로그인Ce détail, celui-là, je l'apprends plus tard, quand mes hommes me rapportent ce qu'ils ont vu de l'extérieur de l'entrepôt, ce que les caméras de surveillance ont capté avant qu'on les neutralise. Elle s'est jetée devant lui. Elle a pris la balle. Pour lui. Et ce détail-là, il change tout. Il change tout parce qu'il me dit quelque chose que je ne voulais pas savoir, quelque chose qui transforme cette récupération en désastre. Elle n'était pas seulement une prisonnière. Elle n'était pas seulement une victime. Elle l'aimait. Elle aimait ce monstre. Elle aimait l'homme qui l'avait achetée, séquestrée, marquée, possédée. Et si elle l'aimait, alors ramener mon corps dans ma maison ne suffira pas. Il faudra ramener son esprit. Et son esprit est ailleurs, avec lui, avec ce bracelet de cuir noir qu'elle porte au poignet comme une bague de fiançailles barbare. Je pose ma main sur son front. Légèrement. Comme je le faisais quand elle avait de la fièvre
Je vois parce que les médecins l'ont installée sur le côté pour la retourner , pour examiner la plaie de sortie, pour vérifier qu'il n'y a pas d'hémorragie interne dans le dos et l'infirmier, sans y penser, sans savoir, sans comprendre l'importance du geste, a tiré sur le drap qui couvrait son épaule. Et l'épaule est là. nue. blanche. petite. Et sur l'épaule, juste au-dessus de l'omoplate, là où la peau est fine et presque translucide, il y a une marque.Une cicatrice. Petite. En forme de croissant.Mon cœur s'arrête. Pas métaphoriquement. Pas comme dans les livres. Mon cœur s'arrête littéralement, une seconde, peut-être deux, le temps que mon cerveau rattrape ce que mes yeux voient, le temps que la connexion se fasse entre cette marque et ce souvenir , ce souvenir que j'ai gardé comme on garde une balle dans un tiroir, pas pour le regarder mais pour savoir qu'il est là.Elle avait trois ans. Elle jouait dans la cuisine. Elle a renversé une casserole d'eau bouillante que sa mère venai
Vincenzo MoranoJe la regarde depuis vingt minutes. Vingt minutes que je suis assis dans ce fauteuil que je traîne d'un bout à l'autre de mes nuits, vingt minutes que mes yeux ne la quittent pas, et je n'arrive pas à respirer normalement. Ma respiration est un truc cassé, un mécanisme qui a oublié son rythme, qui s'accélère sans raison puis s'arrête net, comme si mes poumons refusaient de croire ce que mes yeux leur transmettaient.Elle est là. Sur cette table d'examen de fortune que mes hommes ont improvisée dans la salle de réunion, éclairée par des lampes halogènes qui lui donnent une peau de cire, elle est là. Les médecins , les miens, ceux que j'ai fait venir en urgence, pas les pauvres types du convoi qu'on a laissés sur le bas-côté avec leurs masques et leur bonne volonté inutile , les miens l'ont opérée. La balle est sortie. Le poumon s'est regonflé. Elle est stable. Elle est vivante.Elle est vivante et je n'arrive pas à y croire.Je la connais. Je ne la connais pas. C'est le
Des portes qui s'ouvrent. Des pas, beaucoup de pas, pas de médecins mais pas de médecins, des pas lourds, rapides, des pas d'hommes qui savent ce qu'ils font. Et des voix. Des voix que je ne connais pas. Des voix avec un accent différent, une cadence différente, un danger différent.— Elle est là. Transfert médical, comme prévu. Personne n'a bougé.— Bien. Prenez-la. Et les médecins ?— On les laisse. Ils n'ont rien vu.On me soulève. Le brancard quitte l'ambulance , je le sens à la variation de température, à la manière dont l'air change, il devient plus froid, plus humide, il sent la pluie et le bitume mouillé. On me porte. On me transporte quelque part. Je ne sais pas où. Je ne sais pas pourquoi. Tout ce que je sais, c'est que les mains qui me tiennent maintenant ne sont pas les mains d'un médecin. Ce sont des mains calleuses, des mains d'homme, des mains qui portent des armes et qui ne tremblent pas. Ce sont des mains de clan.Je suis passée d'un camp à l'autre.La pensée est clai
AlthéaIl y a un bruit que je connais et que je ne reconnais pas. Un son aigu, pulsé, qui scinde l'air en vagues régulières, qui monte et descend, monte et descend, et qui semble vouloir fendre mon crâne en deux. Les gyrophares. Je sais que ce sont les gyrophares. Je le sais comme on sait que l'eau est froide avant de la toucher, comme une certitude ancienne, lointaine, qui flotte au-dessus de moi sans pouvoir descendre. Tout flotte, d'ailleurs. Tout est suspendu. Le sol n'existe plus, ou plutôt il existe quelque part sous mes pieds, sous ma nuque, sous tout ce corps qui ne m'appartient plus, mais il est loin, très loin, et je ne peux pas l'atteindre.Je suis sur un brancard.Je le comprends à la way dont le monde bouge. Un roulis régulier, saccadé, qui me tire les épaules à chaque rebond. Des mains me tiennent. Des mains que je ne vois pas. Elles sont pressées sur mon torse, sur quelque chose de chaud et de mouillé que je ne veux pas identifier. Je ne veux pas parce que si j'identifi
Et à ce moment-là, à ce moment précis où je me rassieds, où je pose les mains sur mes cuisses, où je penche la tête en avant, il monte.Le hurlement.Celui que je retenais depuis le hangar.Celui qui grandissait dans mes tripes depuis que j'ai vu ce petit sourire d'Althéa juste avant que Reik ne bouge son demi-pas.Celui qui a poussé pendant toute l'ambulance, pendant tout le couloir, pendant toute la salle d'attente, celui qui cherchait sa sortie et qui vient de la trouver.Il monte du ventre.Il traverse la poitrine.Il gonfle la gorge.Et il sort.Il sort de ma bouche comme n'est jamais sorti aucun son de ma vie, un son qui n'a rien d'humain, un son qui n'a rien du chef Kervan, un son qui vient de plus loin que moi, de plus vieux que moi, un son d'animal blessé, un son de loup, un son de bête qui a compris qu'elle n'était pas morte mais qui aurait presque préféré l'être, un son qui remplit tout







