que tu bordais le soir. Je me souviens de ta main sur mon front. Je me souviens de ta voix. Je me souviens que tu me disais que je devais dormir, que le monde serait plus doux demain. Le monde n'a pas été plus doux. Tu le sais. Tu as participé à ce qu'on me vole. Tu as participé à l'effacement de ma mémoire. Tu as choisi d'obéir.Je ne t'écris pas pour te punir. Je t'écris pour te dire que je me souviens. De toi. De la voix. De la chanson que tu chantais, très bas, quand je pleurais. Tu chantais un air que je ne connais plus, avec des mots d'une autre langu
Marek, lui, a disparu. Ce n'est pas une défection. C'est une disparition de travail. Un homme qui ne veut pas qu'on le trouve avant qu'il ait fini de trouver les autres. Il m'apprendra des choses plus tard, je le sais. Pour l'instant, il est dans les interstices, comme il a toujours vécu.Je raccroche. Je monte à la chambre. Althéa est assise sur le lit. Elle a sorti un petit carnet, le même qu'elle portait sur elle à son retour du parc. Elle y a déjà écrit des listes. Elle écrit de cette écriture serrée, rapide, qui m'a toujours paru plus vieille qu'elle.— Assieds-toi, dit-elle.Je m'assois.— Parle-moi des Kervan.Je parle.Je raconte les cadres restants. Le premier s'appelle Bohdan. Il a cinquante ans. Il était au Dôme quand Althéa est arrivée. Il n'a jamais osé la toucher. Il attendait que quelqu'un lui dise qu'il pouvait. Il a quitté la ville après l'entrepôt. Il vit désormais dans le port, pas très loin d'ici, da
ArisJe savais que cette paix ne durerait pas.Je le savais au moment même où nous jetions ces deux petits cristaux dans la mer. Je le savais quand elle marchait devant moi sur le chemin des rochers, en chantant cet air à elle, cet air de sa mer. Je le savais quand Mercedes a refermé la porte derrière nous. Il y a des hommes qui ne supportent pas qu'une histoire se termine autrement que par du sang. J'en ai été. Je le sais mieux que personne.Le matin du vingtième jour à La Rose des Vents, je descends pour le café. Mercedes est derrière le comptoir. Elle a ce visage des gens de bord de mer quand une nouvelle mauvaise vient d'arriver par la radio. Elle ne dit rien tout de suite. Elle me tend la tasse. Puis elle pose un journal plié sur le comptoir.— Ton visage est dans le journal, me dit-elle.Je déplie. C'est un quotidien national. En page six, une photo de moi, ancienne, floutée à moitié. En dessous, un titre. Je le lis sans ciller, mais mes doigts se serrent sur le bord du comptoir
Je pose ma main à plat sur son torse. Sur la cicatrice. — Et je t'appartiens. Il ouvre les yeux. Il me regarde. Il secoue la tête, très lentement. — Non. — Non ? — Non, Althéa. Ce n'est plus comme ça que ça se dit, cette fois. Maintenant, c'est moi qui t'appartiens. Je m'immobilise. C'est la réponse qu'il fallait. Il l'a trouvée sans que je la lui souffle. Il l'a trouvée tout seul. Dans une chambre de pension, à la mer, à trois heures du matin, un homme qui a été un chef de gang pendant vingt ans a compris, tout seul, comment on inverse une phrase. Je souris à travers les larmes. Je pose la joue sur son torse. J'entends son cœur, cette fois vite, très vite, désordonné, humain. Je m'endors comme cela. L
Je pose ma joue contre. J'écoute son cœur. Il bat lentement. Très lentement. Je m'endors comme ça. Il ne bouge pas de la nuit pour ne pas me réveiller. Le matin, il a mal à l'épaule. Mercedes, qui nous voit descendre, en même temps, un peu tard, hoche la tête sans rien dire. Elle nous sert deux cafés. Elle dit, en posant les tasses : — Voilà. Ça avance. Elle dit ça avance comme on dit la soupe cuit. Sans commentaire. Comme un simple état. Je ris. Je réalise, en riant, que je ne ris plus jamais toute seule, comme dans la vidéo. Je ris avec quelqu'un. C'est différent. Ce n'est pas mieux. Ce n'est pas moins bien. C'est différent. Althéa Ils reviennent tous, la nuit du treizième jour. Ce n'est pas un rêve. Ce n'
La patronne, en effet, la reconnaît. Elle a un petit cri. Elle nous embrasse toutes les deux joues. Elle me regarde. Elle sourit sans poser de question. Elle nous donne une chambre — une seule, cette fois — au deuxième étage, celle du coin, celle avec le balcon qui donne sur la mer. Nous montons. Nous ouvrons la fenêtre. Le vent salé entre. Elle pose son sac. Elle vient contre moi. Elle pose la tête sur ma poitrine. Je referme les bras autour d'elle. Elle murmure : — Merci d'être venu jusque chez moi. Je ferme les yeux. Je ne réponds pas. Je n'ai pas besoin. Althéa Nous restons deux semaines à La Rose des Vents. La patronne s'appelle Mercedes. Elle a soixante-cinq ans, deux dents en or, un rire de fumeuse. Elle n'a jamais eu d'e







