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CHAPITRE 12 – L’annonce

Penulis: L'encre
last update Tanggal publikasi: 2026-06-02 19:47:45

Le hurlement ne vint pas tout de suite.

Il resta bloqué quelque part entre sa poitrine et sa gorge, coincé comme un animal pris au piège qui refuse de sortir. Lyra demeura immobile, les yeux grands ouverts sur ce plafond blanc qui n’en finissait pas, ce plafond qui ressemblait à un ciel vide, un ciel sans nuages, sans oiseaux, sans rien. Les machines continuaient de biper autour d’elle. Régulières. Obstinées. Indifférentes. Le monde continuait de tourner alors qu’il aurait dû s’arrêter, se figer, se briser en mille morceaux comme la voiture de ses parents sur cette route détrempée.

Et puis ça monta.

D’abord une vibration, un tremblement au creux de son ventre, comme les premières secousses d’un tremblement de terre. Puis une chaleur, une brûlure qui remontait le long de sa colonne vertébrale, qui lui incendiait les poumons, qui forçait le passage. Sa gorge s’ouvrit malgré elle, ses mâchoires se desserrèrent, et le hurlement jaillit.

Ce n’était pas un cri humain. C’était un son primitif, animal, déchirant, qui semblait venir d’un endroit qu’elle ne connaissait pas, un endroit enfoui sous des années de rires et de chocolat chaud et de Monopoly et de dessins sur la table de la cuisine. Un son qui contenait tout ce qu’elle avait perdu, tout ce qu’on venait de lui arracher, tout ce qui ne reviendrait jamais.

Elle hurla jusqu’à ce que sa voix se brise. Elle hurla jusqu’à ce que ses poumons soient vides, jusqu’à ce que sa gorge soit en sang, jusqu’à ce que les machines autour d’elle s’affolent dans une cacophonie de bips et d’alarmes. Elle hurla contre le plafond blanc, contre les murs blancs, contre la lumière froide et stérile qui entrait par la fenêtre. Elle hurla contre le docteur Harlan et ses mots de fonctionnaire, contre le poids lourd qui avait percuté leur voiture, contre la pluie et l’orage et la route qui aurait dû les mener vers un endroit spécial.

Elle hurla contre elle-même. Contre cette fille qui s’était endormie sur la banquette arrière, bercée par le ronronnement du moteur, confiante, heureuse, vivante. Cette fille qui ne savait pas que les dernières paroles de son père étaient une chanson idiote, que le dernier geste de sa mère était un sourire fatigué, que le dernier moment de leur vie à tous les trois était un matin ordinaire dans une cuisine pleine de café et de toasts grillés.

Les sangles de la perfusion se tendirent quand elle essaya de se redresser. L’aiguille s’enfonça plus profondément dans le dos de sa main, lui arrachant une grimace de douleur. Elle s’en fichait. La douleur, c’était bien. La douleur, c’était réel. La douleur, c’était la seule chose qui l’empêchait de se dissoudre dans ce vide immense qui menaçait de l’avaler.

Des pas précipités dans le couloir. La porte s’ouvrit à la volée. Une infirmière entra, le visage tendu, suivie d’une autre, puis d’une troisième. Des mains la plaquèrent contre le lit, des voix se superposèrent, des mots qu’elle ne comprenait pas, « agitation », « sédatif », « tenez-la ». Elle se débattit avec l’énergie du désespoir, griffant, mordant, frappant de son poing valide tout ce qui passait à sa portée. Son bras plâtré heurta la barrière métallique du lit dans un bruit sourd. La douleur explosa dans son radius fracturé, une douleur blanche, fulgurante, qui lui arracha un nouveau cri.

— Lâchez-moi ! Lâchez-moi !

— Mademoiselle Vance, calmez-vous, vous allez vous faire mal.

— Je veux mes parents ! Je veux voir mes parents !

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