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Chapitre 4

last update Last Updated: 2025-12-26 03:58:59

L'enveloppe arriva sans cérémonie, se mêlant à la multitude de courriers déjà présents dans la boîte. Florence ne la remarqua que parce qu'elle était dépourvue du timbre officiel et du logo de l'entreprise, contrairement aux autres.

Elle la fixa un instant, puis se résolut à la lire. Dès la deuxième page, elle avait déjà abandonné. Le document était impersonnel : il mentionnait des différends irréconciliables, l'intention de divorcer et la garde principale des enfants. Au bas de la page figurait la signature d'Erin, apposée comme par hasard.

Pire encore, aucun document ne l'accompagnait, aucune lettre d'excuses… Rien.

Florence plia les documents et les mit de côté, prenant une longue gorgée de son verre de whisky. Elle sentit la brûlure lui monter à la gorge. Ce soir, elle avait décidé de noyer son chagrin dans l'alcool.

Son téléphone vibra peu après. Elle ne voulait pas imaginer ce que cela pouvait être cette fois-ci, mais malgré tout, elle ouvrit l'application et découvrit une notification.

Un courriel intitulé « Restriction de compte ». Puis un autre, suivi d'une série de notifications indiquant que ses comptes étaient bloqués : personnel, professionnel, discrétionnaire, même son compte d'épargne d'urgence, qu'elle n'avait pas utilisé depuis des années, était désactivé.

Une bannière rouge vif remplaça tous ses soldes. Elle essaya une autre application, elle essaya même ses cartes de crédit, mais le résultat fut le même.

À bout de ressources, elle s'affaissa dans le fauteuil, laissant tomber les papiers et les documents qu'elle tenait à la main. Elle était désespérée. Sans argent, sans travail, sans logement et sans personne vers qui se tourner sans aggraver sa situation.

Elle était presque endormie lorsqu'elle entendit frapper à la porte d'entrée. Elle jeta un coup d'œil à l'horloge : neuf heures passées. Florence n'avait pas allumé la lumière, laissant l'appartement plongé dans l'obscurité, à l'exception de la lueur de la ville filtrant par les fenêtres. Un instant, elle songea à ne pas répondre.

On frappa de nouveau.

« Qu'est-ce qui pourrait être pire ? » se demanda-t-elle en ouvrant la porte.

« Gérard ? »

Gérard se tenait dans le couloir, vêtu d'un long manteau et d'un sac en cuir en bandoulière. Il semblait déplacé, et l'heure de sa visite n'arrangeait rien.

« J'espère ne pas vous déranger », dit-il doucement. « Puis-je entrer ? »

Florence s'écarta. « Oui, bien sûr », répondit-elle avant de reprendre sa tentative de la consoler.

« Vous en voulez un verre ? » Elle leva un verre vers lui.

« Ça… ne vous aidera pas. » Gérard retira la bouteille avec douceur mais fermeté. « Faites-moi confiance. » Il posa la bouteille sur un comptoir, à distance d'elle.

« Asseyez-vous », dit-il calmement.

Florence hésita un instant, puis finit par obéir en s'affalant sans grâce sur le canapé. « On ne reçoit pas de visites surprises de médecins la nuit », dit-elle enfin. « Alors, passons les politesses. »

Gérard acquiesça d'un signe de tête et prit place en face d'elle. « Florence, la police sera là vers midi. »

Son regard se détourna.

« Ils ont obtenu un mandat préliminaire », poursuivit-il. « Brigade financière. Saisie de documents, d'appareils électroniques – tout ce qui pourrait servir de preuve liée au détournement de fonds présumé. »

Florence laissa échapper un petit rire. Un rire trop faible pour être drôle. « Vous en êtes très sûr. »

« Je le suis », répondit-il, ce qui fit se pencher Florence en avant.

« Et dites-moi, comment le savez-vous ? »

« D'abord… j'ai lu les documents », dit-il simplement. « Et je sais comment ces affaires évoluent une fois que la machine est lancée. »

Florence se redressa brusquement. « Tu es en train de me dire qu'ils viennent ici ? »

« Oui. »

« Pour prendre quoi ? » demanda-t-elle. « Mon ordinateur portable ? Mon téléphone ? Mes quoi, mes vêtements ? »

« Ils prendront tout ce qui contient des données », répondit Gérard. « Tout ce qui a une puce de stockage. Je doute qu'ils soient laxistes. »

Un court silence s'installa entre eux. Florence, plongée dans ses pensées, pesait le pour et le contre.

« Si ce que tu dis est vrai, combien de temps avons-nous ? » demanda-t-elle.

« Des heures », dit-il. « Si on est efficaces, on devrait pouvoir repartir avec assez. »

Ce mot – on – planait entre eux. « On ? Tu n'es pas censé être là », protesta-t-elle.

« Je sais. »

« Si la police l'apprend… Gérard, ça pourrait te compromettre. »

« Je sais. »

Elle scruta son visage à la recherche du moindre signe de tromperie ou d'hésitation. N'en trouvant aucun, elle se leva et hocha lentement la tête, acceptant la situation.

« D'accord… J'accepte. »

Gérard se leva également. « Juste l'essentiel. » Il se dirigea déjà vers le couloir. « Quelques vêtements, une pièce d'identité, de l'argent… En gros, tout ce que tu ne veux pas voir dans l'inventaire de la police. »

Florence resta un instant immobile, puis le suivit.

Ensemble, ils travaillèrent aussi vite que possible. Tiroirs, fermetures éclair, placards s'ouvraient et se fermaient en quelques minutes, le bruit déchirant le silence qui régnait dans l'appartement.

Gérard veilla à ne pas trop s'immiscer dans la vie de Florence ni à poser trop de questions, préférant une approche proactive et méthodique.

À un moment donné, Florence interrompit ses préparatifs et prit une photo. Une photo d'elle souriante, quelques années auparavant, aux côtés d'Erin, encadrée dans un magnifique cadre en bronze. C'était la Florence qu'elle adorait être… avant que tout ne bascule.

« Erin… Salaud… Traître… Infidèle… » Des mots qu'elle associait mentalement à son ex-mari.

Gérard la regardait simplement, sans même un souffle. Il attendait. Florence reposa lentement la photo sur l'étagère et se leva.

Quand ils eurent terminé, l'appartement semblait intact, comme si personne n'y avait jamais mis les pieds.

« Où est-ce que je vais maintenant ? »

« Pour l'instant… » commença Gérard en soulevant le sac, « Un endroit sûr. Viens. » Ils quittèrent l'immeuble et montèrent dans la voiture de Gérard.

« Tu… Tu crois que tout ça va s'arranger ? » demanda Florence, sincèrement sur le point de penser à quelque chose qu'elle regretterait.

« Si ton innocence est prouvée… Non, quand ton innocence sera prouvée… J’en suis sûr. » Gerard posa une main rassurante sur son épaule, lui apportant le premier véritable réconfort qu’elle ait ressenti depuis des jours, avant que le moteur ne démarre et que la voiture ne s’éloigne.

Ils n’avaient parcouru que la moitié du deuxième pâté de maisons lorsqu’une première voiture banalisée les dépassa.

« Tu vois ? » dit-il doucement. « Juste à temps. »

Florence ne se retourna pas.

Gerard serra le volant plus fort.

Le téléphone de Florence vibra une fois dans son sac.

Numéro inconnu.

Elle ne répondit pas.

L’écran s’illumina d’un seul message :

« Tu n’étais pas censée survivre à l’accident. »

La voiture continua sa route.

Et Florence comprit enfin. Il ne s’agissait plus de prouver son innocence.

Il s’agissait de rester en vie.

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