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CHAPITRE 14 – L’annonce (fin)

Author: L'encre
last update publish date: 2026-06-02 19:48:31

Sa voix était douce. Bizarrement douce. Une voix qui jurait avec son apparence sophistiquée, une voix de berceuse et de confidences, une voix qu’on avait envie d’écouter encore et encore. Elle prononçait le prénom de Lyra comme on prononce une prière, comme on caresse une relique, avec une dévotion presque effrayante.

— Je m’appelle Serena, poursuivit-elle. Serena Moreau. Ta mère… Elara… était ma meilleure amie.

Le nom de sa mère frappa Lyra en pleine poitrine. Elle accusa le coup, tressaillit, détourna le regard. Le plafond blanc était toujours là, vide et lisse et indifférent. Elle le fixa avec une intensité désespérée, comme s’il pouvait lui offrir une réponse, une explication, une échappatoire.

— Je ne vous connais pas, articula-t-elle d’une voix rauque, brisée par les hurlements. Ma mère ne m’a jamais parlé de vous.

Serena ne sembla pas surprise. Elle hocha doucement la tête, comme si elle s’attendait à cette réponse, comme si elle l’avait répétée cent fois dans sa tête avant d’entrer dans cette chambre.

— Je sais. Elara et moi… nous nous sommes perdues de vue il y a très longtemps. Des années. Trop d’années.

Elle fit un pas en avant. Un seul. Timide, presque craintif, comme si elle avait peur que Lyra ne se brise si elle s’approchait trop vite.

— Mais je n’ai jamais cessé de penser à elle. Et à toi. Tu as son nez, tu sais. Et ses yeux. Exactement les mêmes.

— Arrêtez.

Le mot claqua, sec, violent. Lyra ne voulait pas entendre ça. Elle ne voulait pas qu’une inconnue élégante vienne lui parler de sa mère au passé, lui dire qu’elle avait ses yeux, son nez, son visage. Elle ne voulait pas qu’on lui rappelle que sa mère était morte, que son père était mort, qu’elle était seule au monde dans une chambre d’hôpital aseptisée avec un bras en plâtre et des côtes fêlées et un trou béant dans la poitrine.

— Je ne veux pas de votre pitié, cracha-t-elle. Je ne veux rien. Laissez-moi tranquille.

Serena ne bougea pas. Elle resta là, droite, élégante, les yeux gris fixés sur Lyra avec cette même intensité déchirante. Elle ne suppliait pas. Elle ne s’imposait pas. Elle attendait. Elle attendait comme quelqu’un qui a attendu dix-sept ans et pour qui quelques minutes de plus ne changent rien.

— Ce n’est pas de la pitié, Lyra. C’est une promesse.

Lyra tourna la tête vers elle pour la première fois. Leurs regards se croisèrent. Gris contre noisette. L’inconnue contre l’orpheline. Et dans les yeux de Serena, Lyra vit quelque chose qu’elle n’avait jamais vu chez personne. Une loyauté absolue, inconditionnelle, qui ne demandait rien en échange. Une loyauté qui précédait leur rencontre, qui existait depuis toujours, qui avait traversé le temps et la distance et la mort pour venir la retrouver dans cette chambre d’hôpital.

— Je sais que tu ne me connais pas, reprit Serena de sa voix douce. Je sais que tu n’as aucune raison de me faire confiance. Mais Elara était ma sœur de cœur, et toi tu es tout ce qui reste d’elle. Alors je te fais une promesse, Lyra Vance.

Elle fit un deuxième pas en avant. Sa main droite quitta son sac, s’éleva lentement, comme si elle allait toucher la joue de Lyra, puis s’arrêta à mi-chemin. Elle la laissa retomber.

— Je te promets que tu n’es plus seule. Je te promets que je prendrai soin de toi. Je te promets que personne, jamais, ne te fera de mal. Quoi qu’il arrive. Quoi qu’il en coûte.

Sa voix tremblait légèrement sur la fin, comme si l’émotion qu’elle contenait depuis le début menaçait de briser la digue.

— C’est ce que j’ai juré à ta mère il y a dix-sept ans, le jour de ta naissance. Et je n’ai pas l’intention de trahir mon serment.

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